HOMÉLIE De Son Éminence Le Métropolite Jean de Doubna,

12 janvier 2020 Poitiers. Paroisse orthodoxe La Trinité St Hilaire.

Проповедь Архиепископа Иоанна Дубнинского от 12 января 2020 г. в Пуатье:

« Le Christ est notre berger et nous voyons qu’il est le bon berger. Il est celui qui nous conduit vers les bons pâturages, c’est-à-dire, vers l’Amour de Dieu, vers La Vie véritable, vers ce lieu vers lequel nous sommes tous appelés à entrer dans la vie Éternelle.

Aujourd’hui, nous fêtons Saint Hilaire de Poitiers. Nous avons vu les belles icônes des évêques, ceux qui sont non pas exceptionnels mais de bons pasteurs. Hilaire a été véritablement un bon pasteur, et en même temps un père en l’Eglise, un de ceux qui a médité sur le mystère du sacre, sur le mystère de ce don que Dieu nous offre dans son Fils, de ce don de l’Amour, car c’est l’Amour qui est venu au milieu de nous. Et, c’est cet Amour, cette Lumière que les hommes n’ont pas reçu. Or, c’est ce que nous, dans le tréfonds de notre cœur, accueillons aujourd’hui. Nous l’accueillons depuis notre baptême, depuis que nous avons pris conscience que cette lumière, Le Christ était une nécessité dans notre vie. Non pas, un à côté, mais une nécessité profonde, car sans Le Christ notre vie reste dans les ténèbres, notre vie perd du sens. Or, Le Christ nous invite sur le chemin qui a du sens, le chemin qui conduit vers Le Père. Ce chemin, vous savez, c’est la parole de Dieu, c’est l’évangile. Cet évangile qui doit être le cœur de notre existence, le cœur de notre vie. C’est la nourriture essentielle, c’est le pain essentiel, comme on dit dans le Notre Père, Le pain essentiel c’est la parole de Dieu, et cette parole qui nourrit l’aujourd’hui de notre vie, qui lui donne du sens, qui nous fait sortir de, on pourrait dire, d’une certaine errance, n’est-ce pas, pour nous orienter et nous conduire vers Le Père.

La figure de Saint Hilaire de Poitiers est une des grandes figures des Evêques qui ont été des fondateurs du Christianisme, ou plutôt les grands apôtres de ces terres dans lesquelles nous sommes. Ils ont été de grands apôtres du fait que c’était Le Christ qui était le centre de leur vie, de leur vie personnelle et de leur apostolat, c’est ce que nous devons continuer à faire chacun d’entre nous à leur image, d’être des apôtres, des apôtres par notre vie, par l’engagement de notre cœur pour que l’évangile rayonne, que l’évangile ne soit pas une lettre parmi les lettres, comme il y en a beaucoup, mais qu’il soit La Lettre qui nous permette d’exister. Le Texte, pas des textes, qui nous révèle le mystère de l’Amour, il n’y a pas d’autre texte, il n’y a que celui-là. Nous voyons que la révélation de l’Amour s’est faite au prix de la vie, au prix du sacrifice, au prix du don de soi, comme Le Christ l’a fait sur la croix, la croix qui est ce trône de l’Amour divin, de l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous.

Alors, frères et sœurs, comme ces pères de l’antiquité, ces pères fondateurs, nous qui sommes nés de la parole de Dieu, nous qui sommes nés de l’évangile, mettons cet évangile dans le quotidien de notre vie, dans la pratique de notre vie. En effet, Le Christ lui-même nous dit qu’il n’y a qu’un seul commandement pour chacun de nous, c’est d’aimer Dieu et d’aimer son prochain. Que notre vie soit ainsi, que Dieu résonne dans notre cœur, dans notre vie, parce que nous savons nous tourner vers lui, écouter sa parole, la recevoir et la mettre en pratique dans le quotidien de notre vie, c’est ce que nos pères nous enseignent, et c’est ce que nous voulons vivre nous aussi comme chrétiens dans l’aujourd’hui, que Dieu nous donne dans ce maintenant de notre vie. Que cette parole soit une parole vivante en vous, non pas quelque chose de mémoriel mais quelque chose d’actuel et de vivant. Que cette parole de Dieu nourrisse notre vie intérieure et soit le guide pour le chemin de notre vie »

