Père Elie de Terrasson-Lavilledieu:Homélie pour le Dimanche des Palmes le 21 avril 2019, en relation avec l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris de ce lundi 15 avril.

Mes frères, nous fêtons aujourd’hui le dimanche des « Palmes », que l’on appelle en Occident « des Rameaux ». C’est pareil, bien évidemment. Cette fête nous fait entrer dans le merveilleux cycle de la « Grande Semaine » ou « Semaine sainte », que les fidèles catholiques ont vécu la semaine passée. Pour eux, aujourd’hui, c’est Pâques, la célébration solennelle de la Résurrection que nous atteindrons à notre tour dimanche prochain.

 

Les circonstances

 

Nous savons quelle tragédie les a frappés – et nous avec eux car ce drame est pleinement nôtre aussi - en début de semaine, ce lundi 15 avril 2019, avec le spectaculaire et horrible incendie de la cathédrale de Paris, Notre-Dame. Peu de personnes se sont montrées insensibles à ce drame qui touche le cœur de la France et celui de bien des Français, même de ceux qui ne se sentent pas concernés par le culte qui est rendu dans ce Temple depuis neuf siècles et plus, puisque l’actuelle cathédrale gothique avait été construite sur l’emplacement d’une autre église devenue trop petite et qui a été démolie pour se voir remplacée par le chef-d’œuvre que nous connaissons ! Notre prière monte vers Dieu à l’adresse de tout ce monde catholique en deuil, souvent éberlué, parfois anesthésié de douleur, mais rarement abattu. À notre prière s’ajoute notre amour sincère à l’égard de tous ceux qui aiment le Christ, et dont l’Église-mère en France est maintenant défigurée, envolée en fumée, même si des promesses généreuses – et pas toujours désintéressées – laissent espérer une reconstruction aussi rapide que possible.

 

Compassion sincère

 

Frères catholiques, avec vous nous souffrons, car Français, notre histoire est liée à la vôtre, notre histoire nous est commune et elle passe par Notre-Dame de France, elle s’y concrétise, s’y renouvelle, même si un schisme, plus vieux que la cathédrale brûlée, et plus tragique encore nous sépare, hélas ! En disant cela, je ne veux pas faire croire que nous sommes seulement troublés par la perte d’un immense patrimoine culturel et artistique. Bien sûr, oh combien nous y sommes sensibles aussi ! Oh combien nous constatons aussi avec joie, la référence qu’elle constitue pour des millions de visiteurs chaque année, qui, sans le savoir, côtoient la réalité de la Présence de Celle à laquelle est dédiée la cathédrale, Notre Sainte et Immaculée Souveraine la Mère de Dieu, et de Celui, Jésus-Christ, Dieu-Homme, dont tant de saintes Reliques sont des « révélations », des « épiphanies » régulièrement présentées au regard, à l’amour et à la vénération de ceux qui Le cherchent, même nichées dans le coq-girouette, Reliques qui bénissent au gré de l’orientation des vents la ville et tout le pays du haut de la fameuse flèche, et retrouvé quasi miraculeusement intact dans les décombres calcinés.

 

Les réactions et commentaires

 

Que n’entendons nous pas en ces jours d’après le cataclysme de feu, sur ce « patrimoine » artistique universel ! Nous ne le contestons pas, bien évidemment. La nuit même du sinistre, monsieur Mélanchon a fait sur ce sujet un très beau discours, argumenté, digne et émouvant. Il soulignait, à juste titre, comment l’architecture de cette cathédrale témoignait du savoir-faire technique audacieux des maîtres-d’œuvre de l’époque médiévale, du génie des hommes de l’art et de leur constance pour mener à bien une telle œuvre. La mise en application de techniques hardies pour remplacer l’épaisseur des murs par de la lumière, et élever les voûtes le plus haut possible vers la perfection. Il avait raison. D’autres y sont allés aussi de leurs discours émus et compatissants, tant cet accident a touché le cœur de tout homme de cœur ou de goût, bien au-delà des clivages de culture, de foi ou d’appartenance religieuse. À combien de personnes l’émotion n’a-t-elle pas tiré de larmes sincères, visibles ou intérieures, qu’il serait indécent de moquer ? La peine, le chagrin étaient visible sur de nombreux visages, de tous âges et de toutes origines. Nous sommes heureux de constater l’élan de solidarité mondial dans le but de restaurer, autant que faire se peut, ce « patrimoine de l’humanité ».

