Dimanche 25 février 2018

Dimanche du Triomphe de l'Orthodoxie

 

 

(1° dimanche du Grand Carême)

Ton 5

 

Agapes

 

Vigiles le 24 février  à 18h 

Liturgie le 25 février à 10h30 précédée des heures 

A 13h45 Assemblée Générale Ordinaire de l'Association Cultuelle Orthodoxe La Trinité et Saint Hilaire de Poitiers

 

 

 

LECTURE DU GRAND CANON DE SAINT ANDRE DE CRÊTE DANS LES COMPLIES JEUDI 21 FÉVRIER A 18H30

 

Texte du Canon

Synaxaire

Ce jour, nous faisons mémoire d'Adam, notre premier Père, chassé du Paradis de délices.

Avec Adam et Eve amèrement déchus pleure le genre humain son Paradis perdu.

Cette mémoire, nos saints Pères l'ont placée avant le Carême, comme pour nous montrer par les faits combien le remède du jeûne est utile à la nature humaine et combien est lamentable ce qui vient de la satiété et de la désobéissance. Omettant donc les dommages infinis causés au monde par suite de sa faute, les Pères ont voulu présenter Adam le premier homme, en nous montrant clairement le mal souffert par lui pour n'avoir pu s'abstenir d'un peu de nourriture el, par là, introduit également dans notre nature, et aussi le bien-fondé du jeûne, ce premier commandement de Dieu parmi les hommes. Ne l'ayant pas observé, mais ayant cédé à son ventre ou plutôt. par l'intermédiaire d'Eve, au serpent trompeur, non seulement il n'est pas devenu Dieu, mais de plus il s'est attiré la mort, dont il a transmis le mal à tout le genre humain. C'est donc pour la gourmandise du premier Adam que le Seigneur a jeûné quarante jours el s'est montré obéissant; el c'est pour cela que le présent Carême a été conçu par les saints Apôtres, afin qu'en observant ce qu'Adam n'a pas observé nous jouissions, par le jeûne, de l'immortalité dont il a lui-même souffert la perte. D'ailleurs, comme nous l'avons déjà dit, le but des Saints, c'est d'embrasser en peu de temps les œuvres divines depuis le début jusqu'à la fin. Et puisqu'à la responsabilité de tous nos semblables incombent et la transgression d'Adam et sa chute du Paradis de délices, pour cette raison les Pères ont proposé qu'en en faisant mémoire. nous fuyions son exemple, au lieu d'en imiter l'intempérance.

Le sixième jour, Adam fut donc façonné par la main de Dieu, honoré par son souffle de son image et ressemblance et, recevant aussitôt son commandement, il passa jusqu'à six heures dans le Paradis; puis, ayant transgressé le commandement, il en fut chassé. L'hébreu Philon dit qu'Adam aurait passé cent ans dans le Paradis; d'autres parlent de sept jours ou années, à cause de la valeur de ce nombre. Mais qu'à la sixième heure il étendit la main et saisit le fruit, nous l'a montré le Christ, nouvel Adam, qui, le sixième jour et à la sixième heure, étendit ses mains sur la croix pour réparer sa perte. Adam a été créé à mi chemin entre la corruption et l'incorruptibilité, afin que, de quelque côté qu'il penchât par son choix, cela lui fût acquis. Car il était également possible à Dieu de le créer immortel; mais pour que soit justifié son choix. il lui donna comme loi de toucher à tous les arbres mais pas à celui-ci; c'est-à-dire, probablement: avoir la connaissance de toutes les créatures de la puissance divine, mais en aucun cas celle qui se réfère à la nature de Dieu. Grégoire le Théologien, pensant en philosophe que les arbres  sont les connaissances divines, tandis que l'arbre représente la contemplation, a dit: Dieu a donc ordonné à Adam de s'intéresser à tous les autres principes et aux autres qualités, d'y appliquer son esprit et de rendre gloire à Dieu, car c'est là que résident les vraies délices. Peut-être lui a-t-il demandé de s'enquérir aussi sur sa propre nature, mais pour ce qui est de Dieu, de ne pas chercher à savoir qui il est par nature, ni où ni comment il a tiré l'univers du néant. Mais lui, délaissant les autres recherches, se mit plutôt à sonder ce qui concerne Dieu et à scruter soigneusement sa nature; et, comme il était, en ces matières, un enfant, un débutant, tout à fait inexpert, il tomba lorsque Satan lui suggéra, par l'intermédiaire d'Eve, l'idée de déification. Le grand et divin Chrysostome dit que cet arbre avait un double pouvoir et il affirme que le Paradis était sur terre; en philosophe, il l'imagine à la fois intellectuel et sensible, comme l'était Adam, et le place «au milieu» entre la corruption et l'incorruptibilité, pour sauvegarder l'Ecriture, mais sans s'en tenir à la lettre. Certains disent que l'arbre de la désobéissance fut le figuier puisque, sachant leur nudité, ils se couvrirent aussitôt, en se servant de ses feuilles. Et c'est la raison pour laquelle le Christ aurait maudit le figuier. comme s'il avait été la cause de la transgression. Car il a une certaine ressemblance avec le péché: d'abord la douceur du fruit, ensuite l'âpreté de ses feuilles, et enfin la glu qui provient de son lait. Et il en est qui ont compris de façon peu convenable et l'arbre et la conversation d'Adam avec Eve et leur «connaissance». Donc, après avoir transgressé et revêtu la chair mortelle. après avoir été l'objet de la malédiction, il fut chassé du Paradis, dont la porte, sur l'ordre de Dieu, fut gardée par un glaive de feu. Devant cette porte, Adam s'assit et pleura tous les biens dont il s'était privé pour n'avoir pas jeûné en temps opportun et le fait que tout le genre humain issu de lui devait partager la même condition jusqu'à ce que notre Créateur, ayant pitié de notre nature détériorée par Satan, naisse de la Vierge sainte et vive son admirable vie, nous montrant le voie par ce qui s'oppose au démon, à savoir le jeûne et l'humilité, et que, triomphant de celui qui par rose nous avait séduits. il ramène notre nature à son ancienne dignité.