 

Son Eminence le Métropolite Jean annonce ensuite une triste nouvelle. « J’ai appris la veille au soir que le père André Fortounatto recteur de la paroisse de Vichy et de Lyon ( http://www.paroisse-christ-sauveur.org/, http://www.paroisse-sts-alexis-et-marie-lyon.org/index.php)  que beaucoup d’entre nous connaissons, s’est endormi dans le Seigneur après une longue maladie. Je vous demande humblement de prier pour lui pour le repos de son âme, pour sa famille, pour son épouse Hélène, ses enfants. Que Le Seigneur lui ouvre la porte de son royaume et l’accueille dans sa lumière, lui qui a servi toute sa vie à l’autel, qui a servi nos communautés. Prions pour le repos de son âme, nous allons dire les ecténies des défunts pour l’accompagner dans le chemin que Le Seigneur l’invite à parcourir en ce moment » 

Michel de Montaigne

Essais (1595)

Texte établi par P. Villey et V. L. Saulnier, P. U. F., 1965 (1, p. 92-92v).

 

Chapitre 33 :
De Fuir les Voluptez au Pris de la Vie


I’Avois bien veu convenir en cecy la pluspart des anciennes opinions : qu’il est heure de mourir lors qu’il y a plus de mal que de bien à vivre ; et que, de conserver nostre vie à nostre tourment et incommodité, c’est choquer les loix mesmes de nature, comme disent ces vieilles règles :

ἤ ζῇν ἀλύπως, ἤ θαηνεῖν εὐδαιμόνως
Καλόν τὸ θνήσκειν οἷς ὗβριν τὸ ζᾗν φέρει.
Κρεῖσσσν τὸ μὴ ζῆν ἐστίν, ἢ ζῇν ἀθλίως.

Mais de pousser le mespris de la mort jusques à tel degré, que de l’employer pour se distraire des honneurs, richesses, grandeurs et autres faveurs et biens que nous appellons de la fortune, comme si la raison n’avoit pas assez affaire à nous persuader de les abandonner, sans y adjouter cette nouvelle recharge, je ne l’avois veu ny commander ny pratiquer, jusques lors que ce passage de Seneca me tomba entre mains, auquel conseillant à Lucilius, personnage puissant et de grande authorité autour de l’Empereur, de changer cette vie voluptueuse et pompeuse, et de se retirer de cette ambition du monde à quelque vie solitaire, tranquille et philosophique, sur quoy Lucilius alleguoit quelques difficultez : Je suis d’adviz (dict-il) que tu quites cette vie là, ou la vie tout à faict ; bien te conseille-je de suivre la plus douce voye, et de destacher plustost que de rompre ce que tu as mal noué, pourveu que, s’il ne se peut autrement destacher, tu le rompes. Il n’y a homme si couard qui n’ayme mieux tomber une fois que de demeurer tousjours en branle. J’eusse trouvé ce conseil sortable à la rudesse Stoïque ; mais il est plus estrange qu’il soit emprunté d’Epicurus, qui escrit, à ce propos, choses toutes pareilles à Idomeneus. Si est-ce que je pense avoir remarqué quelque traict semblable parmy nos gens, mais avec la moderation Chrestienne. Saint Hilaire, Evesque de Poitiers, ce fameux ennemy de l’heresie Arriene, estant en Syrie, fut adverti qu’Abra, sa fille unique, qu’il avoit laissée par deça avecques sa mere, estoit poursuyvie en mariage par les plus apparens Seigneurs du païs, comme fille tres-bien nourrie, belle, riche et en la fleur de son aage. Il luy escrivit (comme nous voyons) qu’elle ostat son affection de tous ces plaisirs et advantages qu’on luy presentoit ; qu’il lui avoit trouvé en son voyage un party bien plus grand et plus digne, d’un mary de bien autre pouvoir et magnificence, qui luy feroit presens de robes et de joyaux de pris inestimable. Son dessein estoit de luy faire perdre l’appetit et l’usage des plaisirs mondains, pour la joindre toute à Dieu ; mais, à cela le plus court et plus certain moyen luy semblant estre la mort de sa fille, il ne cessa par veux, prieres et oraisons, de faire requeste à Dieu de l’oster de ce monde et de l’appeller à soy, comme il advint : car bien-tost apres son retour elle luy mourut, dequoy il montra une singuliere joye. Cettuy-cy semble encherir sur les autres, de ce qu’il s’adresse à ce moyen de prime face, lequel ils ne prennent que subsidierement, et puis que c’est à l’endroit de sa fille unique. Mais je ne veux obmettre le bout de cette histoire, encore qu’il ne soit pas de mon propos. La femme de Sainct Hilaire, ayant entendu par luy comme la mort de leur fille s’estoit conduite par son dessein et volonté, et combien elle avoit plus d’heur d’estre deslogée de ce monde que d’y estre, print une si vive apprehension de la beatitude eternelle et celeste, qu’elle solicita son mary avec extreme instance d’en faire autant pour elle. Et, Dieu à leurs prieres communes l’ayant retirée à soy bientost apres, ce fut une mort embrassée avec singulier contentement commun.