 

Vision chrétienne

 

Mais vous, Chrétiens, ces justes analyses vous suffisent-elles ? Un jour que des pharisiens et des sadducéens s’approchaient de Jésus, « Pour l’éprouver ils l’interrogèrent : qu’Il leur montre un signe du ciel ! Mais il leur répond et leur dit : ‘’ Le soir venu, vous dites : ‘ beau temps, car le ciel est rouge.’ Et le matin : ‘aujourd’hui, tempête : car le ciel rouge s’assombrit.’ La face du ciel, vous savez la discerner, mais les signes des temps, vous ne le pouvez pas ! Âge mauvais et adultère ! Il cherche un signe ! De signe, il ne lui sera pas donné, sinon le signe de Jonas ! (Évangile selon Matthieu 16,1-4).

 

L’incendie : « le signe de Jonas » ?

 

Eh bien voilà, l’incendie de lundi « met à l’épreuve » notre foi, et il n’y a pas à douter qu’il est « un signe ». Nous attendons donc des pasteurs les plus haut placés une interprétation de « ce signe ». De grâce, si nous croyons – et c’est la foi que nous a enseignée Jésus – que Dieu intervient dans le déroulement de la vie du monde et des personnes, élevons notre discernement pour appréhender ce signe, le comprendre, et in fine orienter notre vie en fonction du « signe de Jonas » qui nous est donné là, éclatant, en pleine lumière, sans rester rivés à une vision exclusivement humaniste ou affective de l’événement : une perte artistique et culturelle, une mémoire perdue, une coopération universelle pour un renouveau de l’édifice. Là n’est pas le plus profond.

 

Des interprétations haineuses

 

Il y a bien sûr des faux prophètes qui voient le signe de la fin des temps ; d’autres qui réalisent que la foi et la vie chrétiennes peuvent disparaître de notre pays ; d’autres encore y discernent un châtiment divin dû à nos iniquités personnelles ou nationales. « Rien de nouveau sous le soleil ! » Il y a longtemps que des forces anti-chrétiennes se liguent pour éradiquer la foi en Jésus, en notre Dieu-Homme, mort-ressuscité, siégeant en Gloire pour nous y prendre avec Lui. Il y en a qui s’en réjouissent et qui le disent !

Et alors ? Déjà, lors des grandes persécutions des quatre premiers siècles, les païens faisaient le jeu du pouvoir des Néron, des Dèce ou des Trajan pour effacer les traces des disciples de Ce Jésus, notre Dieu apparu parmi nous et toujours présent, quoique souvent invisible ! Ils applaudissaient hystériquement à leurs massacres dans les cirques et les amphithéâtres et jouissaient de leurs mise-à mort ! Et que faisaient les ardents chrétiens d’alors ? Se vengeaient-ils de leurs veules persécuteurs ? Réclamaient-ils justice ? Non, à l’école de leur Sauveur ils bénissaient ceux qui les persécutaient et priaient pour eux : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Évangile selon Luc 23,34) et les dernières paroles de saint Étienne lapidé et rendant son dernier souffle étaient : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » (Actes des Apôtres 7,60). C’est ainsi qu’à toutes les époques les chrétiens ont supporté quolibets et oppositions, critiques et persécutions et qu’ainsi ils ont appris ce qu’est le Royaume des Cieux, dont souvent nous avons une bien piètre image… Alors, même si l’on entend des paroles déplacées et pas très intelligentes, « Ce sont les p’tits blancs qui pleurent pour des bouts de bois » qu’est-ce que cela peut faire ? C’est un bien que ces personnes se déchargent de leur agressivité, voire de leur haine ; ces sentiments ne viennent pas d’elles, car elles ne savent pas ce qu’elles disent, mais ces sarcasmes sont inspirés par une Intelligence supérieure et maligne. Lorsque « Celui-ci » se manifeste, c’est qu« il est aux abois et qu’ « il » se déchaîne sentant que sa fin est proche.