Tout cela, les Pères théophores ont donc voulu le rendre présent à travers tout le Triode, et ils ont mis en première place l'Ancien Testament: d'abord la création, puis la chute d'Adam, dont nous faisons mémoire présentement, puis tout le reste, à travers les écrits de Moïse et des Prophètes, plus encore avec les psaumes de David, auxquels s'ajoutent. tout au long, les Ecritures de la grâce. Suivent aussi. dans l'ordre. les événements de la nouvelle Alliance, dont le premier est l'Annonciation qui, selon l'ineffable économie de Dieu, trouve presque toujours place pendant
le saint Carême; viennent ensuite Lazare el les Rameaux, la sainte et grande Semaine, la lecture des saints Evangiles et les hymnes qui chantent en détail les saintes st salutaires Souffrances du Christ; puis la Résurrection et le reste, jusqu'à la descente de l'Esprit, tandis que les Actes des Apôtres exposent comment advint la prédication et comment elle rassembla tous les Saints; car les Actes confirment la Résurrection. à travers les miracles.

Puisque donc nous avons souffert de tels maux par le fait qu'Adam. une seule fois, n'a pas jeûné, voici qu'il en est fait mémoire à présent, à l'entrée du saint Carême, afin que, nous rappelant tout le mal qu'. entraîné le fait de ne pas jeûner, nous nous empressions d'accueillir le jeûne avec joie et de l'observer. Alors, ce qu'Adam n'a pu atteindre, à savoir la divinisation, nous l'obtiendrons, nous. par le carême, pleurant. jeûnant et nous humiliant, jusqu'à ce que Dieu vienne nous visiter; car sans cela, il n' est pas facile de retrouver ce que nous avons perdu.

Il faut savoir en outre que ce saint et grand Carême est la dîme de toute l'année: puisque par paresse, en effet, nous ne voulons pas toujours jeûner et nous abstenir du mal. c'est comme une moisson des âmes que les Apôtres et les saints Pères nous ont confiée. De cette façon, tout le mal que nous avons fait au cours de l'année, nous le rejetons maintenant dans la contrition et en nous humiliant par ce carême, que nous avons avantage à observer de façon plus précise. Car les divins Pères nous ont transmis également trois autres jeûnes: celui des saints Apôtres, celui de la Mère de Dieu et le carême de Noël, ce qui fait quatre, un pour chaque saison de l'année. Mais ce carême, nous l'estimons davantage, à cause de la Passion, ou parce que c'est celui qu'a observé le Christ lui-même, en lui donnant une certaine gloire, ou bien que Moïse a reçu la Loi après avoir jeûné quarante jours; pensons aussi à Elie, à Daniel et à tous ceux qui ont fait leurs preuves auprès de Dieu. Et le bien-fondé du jeûne, Adam le montre par son contraire. C'est donc pour cette raison que les saint Pères ont voulu rappeler ici l'exil d 'Adam.

 

Par ton ineffable miséricorde, ô Christ notre Dieu, rends-nous dignes des délices du Paradis et, dans ton amour pour les hommes, prends pitié de nous. Amen. 

Aux âmes des Ascètes en mémoire éternelle j'apporte en libation ma louange immortelle.