 

 

PRIERE DE SAINT HILAIRE DE POITIERS

 

Père, Dieu tout-puissant,
J’ai bien conscience que c’est à toi que je dois consacrer l’occupation principale de ma vie. Que toutes mes paroles et mes pensées s’entretiennent de toi.

Car ce don de la parole que tu m’as accordé ne peut pas me rapporter un plus grand bienfait que celui-ci : te servir par la prédication et montrer qui tu es. Tu es le Père, celui du Fils unique de Dieu. Je dois le montrer soit au monde qui l’ignore, soit à l’hérétique qui le refuse.

Ma volonté n’a pas d’autre raison d’être ; du reste, je dois implorer la grâce de ton assistance et de ta miséricorde, pour que tu gonfles du souffle de ton Esprit les voiles déployées pour toi par notre profession de foi et que tu nous pousses dans cette course de la prédication. Car il n’est pas infidèle à sa promesse, celui qui a dit : Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira (Lc 11, 9).

Étant pauvres, nous demanderons ce dont nous sommes dépourvus ; nous fournirons un effort acharné pour scruter la parole de tes prophètes et de tes Apôtres, nous frapperons à tous les accès d’une compréhension qui nous est fermée. Mais c’est à toi d’exaucer la demande, d’accorder ce qu’on cherche, d’ouvrir la porte fermée.

Nous vivons en effet dans une sorte de torpeur, à cause de notre engourdissement naturel et nous sommes empêchés de comprendre tes mystères par une ignorance invicible due à la faiblesse de notre esprit. Mais le zèle pour ton enseignement fortifie notre perception de la science divine, et l’obéissance de la foi nous soulève au-dessus de notre capacité naturelle de connaître. Nous espérons donc que tu stimuleras les débuts difficiles de cette entreprise, que tu la fortifieras par une réussite croissante, que tu l’appelleras à partager l’esprit des prophètes et des Apôtres ; nous voudrions comprendre leurs paroles dans le sens où ils les ont prononcées et employer des termes exacts pour rendre fidèlement les réalités qu’ils ont exprimées.

De fait, nous allons parler de ce qu’ils ont proclamé dans le mystère : toi, Dieu éternel, Père du Fils qui est éternellement Dieu ; toi, l’unique à n’avoir pas eu de naissance, et l’unique Seigneur, Jésus-Christ, né de toi par une naissance éternelle ; il ne faut pas en faire un dieu de plus, à cause d’une diversité qui est réelle ; on ne doit pas dire non plus qu’il n’est pas engendré de toi, qui es le seul Dieu ; et il ne faut pas professer qu’il est autre chose que le vrai Dieu, lui qui est né de toi, le Père, qui es vrai Dieu.

 

Accorde-nous donc le sens exact des mots, la lumière de l’intelligence, la noblesse du langage, l’orthodoxie de la foi ; ce que nous croyons, accorde-nous de l’affirmer aussi. C’est-à-dire, puisque nous connaissons par les prophètes et les Apôtres un seul Dieu, toi, le Père, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, qu’il nous soit donné aujourd’hui, contre les hérétiques négateurs, de te célébrer comme étant Dieu, mais non un Dieu solitaire, et de prêcher ce Dieu sans commettre d’erreur. Amen

 

Hilaire de PoitiersTraité sur la Trinité