 

Attaque satanique

 

Et justement, puisqu’on parle de « lui », des images qui nous étaient délivrées du sinistre restent en ma mémoire. Je pense tout particulièrement à cette photographie prise semble-t il par un drone, où l’on voit toute la charpente en feu, d’un rouge diabolique. Le journal satirique « Charlie Hebdo » ne s’y est pas trompé, lui : la signature de l’incendiaire apparaissait clairement. Et en même temps, il nous semblait, à la verticale, voir sur l’immense croix formée par la nef et les transepts le Corps rougi du Divin crucifié bouillonnant du sang qu’Il a versé pour nous !

En voyant les vidéos qui montraient la progression fulgurante – et curieuse, j’oserais dire étonnante même, des flammes, la colonne de feu embrasant la flèche qui se couchait sous nos yeux après une résistance héroïque quoique perdue d’avance, et heureusement, presque miraculeusement privée de ses quatre évangélistes et de ses douze Apôtres (dont Thomas-Viollet-le-Duc), en voyant tout cela donc, ces scènes et d’autres montraient en une sorte d’évidence, qu’une « intelligence supérieure » dirigeait, orientait, étendait, canalisait la sarabande infernale du feu, comme pour narguer avec ses crépitements ressemblants à des grincements de dents, les témoins du drame que d’aucuns ont voulu appeler péjorativement des « badauds » alors qu’ils étaient des « compatissants » sidérés. Mais surtout « Il » semblait braver la sainte Maîtresse des Lieux que les soi-disant « badauds » imploraient publiquement. Quel démenti pour tous ceux qui nous parlent d’abandon total de la foi chrétienne de la part du peuple français ! Tant de fois les saltimbanques médiévaux avaient mimé les « Mystères » divins sur le parvis de Notre-Dame, pour l’édification spirituelle des foules, tant de fois d’autres avaient présenté des simulacres blasphématoires de baptêmes ou d’autres saintes scènes théâtralisées… Mais là, devant nous, lundi soir, « Il » ne se déguisait même plus, croyant désespérément vaincre ainsi son Créateur et la Mère de Celui-ci, Notre Souveraine, Notre-Dame.

 

Apocalypse

 

La scène était apocalyptique. Nous savions cependant que dès le commencement de notre Sainte Histoire la Prophétie divine était connue de tous : « Je mettrai, disait Dieu au Tentateur, des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité (les démons) et sa postérité (le Verbe Incarné et ceux qui Lui sont attachés) : elle guettera ta tète (pour l’écraser), et toi, tu lui guettera son talon (mort provisoire de « son fils » ressuscité) (Livre de la Genèse 3,15).

L’Apocalypse selon saint Jean – dont nous sommes riches de plusieurs enluminures ou tapisseries, se déroulait sous nos yeux incrédules le grand combat entre la Femme et le Dragon (Apocalypse 12, 15),combat dans lequel ce Dragon n’a connu qu’un triomphe éphémère. Et cela a encore été le cas lors de cette grandiose représentation du « Mystère de Notre-Dame » sur le parvis en ce 15 avril 2019 : grâce à la prière spontanée de beaucoup – qui pour certains avaient oublié depuis longtemps de prier (j’en ai eu des témoignages…) – grâce à l’humble et héroïque dévouement des quatre cents pompiers engagés, et de leur aumônier, souvent à leurs risques et périls, pour lutter contre le fléau, le trésor sacré, - dont la Couronne d’épines de la Crucifixion achetée par Saint Louis à l’empereur de Constantinople - et les murs et les tours de la façade principale, ont résisté aux assauts dantesques du Malin. Quel devait être l’émotion intime de nombreux de ces héroïques pompiers lorsqu’ils tentaient de sauver l’édifice et ce qu’il contient. Nous ne le saurons sans doute jamais, mais Dieu l’a vu et nous les remercions !