Progressivement, les Pères théophores nous ont instruits grâce aux fêtes précédentes, ils nous ont rendus prêts pour le stade, nous ont éloignés de la jouis
sance et de la satiété, nous ont inculqué la crainte du jugement à venir. et maintenant, nous purifiant de la viande par celte semaine de la Tyrophagie, ils y ont aussi placé adroitement ces deux jours de jeûne (le mercredi et le vendredi), afin de nous introduire peu à peu dans le carême. Et voici qu'ils insèrent également tous ceux, hommes et femmes, qui ont vécu saintement dans le monachisme ou l'ascèse. à travers nombre de peines et d'exploits. afin de nous rendre plus fermes en vu du stade, par la mémoire des combats qu'ils ont menés. en nous livrant leurs Vies comme exemple et
comme guide. et afin que. nous étant procuré leur alliance et leur secours, nous soyons équipés pour les combats spirituels, considérant qu'eux aussi appartiennent à la même nature que nous. Comme les stratèges d'armées rangées en ligne de bataille et se faisant déjà face exhortent leur propre année par des discours et des exemples, et par le souvenir des anciens qui ont bien combattu et montré de la vaillance, au point que les soldats, encouragés par l'espérance de la victoire, s'engagent de toute leur âme dans le combat, de même font à présent les Pères théophores, en toute sagesse: avant les combats spirituels, ils encouragent les hommes et les femmes en se servant de ceux qui ont vécu dans l'ascèse, et c'est ainsi qu'ils nous entraînent vers le stade du Carême, afin que, découvrant devant ces modèles combien peu facile fut leur vie, nous pratiquions les diverses et multiples vertus, selon qu'à chacun il en est donné le pouvoir, en premier lieu la charité, puis le renoncement volontaire aux œuvres et actions mauvaises, et enfin le jeûne lui-même, qui n'est pas
seulement s'abstenir de nourriture, mais aussi de la langue, des yeux, de l'irritation, en un mot, s'abstenir
de tout mal et s'y rendre étranger. C'est la raison pour laquelle les saints Pères ont placé ici la présente mémoire de tous les Saints, en produisant devant nous ceux qui ont été agréables à Dieu par, le jeûne et par les autres œuvres belles et bonnes; par leur image, ils nous poussent, devant le stade des vertus, à nous armer, nous aussi, généreusement contre les passions et les démons; et, en quelque sorte, nous représentant que, si nous déployons nous aussi un zèle égal au leur, rien ne nous empêchera de faire ce qu'ils ont fait eux-mêmes et de mériter les mêmes honneurs, puisqu'ils ont appartenu à la même nature que nous.

En ce qui concerne la Tyrophagie, certains disent que la semaine des laitages a été instituée par l'empereur Héraclius et qu'auparavant c'était une semaine où l'on mangeait de la viande: comme il était en campagne depuis six ans contre Khosroès et les Perses, il promit à Dieu que, s'il lui donnait de l'emporter sur eux, il changerait cela et qu'il établirait une semaine entre le jeûne et la satiété; ce qu'il fit. Quant à moi, je pense que, même si cela est arrivé ainsi, de toute façon elle a été conçue par les saints Pères comme une purification préalable, afin que nous ne souffrions pas le désagrément de passer tout de suite de l'usage des viandes et de la satiété à la plus stricte abstinence; autrement. nous faisons du tort au fonctionnement de notre corps. Tandis qu'en renonçant peu à peu el progressivement aux nourritures grasses et savoureuses, comme des chevaux fougueux soumis à une réduction de la nourriture, nous acceptons plus volontiers le frein du jeûne. Et comme ils l'ont fait pour l'âme en se servant des paraboles, ils l'ont imaginé aussi pour le corps en ôtant petit à petit les obstacles au jeûne.

 

Par les prières de tous les saints Ascètes, ô Christ notre Dieu, aie pitié
de nous. Amen


SAINT EPHREM LE SYRIEN ET LA PRIERE DU CARÊME

Parmi toutes les hymnes et prières de Carême se trouve une courte prière que l’on peut appeler la prière du Carême. La tradition l’attribue à l’un des grands maîtres de la vie spirituelle, saint Éphrem le Syrien (+373). En voici le texte :

 

Seigneur et Maître de ma vie,
l’esprit d’oisiveté, de découragement,
de domination et de vaines paroles,
éloigne de moi.
L’esprit d’intégrité, d’humilité,
de patience et de charité,
accorde à ton serviteur.
Oui, Seigneur et Roi,
donne-moi de voir mes fautes
et de ne pas juger mon frère,
car tu es béni aux siècles des siècles. Amen.

 

Cette prière est lue deux fois à la fin de chaque office du Carême, du lundi au vendredi (on ne la dit pas le samedi et le dimanche, car les offices de ces deux jours ne suivent pas l’ordonnance du Carême). On la dit une première fois en faisant une métanie (prosternation) après chaque demande. Puis on s’incline douze fois en disant : " Ô Dieu, purifie-moi, pécheur ! " Enfin on répète toute la prière avec une dernière prosternation à la fin.

