Pèlerinage orthodoxe à Poitiers – 9 et 10 mai 2026
À l'initiative d'une de nos fidèles, Ana-Maria, la paroisse a organisé un pèlerinage autour de quelques lieux historiques et saints de Poitiers, à destination de nos paroissiens et d'orthodoxes venus à Poitiers spécialement pour l'occasion. Après avoir célébré la Divine Liturgie le samedi matin dans notre église, commémorant la fête de la translation des reliques de saint Nicolas à Bari, fidèles et pèlerins de l'extérieur nous sommes retrouvés pour des agapes, l'occasion de se connaître et d'échanger en ce jour festif.
Après le repas, en début d'après-midi, nous étions 36 pèlerins, guidés par le père Nicolas, à nous diriger vers le centre historique de Poitiers, nous arrêtant tout d'abord devant le monument le plus emblématique de la ville et merveille d'art roman : l'église Notre-Dame-la-Grande, dont les fondations furent posées au XIème siècle, avant le schisme (cependant, elle sera terminée et consacrée après, par le pape Urbain II, en 1086).
Après un court passage devant la cathédrale Saint-Pierre, nous sommes entrés au baptistère saint Jean, datant du IVème siècle, et vestige de l'essor du christianisme à Poitiers sous l'épiscopat de saint Hilaire. Nous y avons découvert des fresques et des sarcophages (et une pierre d'autel du Vème siècle), dont la datation s'étend du IVème au XIIIème siècle, et qui témoignent de la riche histoire chrétienne de la ville.
Nous nous sommes dirigés ensuite vers la « cellule » de sainte Radegonde, grande figure du christianisme orthodoxe, reine de France et moniale à Poitiers, où elle a fondé le monastère Sainte-Croix après en avoir obtenu un fragment de l'empereur byzantin Justin II. Père Nicolas nous a d'abord montré les fondations de l'ancienne église du monastère, puis une fois dans la cellule nous a lu deux passages de la vie de sainte Radegonde : le miracle du laurier et l'apparition du Christ à la sainte, le tout, avant le tropaire chanté par les fidèles.
Dernière visite de la journée à l'église Sainte-Radegonde, fondée par celle-ci au VIème siècle et au départ dédiée à la Toute-Sainte. C'est un lieu très puissant spirituellement, dans lequel se trouvent le « pas de Dieu », empreinte dans la pierre laissée par le Christ lorsqu'Il apparut à sainte Radegonde, le tombeau de cette dernière, ainsi que ceux de ses disciples sainte Agnès et sainte Disciole. Après avoir fait trois fois le tour du tombeau de sainte Radegonde et être passés dessous, comme le veut la tradition, nous lui avons chanté un hymne acathiste et nous sommes recueillis.
Le soir, nous sommes retournés à l'église pour célébrer les Vigiles et partager des agapes.
Le dimanche matin, nous avons célébré la Divine Liturgie, cette fois présidée par le père Philippe, à l'occasion du dimanche de la Samaritaine et de la fête de saint Simon le zélote, apôtre du Christ. S'ensuivirent également des agapes festives, et nous nous sommes retrouvés encore plus nombreux que la veille (presque 50 pèlerins).
L'après-midi, nous sommes allés à Ligugé, haut lieu du christianisme poitevin, puisque c'est ici qu'a résidé saint Martin. Il y a même fondé le monastère qui porte son nom encore aujourd'hui (plus vieux monastère encore actif aujourd'hui). Nous y avons suivi un moine qui nous a fait visiter les lieux : la cour de l'hôtellerie, l'église, le cloître (où figurent les reliques de saint Martin), les jardins, la crypte et la salle où ont lieu les tonsures monastiques et l'exposition des corps des moines défunts (avant funérailles), salle la plus ancienne du monastère.
Après la visite, un goûter et un tour à la boutique du monastère, père Nicolas nous a emmenés jusqu'à la chapelle du « Catéchumène » et nous a fait le récit de la résurrection de celui-ci par saint Martin. Nous avons chanté le tropaire tous ensemble, puis après nous être séparés, un petit groupe est resté chanter l'acathiste dans l'église paroissiale (sous l'orage!).
Antony J
Lettre de sainte Radegonde aux évêques des Gaules.
A tous les évêques nos saints seigneurs et pères par le Christ, très dignes de leur siège apostolique, Radegonde pécheresse.
Un projet raisonnable obtient dès son origine un effet durable,
si son objet est révélé aux oreilles de l'ensemble des pères et recommandé à leur bon sens, car la part qu'ils y prendront pourra procurer des conseils charitables, une aide puissante et l'intervention divine
due à la prière, Ainsi donc, de même que je me suis détachée jadis de liens de la vie
laïque pour me tourner volontairement, avec la protection de Dieu et sous l'inspiration de Sa divine clémence, vers la vie religieuse en
prenant le Christ comme guide, j'ai songé aussi, dans un élan spirituel de sympathie au
bien des autres; pour que mes désirs de servir
les autres réussissent j'ai établi, avec l'assentiment du Seigneur, dans la ville de
Poitiers, un monastère de filles que l'excellent seigneur-roi Clotaire a institué et exempté, et quand il a été fondé je l'ai doté avec tout ce que la générosité royale m'avait offert, en rédigeant un acte de donation. En outre, j'ai adopté pour la communauté réunie par moi, avec l'aide de Dieu, la règle sous
laquelle sainte Césarie a vécu et que la sollicitude du bienheureux Césaire,
évêque d'Arles, a composée harmonieusement à l'aide des instructions des saints
pères.