 

La lumière dans les ténèbres

 

Et pendant ce temps, humblement, cachée derrière l’autel principal offert par Louis XIV et sculpté par Nicolas Coustou et qui ne sert plus, consécutivement aux réformes liturgiques de Vatican II, derrière la Piéta à laquelle est consacré ce temple, la Croix victorieuse du divin Mort-ressuscité brillait encore, seule dans la pénombre, malgré les brandons rougeoyants qui tombaient de la voûte béante. Et deux de nos rois, Louis XIII et Louis XIV toujours agenouillés en vénération devant le Mystère de la mort-résurrection sculptée. Quelle victoire, quel signe !!! Son éclat redisait : « Dans le monde vous aurez de la souffrance. Mais confiance : moi je suis vainqueur du monde ! » (Évangile selon Jean 16,33) selon ce qu’affirmait Jésus pour que Ses disciples soient dans la paix à travers toutes les épreuves qu’ils rencontreraient ! Il est vrai que cette victoire se réalisera en plénitude dans « Le Royaume qui vient», mais nous en percevons dès aujourd’hui les prémices, si nous savons lire les signes des temps, ceux dont nous parlions en commençant.

Le Président Macron, très dignement, sobrement et semble-t-il sincèrement, a promis de restaurer l’église Notre-Dame dans les cinq ans. Je crains qu’il ne soit un peu optimiste, mais qu’importe ; nous comptons sur sa promesse et sur sa détermination et nous l’en remercions non moins sincèrement. Tant d’églises souffrent en France, profanées ou délabrées, abandonnées, fermées ou dépouillées, voire vendues ou détruites, transformées en auditorium, salles d’expositions ou scènes chorégraphiques et pas toujours pour des œuvres d’art sain et sacré… Ce drame alertera-t-il les chrétiens et leurs pasteurs, dont le nombre se raréfie tragiquement, pour qu’ils n’abandonnent pas leurs églises et que les municipalités, qui en ont pris la possession à l’époque de la Grande Révolution française de 1789 les entretiennent efficacement ?

Oui, c’est un patrimoine qui crie encore d’actualité. Il n’y avait qu’à regarder et écouter, je l’ai déjà souligné, mais cela m’a frappé, tous ceux qui spontanément se sont mis à chanter des chants de foi, spontanément, pendant toute la durée de la « consumation » de la cathédrale ! Chantaient-ils seulement la « consumation » de la basilique, ou ne craignaient-ils pas de voir aussi dans cette basilique incandescente la métaphore de notre monde ? Je ne sais. Mais je sais combien ces prières, ces suppliques s’ancraient dans celles de tant de générations antérieures, confrontées elles aussi, subitement, à l’évidence de la fragilité de ce qui leur semblait indestructible ! Non la foi n’est pas perdue, elle ne demande qu’à surgir et à se manifester, si du moins l’esprit du temps lui laissait un peu de liberté d’expression, comme on la laisse à des religions qui ne sont pas de nos racines.

 

Reconstruction ?

 