Pourquoi cette courte et si simple prière occupe-t-elle une place aussi importante dans la prière liturgique du Carême ? C’est qu’elle énumère d’une façon très heureuse tous les éléments négatifs et positifs du repentir, et constitue en quelque sorte un aide-mémoire pour notre effort personnel de Carême. Cet effort vise d’abord à nous libérer de certaines maladies spirituelles fondamentales qui imprègnent notre vie et nous mettent pratiquement dans l’impossibilité de commencer même à nous tourner vers Dieu.

La maladie fondamentale est l’oisiveté, la paresse. Elle est cette étrange apathie, cette passivité de tout notre être, qui toujours nous tire plutôt vers le bas que vers le haut, et qui, constamment, nous persuade qu’aucun changement n’est possible, ni par conséquent désirable. C’est, en fait, un cynisme profondément ancré qui, à toute invitation spirituelle, répond : " À quoi bon ? " et qui fait ainsi de notre vie un désert spirituel effrayant. Cette paresse est la racine de tout péché, parce qu’elle empoisonne l’énergie spirituelle à sa source même.

La conséquence de la paresse, c’est le découragement. C’est l’état d’acédie, ou de dégoût, que tous les Pères spirituels regardent comme le plus grand danger pour l’âme. L’acédie est l’impossibilité pour l’homme de reconnaître quelque chose de bon ou de positif : tout est ramené au négativisme et au pessimisme. C’est vraiment un pouvoir démoniaque en nous, car le diable est fondamentalement un menteur. Il ment à l’homme au sujet de Dieu et du monde ; il remplit la vie d’obscurité et de négation. Le découragement est le suicide de l’âme, car lorsque l’homme en est possédé, il est absolument incapable de voir la lumière et de la désirer.

Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est précisément la paresse et le découragement qui emplissent notre vie du désire de domination. En viciant entièrement notre attitude devant la vie, et en la rendant vide et dénuée de tout sens, ils nous obligent à chercher compensation dans une attitude radicalement fausse envers les autres. Si ma vie n’est pas orientée vers Dieu, ne vise pas les valeurs éternelles, inévitablement elle deviendra égoïste et centrée sur moi-même, ce qui veut dire que tous les autres êtres deviendront des moyens au service de ma propre satisfaction. Si Dieu n’est pas le Seigneur et Maître de ma vie, alors je deviens mon propre seigneur et maître, le centre absolu de mon univers, et je commence à tout évaluer en fonction de mes jugements. De cette façon, l’esprit de domination vicie à la base mes relations avec les autres , je cherche à me les soumettre. Il ne s’exprime pas nécessairement dans le besoin effectif de commander ou de dominer les autres. Il peut tout aussi bien tourner à l’indifférence, au mépris, au manque d’intérêt, de considération et de respect. C’est bien la paresse et le découragement, mais cette fois dans leur référence aux autres ; ce qui achève le suicide spirituel par un meurtre spirituel.

Et pour finir, les vaines paroles. De tous les êtres crées, seul l’homme a été doté du don de la parole. Tous les Pères y voient le " sceau " de l’image divine en l’homme, car Dieu lui-même s’est révélé comme Verbe (Jn 1,1). Mais du fait qu’il est le don suprême, le don de la parole est par là même le suprême danger. Du fait qu’il est l’expression même de l’homme, le moyen de s’accomplir lui-même, il est, pour cette raison, l’occasion de sa chute et de son autodestruction, de sa trahison et de son péché. La parole sauve et la parole tue ; la parole inspire et la empoisonne. La parole est instrument de vérité et la parole est moyen de mensonge diabolique. Ayant un extrême pouvoir positif, elle a, partant, un terrible pouvoir négatif. Véritablement, elle crée, positivement ou négativement. Déviée de son origine et de sa fins divines, la parole devient vaine. Elle prête main forte à la paresse, au découragement, à l’esprit de domination, et transforme la vie en enfer. Elle devient la puissance même du péché.

Voilà donc les quatre points négatifs visés par le repentir ; ce sont les obstacles qu’il faut éliminer ; mais seul Dieu peut le faire. D’où la première partie de la prière de Carême : ce cri du fond de notre impuissance humaine. Puis la prière passe aux buts positifs du repentir qui sont aussi au nombre de quatre.

Si l’on ne réduit pas la chasteté, comme on le fait souvent de façon erronée, à son acceptation sexuelle, la chasteté peut être considérée comme la contrepartie positive de la paresse. La traduction exacte et complète du terme grec sophrosyni et du russe tsélomoudryié devrait être  : " totale intégrité ". La paresse est avant tout dispersion, fractionnement de notre vision et de notre énergie, incapacité à voir le tout. Son contraire est alors précisément l’intégrité. Si par le terme de chasteté, nous désignons habituellement la vertu opposée à la dépravation sexuelle, c’est que le caractère brisé de notre existence n’est nulle part ailleurs plus manifeste que dans le désir sexuel, cette dissociation du corps d’avec la vie et le contrôle de l’esprit. Le Christ restaure en nous l’intégrité et il le fait en nous redonnant la vraie échelle des valeurs, en nous ramenant à Dieu.