Avec le consentement des bienheureux pontifes de cette cité
ainsi que des autres évêques et à la suite d'une élection faite par notre
communauté, j'ai institué comme abbesse ma dame et soeur Agnès que depuis son jeune âge j'ai affectionnée et élevée comme une fille et
je me suis engagée à
obéir à ses ordres après Dieu,
conformément à la règle. Puis selon la prescription apostolique, moi ainsi que
nos
soeurs, nous lui avons remis, après avoir rédigé des chartes, les biens terrestres que nous possédions. Car, redoutant le sort d'Ananie et de Saphire, nous ne
gardons rien en propre une fois entrées dans
le monastère.
Mais comme les heures et les conjectures de la destinée humaine sont incertaines, car le monde court vers sa fin, et comme certains dési-
rent servir leur propre volonté plus que celle de Dieu, poussée par un zèle divin,
je présente dévotement à la bienfaisance de votre
apostolat au nom de Dieu, cet acte, écrit sous mon inspiration pendant que
je suis encore en cette vie. Et puisque je ne pouvais être
présente, c'est par l'intermédiaire d'une lettre que je me prosterne devant vous comme si je me jetais à vos pieds en vous conjurant par
le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Voici ce que je demande : si par hasard après mon décès une personne quelconque, soit un pontife de ce lieu, soit un magistrat du
prince, soit quelqu'un d'autre, tentait de troubler la communauté par une excitation malveillante ou une poursuite judiciaire, ou
bien d'enfreindre la règle, ou d'instituer une abbesse autre que ma soeur Agnès, que la bénédiction du bienheureux Germain de Paris a consacrée en
présence de ses frères, ou bien si la communauté elle-même prétendait la changer à la suite de murmures, ou si quelque personne, même un
pontife du lieu voulait s'arroger par un nouveau privilège des pouvoirs sur le monastère ou ses biens en dehors de ceux que les évêques précédents ont eus de mon vivant, que ces coupables
encourent sanction de Dieu, pour satisfaire à ma supplication et à la volonté
du Christ, en sorte qu'ils soient privés de vos bonnes grâces au titre de brigands et de spoliateurs des pauvres et que grâce à votre
résistance rien dans notre règle ni dans le patrimoine du monastère puisse être diminué ni changé.
Lorsque Dieu aura voulu que la susdite dame notre soeur Agnès quitte ce monde, que l'on désigne à sa place comme abbesse de notre communauté celle qui sera agréée par Dieu et par la communauté elle-même, et cette abbesse, gardienne de la règle, ne devra rien relâcher des saintes prescriptions, ni rien ruiner par sa volonté ou celle de qui que ce soit. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, quelqu'un voulait se dresser contre la volonté de Dieu et l'autorité des rois à propos des dispositions ci-dessus écrites, qui vous ont été instamment recommandées devant le Seigneur et ses saints, il devra encourir le jugement de Dieu, de la sainte Croix et de la bienheureuse Marie et il trouvera pour le contredire et le poursuivre les bienheureux confesseurs saint Hilaire et saint Martin eux-mêmes, à qui j'ai confié après Dieu le soin de défendre mes soeurs.
Que cette supplique que j'ai souscrite de ma main soit conservée dans les archives de l'Eglise universelle, c'est une chose que j'implore avec les larmes dans les yeux
et, si la nécessité d'agir contre des méchants l'exige, que votre miséricorde, pieuse consolatrice, procure l'assistance de votre sollicitude pastorale lorsque ma soeur
l'abbesse Agnès et sa communauté demanderont que vous veniez à leur secours, pour les défendre et pour qu'elles ne protestent pas qu'elles ont été abandonnées par moi, elles à qui
Dieu a réservé la protection de vo-
tre grâce. Je vous remets devant les yeux toutes ces choses au nom de Celui qui du haut de la croix a confié la glorieuse Vierge, Sa mère, au bienheureux apôtre Jean, ainsi, comme le mandat du Seigneur a été accompli par ce dernier, il en soit de même pour celui que
moi, indigne et humble, je vous confie, à vous mes seigneurs, pères de l'Eglise et hommes apostoliques; en conservant dignement ce dépôt vous participerez au salaire de Celui dont vous
remplissez le mandat et vous ferez revivre dignement l'exemple du saint apôtre.
Monseigneur JEAN, Métropolite de Doubna,
Archevêque des églises orthodoxes de Tradition Russe en Europe Occidentale
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