Le premier fruit merveilleux de cette intégrité ou chasteté est l’humilité. Elle est par-dessus tout la victoire de la vérité en nous, l’élimination de tous les mensonges dans lesquels nous vivons habituellement. Seule l’humilité est capable de vérité, capable de voir et d’accepter les choses comme elles sont et donc de voir Dieu, sa majesté, sa bonté et son amour en tout. C’est pourquoi il nous est dit que Dieu fait grâce à l’humble et résiste au superbe (Pr 3,34 ; Jc 4,6 ; 1P 5,6).

La chasteté et l’humilité sont naturellement suivies de la patience. L’homme " naturel " ou " déchu " est impatient parce que, aveugle sur lui-même, il est prompt à juger et à condamner les autres. N’ayant qu’une vision fragmentaire, incomplète et faussée de toutes choses, il juge tout à partir de ses idées et de ses goûts. Indifférents à tous, sauf à lui-même, il veut que la vie réussisse ici-même et dès maintenant. La patience, d’ailleurs, est une vertu véritablement divine. Dieu est patient non pas parce qu’il est " indulgent ", mais parce qu’il voit la profondeur de tout ce qui existe, parce que la réalité interne des choses que, dans notre aveuglement, nous ne voyons pas, est à nu devant lui. Plus nous nous approchons de Dieu, plus nous devenons patients pour tous les êtres, qui est la qualité propre de Dieu.

Et enfin, la couronne et le fruit de toutes les vertus, de toute croissance et de tout effort, est la charité, cet amour qui ne peut être donné que par Dieu, ce don qui est le but de tout effort spirituel, de toute préparation et de toute ascèse.

Tout ceci se trouve résumé et rassemblé dans la demande qui conclut la prière de Carême et dans laquelle nous demandons " de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère ". Car, finalement, il n’y a qu’un danger : celui de l’orgueil. L’orgueil est la source du mal et tout mal est orgueil. Pourtant, il ne me suffit pas de voir mes propres fautes, car même cette apparente vertu peut tourner en orgueil. Les écrits spirituels sont remplis d’avertissements contre les formes subtiles d’une pseudo-piété qui, en réalité, sous couvert d’humilité et d’auto-accusation, peut conduire à un orgueil vraiment diabolique. Mais quand nous " voyons nos fautes " et " ne jugeons pas nos frères ", quand, en d’autres termes, chasteté, humilité, patience et amour ne sont plus qu’une même chose en nous, alors et alors seulement, le dernier ennemi - l’orgueil - est détruit en nous.

Après chaque demande de la prière, on se prosterne. Ce geste n’est pas limité à la prière de saint Éphrem, mais constitue une des caractéristiques de toute la prière liturgique quadragésimale. Ici, cependant, sa signification apparaît au mieux. Dans le long et difficile effort de recouvrement spirituel, l’Église ne sépare pas l’âme du corps. L’homme tout entier, dans sa chute, s’est détourné de Dieu ; l’homme tout entier devra être restauré ; c’est tout l’homme qui doit revenir à Dieu. La catastrophe du péché réside précisément dans la victoire de la chair - l’animal, l’irrationnel, la passion en nous, - sur le spirituel et le divin. Mais le corps est glorieux, le corps est saint, si saint que Dieu lui-même s’est fait chair (Jn 1,14). Le salut et le repentir ne sont donc pas mépris ou négligence du corps, mais restauration de celui-ci dans sa vraie fonction en tant qu’expression de la vie de l’esprit, en tant que temple de l’âme humaine qui n’a pas de prix. L’ascétisme chrétien est une lutte, non pas contre le corps mais pour le corps. Pour cette raison, tout l’homme - corps, âme et esprit - se repent. Le corps participe à la prière de l’âme, de même que l’âme prie par et dans le corps. Les prosternations, signes psychosomatiques du repentir et de l’humilité, de l’adoration et de l’obéissance, sont donc le rite quadragésimal par excellence.

Extrait d’Alexandre Schmemann, Le Grand Carême : 
Ascèse et Liturgie dans l’Église orthodoxe.
Éditions de l'Abbaye de Bellefontaine, 1977.
Reproduit avec l'autorisation des
Éditions de l'Abbaye de Bellefontaine.

 

 

Ce jour, comme nos saints Pères nous l'ont prescrit, nous faisons mémoire de tous les fidèles qui depuis les siècles se sont pieusement endormis dans l'espoir de la résurrection pour une vie éternelle.

Des morts oublie les fautes, ô Verbe.et que ton cœur, si riche de pitié, n'en tienne pas rigueur!

Puisqu'il arrive souvent qu'on trouve une mort prématurée à l'étranger, en mer ou en montagne, dans des gouffres et des précipices, dans les guerres ou les épidémies, par l'incendie ou par le gel, ou par tout autre accident mortel, et qu'étant pauvre et sans ressources on n'a pas eu les psalmodies et commémorations habituelles, les saints Pères, à la suite des Apôtres, ont décrété, dans leur amour pour les hommes, que l'Eglise universelle ferait une commune mémoire de tous ces défunts. De cette manière, ceux qui n'auraient pas eu individuellement les services habituels, par suite de quelque accident, seraient compris dans cette commune commémoration, une façon de montrer que les offices célébrés pour eux leur sont d'une grande utilité. Et c'est une première raison pour que l'Eglise de Dieu fasse mémoire de ces âmes. D'autre part, étant donné que le jour suivant doit être consacré au second Avènement du Christ, il convient aussi de commémorer les âmes pour apaiser le Juge sévère et incorruptible, afin qu'il use de son habituelle compassion envers eux et les établisse dans le bonheur promis. D'autre part, les saints Pères, devant consacrer le dimanche suivant au Paradis perdu ont imaginé ici comme une halte, nous rappelant le but de tous les humains par le présent repos, afin qu'on reprenne, à partir d'ici comme depuis le début; car, à la fin, pour tous ceux qui auront vécu parmi nous. ce sera le jugement, de la part du Juge impartial, et la
crainte qu'il inspire doit inciter les hommes à a
ccomplir, avant les combats du Carême, des œuvres qui lui plaisent- C'est toujours le samedi que nous faisons mémoire des âmes, parce que le sabbat hébraïque est synonyme de repos. En ce jour les morts se reposent aussi bien que les vivants et c'est en ce jour de repos que nous faisons des prières pour eux, chose que nous étendons à tous les samedis. Présentement, nous faisons mémoire de façon universelle, priant pour tout fidèle. Car les saints Pères, sachant que les commémorations des défunts, qu'il s'agisse de lities ou de liturgies, leur procure grand soulagement et utilité, ont demandé à l'Eglise de le faire de façon individuelle et commune, selon la tradition reçue des saints Apôtres, comme nous l'avons dit ainsi qu'au dire de saint Denys I'Aréopagite, L'utilité des suffrages pour les âmes s'appuie sur beaucoup d'autres encore, mais également sur l'histoire de saint Macaire qui, trouvant sur son chemin le crâne desséché d'un grec impie, demanda: .Est-ce qu'en l'Hadès on ressent parfois quelque consolation? Et le crâne répondit: .Lorsqu'on prie pour les défunts, ils y trouvent, Père, un grand soulagement.» C'était Macaire le Grand, et il priait Dieu, tout en désirant apprendre s'il en résultait quelque avantage
pour les défunts. Saint Grégoire des Dialogues sauva par sa prière l
'empereur Trajan, mais Dieu lui fit entendre de ne jamais plus le prier une autre fois pour un impie. Il est vrai que l'impératrice Théodora arracha aux tourments et sauva. à ce qu'on raconte, le maudit Théophile grâce aux prières des saints Confesseurs. Grégoire le Théologien montre aussi qu'il est bon de prier pour les défunts, dans son oraison funèbre pour son frère Césaire. Et le grand Chrysostome affirme dans son commentaire sur les Philippiens: «Considérons l'utilité pour ceux qui nous ont quittés; accordons-leur le secours qui leur est propre, je veux dire les Iities et les prosphores, car cela leur
apporte grand profit, avantage et utilité
, En effet, ce n'est pas en vain ni au hasard qu'on a pris cette décision et qu'elle a été transmise à l'Eglise de Dieu par les très-sages Apôtres du Christ, à savoir que durant les redoutables Mystères le prêtre fasse mémoire des fidèles défunts .• Et encore: .Dans les instructions que tu donnes à tes enfants et aux autres héritiers de ta famille, qu'il y ait un écrit de toi, avec le nom du juge, et qu'il n'y manque pas la mémoire des pauvres, et moi, j'en répondrai .• Athanase le Grand dit à son tour: Même si quelqu'un qui est mort pieusement est déjà dissous dans l'atmosphère, ne cesse pas d'allumer dans son tombeau de l'huile et des cierges, en invoquant le Christ notre Dieu. Car cela est agréable à Dieu et procure une grande compensation. Si le défunt était un pécheur, tu contribueras à la rémission de ses péchés; si c'était un juste, sa récompense s'en trouvera accrue, Si par hasard c'était un étranger sans enfants et qu'il n'ait personne pour s'occuper de lui, alors Dieu, qui est juste et ami des hommes, subviendra pour lui à son besoin, car il ajuste sa miséricorde à chaque situation, En outre, celui qui fait une offrande pour de tels cas participe à la récompense, parce qu'il a montré de la charité pour le salut de son prochain, tout comme celui qui doit enduire un autre de parfum s'en imprègne lui-même le premier; et ceux qui ne font pas de legs ou de testament pour cela en subiront toute la peine.

 

Ainsi donc, jusqu'à ce que se produise la seconde venue du Christ, tout ce qui est fait pour les défunts comporte une utilité, comme l'affirment les saints Pères, surtout pour ceux qui ont fait un peu de bien lorsqu'ils étaient comptés parmi les vivants. S'il y a des choses que la sainte Ecriture dit comme un avertissement pour beaucoup (et cela est nécessaire), toutefois l'amour de Dieu pour les hommes triomphe le plus souvent; car si la balance des vertus et des vices arrive à égalité, c'est l'amour pour les hommes qui prévaut; et si le plateau penche un peu du côté du mal, c'est la suprême bonté qui l'emporte à nouveau.

Et il faut savoir que là-bas tous se connaissent mutuellement, que ce soient des connaissances ou qu'ils ne se soient jamais vus, comme le dit saint Jean Chrysostome, déduisant cela de la parabole du mauvais riche et de Lazare. Toutefois, ils ne se reconnaîtront pas par l'aspect corporel, car il y aura une seule «stature», et les connaissances naturelles de chacun disparaîtront au profit du regard perspicace de l'âme, comme dit saint Grégoire le Théologien dans son oraison funèbre pour Césaire: «Alors, je te verrai Césaire, lumineux et glorieux, tel qu'en songe tu m'es apparu maintes fois, ô le plus aimé de mes frères. Quant à saint Athanase le Grand, même s'il ne parle pas ainsi dans ses enseignements au préfet Antiochus, il dit cependant, dans son homélie sur les défunts, que jusqu'à l'universelle résurrection il est donné aux saints de se connaître mutuellement et de se réjouir ensemble, tandis que les pécheurs en sont privés; et pour ce qui est des saints Martyrs, il leur est donné de voir et d'observer nos actions. Tous les autres se connaîtront mutuellement, lorsque seront révélées les secrètes actions de chacun.

Il faut savoir que pour le moment les âmes des justes se trouvent dans une situation appropriée; quant à celles des pécheurs cela dépend: il y a ceux que réjouit l'espérance et ceux qu'attriste l'attente des châtiments. Car les Saints eux-mêmes n'ont pas encore reçu les biens promis, comme dit le saint Apôtre, «Dieu ayant prévu pour nous un sort meilleur, afin qu'ils ne puissent pas sans nous parvenir à la perfection •. En outre, il ne faut pas croire que ceux qui tombent dans les précipices, dans le feu ou dans la mer, qui sont victimes d'accidents mortels, du froid ou de la faim subissent cela par ordre divin; car ce sont là les jugements de Dieu, dont les uns arrivent par sa bienveillance, les autres par sa concession; d'autres encore ont pour but d'instruire, d'aviser, de mettre en garde.

Certes, par sa prescience, Dieu sait tout, il connaît tout, et cela arrive selon sa volonté, comme dit le saint Evangile à propos des oiseaux. Ce n'est pas qu'il détermine qu'il en soit ainsi sauf dans certains cas, ni que cela se produise par hasard si l'un est étouffé, si l'autre meurt vieillard ou enfant, mais une fois pour toutes il a fixé le temps de l'univers et des hommes, ainsi que ces divers genres de mort. A l'intérieur de ces temps, les différentes sortes de mort se produisent sans que Dieu ait décidé cela depuis le début, même s'il en avait connaissance. En ce qui concerne la vie de chacun, c'est donc le dessein de Dieu qui improvise et le temps et le genre de mort. Mais qu'il y ait un plan de vie établi par avance, saint Basile y voit une allusion dans le .Tu es poussière et tu retourneras à la poussière». Il y a aussi le témoignage de l'Apôtre, lorsqu'il écrit aux Corinthiens: Vous communiez indignement, et .c'est pour cela qu'il y a parmi vous beaucoup de malades et d'infirmes et qu'un certain nombre s'est endormi», c'est-à-dire que beaucoup sont morts. Et David: «Ne me prends pas à la moitié de mes jours» et « D'un empan tu fis mes jours».

Salomon: «Mon fils, honore ton père. afin de vivre longuement» ou encore: «pour ne pas mourir avant ton heure». Et dans le livre de Job, Dieu dit à Eliphaz: Je vous ferais mourir, si ce n'était à cause de Job mon serviteur.» Ce qui montre qu'il n'y a pas de limite à la vie. Et si quelqu'un l 'affirme, cela signifie pour moi une limite venant de Dieu, sa propre volonté. Car il ajoute ou retranche à qui il veut, faisant tout pour l'intérêt de chacun. Et, lorsque Dieu le veut, il gère aussi bien le temps que le genre de mort. Donc, la limite de la vie de chacun, c'est la volonté et le dessein de Dieu en cette matière, comme le dit saint Athanase: ca Christ, c'est dans la profondeur de tes jugements que tu accordes la guérison.» Et Basile le Grand: « Chaque mort survient lorsque les limites de la vie sont accomplies, et nous appelons limites de la vie la volonté de Dieu. Car, s'il y a une limite à la vie, pour quelle raison implorons-nous Dieu et les médecins et prions-nous pour les enfants?

Et il faut savoir que les enfants baptisés jouissent du Paradis, tandis que les enfants non baptisés et ceux des païens n'iront ni au Paradis ni à la géhenne. L'âme sortie du corps ne se soucie pas des choses d'ici-bas, mais pour toujours de celles de l'au-delà.

Nous faisons mémoire des défunts le troisième jour, parce que ce jour-là l'homme change d'aspect; le neuvième jour, parce que tout se décompose à l'exception du cœur; et le quarantième jour, parce que le cœur se décompose lui aussi. C'est l'inverse de ce qu'on observe dans la formation de l'enfant à naître, puisque le troisième jour se dessine le cœur, que le neuvième jour prend consistance la chair et que le quarantième jour se modèle une forme complète

 

Aux âmes des défunts accorde, Seigneur, une place dans les tabernacles des Justes, et de nous tous aie pitié, toi qui seul possèdes l'immortalité.
Amen. 

SAINT HILAIRE

Né dans une noble et riche famille païenne d'Aquitaine, ce jeune homme était doué pour les études, mais la question du sens de la vie le tourmentait. Où se trouve le bonheur pour l'homme? A quoi sert d'exister si l'on doit mourir? Y a-t-il un dieu? Déçu dans ses lectures, il découvre un jour ce passage de la Bible "Je suis celui qui est" et s'enthousiasme. Mais la mort reste une idée insupportable. Il trouvera le plein rassasiement de sa faim spirituelle dans l'Évangile de saint Jean, l'évangile de l'Incarnation et de la Résurrection. A trente ans, il demande le baptême. Son envergure le désigne à l'attention des fidèles. Il est élu évêque de Poitiers, rencontre saint Athanase d'Alexandrie, alors en exil en Gaule à cause de l'hérésie arienne. Combattant à son tour cette hérésie, il est exilé en Phrygie (*) et découvre la théologie grecque. De retour en Gaule, il fera triompher à la fois l'orthodoxie et la paix religieuse. En accueillant saint Martin, pour fonder le monastère de Ligugé, il favorisa l'instauration du monachisme en Gaule. Dans son magistral "Traité sur la Trinité", il a le premier fait entrer, dans la langue latine, les subtilités et les délicatesse de la langue grecque. De tous les Pères Latins, il est celui dont la pensée est la plus proche des Pères Grecs.
(*) d'où est originaire Sainte Florence qu'il avait convertie et qui le suivit à son retour.

https://nominis.cef.fr/contenus/saint/421/Saint-Hilaire-de-Poitiers.html

SAINTE NINA

Nina, Ninon, Christine ou Chrétienne. 
Les Eglises d'Orient la fêtent aujourd'hui. L'Eglise en Occident en fait mémoire aujourd'hui également et la célèbre le 15 décembre. Nous connaissons sa vie par l'écrivain ecclésiastique Rufin qui donna quelques détails sur la conversion de l'Ibérie, région intérieure de l'actuelle Géorgie. Une jeune captive chrétienne, dont on ignore le pays d'origine, devenue esclave à la cour royale de Mzkhéta, non loin de Tbilissi, garde toute sa foi auprès du roi Mirian. Plus que sa grande beauté, c'est son inlassable charité qui la fait aimer et respecter. Ayant obtenu par ses prières la guérison d'un enfant, elle est appelée auprès de la reine Nana qui se meurt. Elle lui rend la santé. Quand le roi veut la récompenser, elle lui dit préférer sa conversion. Le roi en laisse d'abord le soin à sa femme. A quelque temps de là, il demandera à l'archevêque de Constantinople de lui envoyer un évêque pour évangéliser le royaume. 
Sainte Nino se retire dans la région de Bobdé où, dès le IVe siècle, fut construite une cathédrale. 
A Mzekhéta un petit oratoire rappelle aujourd'hui encore ce baptême de la Géorgie.

https://nominis.cef.fr/contenus/saint/260/Sainte-Nino.html


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