 Le Président Macron a voulu que l’église, centre et âme de la France, soit restaurée en cinq ans ! Un peu avant lui, Jésus avait affirmé, au dire de ses détracteurs, : « Moi, je détruirai ce sanctuaire fait des mains et après trois jours j’en bâtirai un autre non fait par des mains. » (Évangile selon Marc 14, 58). Quand Il parlait du « sanctuaire fait par des mains », Il désignait le Temple de Jérusalem reconstruit par Hérode. Et lorsqu’Il parlait d’un « Sanctuaire non fait par des mains », Il parlait de Son corps, temple de la divinité qu’Il est par nature, qui devait mourir sur la croix et trois jours après ressusciter, comme cela s’est effectivement passé. Dans la destruction partielle de Notre-Dame se manifeste encore un « signe » pour nous chrétiens : Oui, les temples peuvent disparaître, on peut le regretter, mais tout ce qui est de la création est appelé un jour à disparaître ; seule la Vérité demeurera. Or La Vérité, c’est la réalité de l’union de Dieu et des hommes, en Christ, dans un mode nouveau de vie, hors matière et hors temps, dans ce qu’on appelle, faute de mieux et selon le vocabulaire de Jésus lui-même qui savait de quoi Il parlait : « le Royaume des Cieux ». Donc, ne craignons pas ceux qui peuvent détruire les sanctuaires construits par les hommes, car le véritable Sanctuaire est Jésus-ressuscité et éternellement Vivant, qui offre sa Vie éternellement à tous ceux qui l’acceptent, consciemment ou tacitement ! Que Notre-Dame de Paris soit détruite, ça nous fait mal ; que Jésus ait été crucifié, ça nous fait mal ; mais la vie éternelle nous est accordée dans le Sanctuaire céleste. Non, l’Eglise-Corps-du-Christ ne meurt jamais, elle est vivante pour la vie éternelle ! Édifiée sur la profession de foi de saint Pierre qui attestait, devant les statues du dieu païen Pan, à Césarée de Philippe, que Jésus « est le Christ, le Fils de Dieu Le vivant » Celui-ci promettait que « Les portes de l’enfer ne seront pas plus fortes que son Église ». (Évangile selon Matthieu 16,16 ; 18). 

 

Manifestation du « signe de Jonas

 

Et voilà le signe de Jonas que le Christ nous promettait et que j’ai évoqué précédemment, signe qui saute aux yeux de la foi. Qu’est-il donc ce fameux et mystérieux signe de Jonas ?

Dans l’Ancien Testament, selon le récit parabolique que la Bible nous en fait, Dieu voulait que Jonas aille prêcher le repentir aux habitants de Ninive, en Mésopotamie, sur les bords du Tigre. Mais lui, Jonas, n’y tenait pas trop et voulut fuir sa mission. Prenant un bateau pour une autre destination afin d’échapper à la volonté de Dieu, les circonstances l’ont condamné à être jeté dans la mer. Le « monstre marin » (non pas une baleine, mais le symbole des forces du malin, des abysses ténébreux et mortels) l’a portant rejeté vivant sur la rive du fleuve (la mer). Cette nouvelle vie après trois jours dans le ventre du « monstre marin » représente, prophétise, la résurrection après les trois jours que Jésus a passés au tombeau. De là Jonas est allé effectivement à Ninive et il a prophétisé quarante jours pendant lesquels les Ninivites devaient se repentir de leurs fautes avant que leur ville ne soit détruite. Et, contrairement aux craintes du prophète incrédule, les habitants se sont effectivement convertis et ainsi le Seigneur leur a pardonné et n’a pas détruit la ville.

Le « signe de Jonas » est donc celui du repentir fondé sur la foi en la mort-Résurrection de Jésus. C’est ce signe qui nous a été présenté ce lundi soir : par la Croix de Jésus, par l’Amour pour nous avec lequel Il a accepté de laisser détruire le « sanctuaire de son Corps » pour le rebâtir, si nous nous convertissons, en vérité. Il nous pardonnera toutes nos fautes et nous communiquera la Vie éternelle, c'est-à-dire la participation, par la Grâce, à Sa divinité. Il est donc urgent de nous convertir : il ne reste que « quarante jours » c'est-à-dire une durée de jours symboliques, certes, mais le temps approche.

 

Le repentir

 

Mais, mon Dieu, de quoi donc nous repentir ? À quoi nous convertir ? Vous avez entendu plus haut, Jésus qui apostrophait les pharisiens et les saducéens « Âge mauvais et adultère ! ». Il faut avoir le courage de prendre cette parole pour authentique et actuelle. Ce n’est pas du pessimisme, mais écoute de la Parole de Dieu ! Certes, nous ne sommes pas tous tombés dans l’adultère, encore que notre « civilisation » contemporaine mondiale nous pousse davantage à la trahison conjugale pour motifs de désirs individuels à assouvir, qu’à la fidélité à la parole donnée, à la communion exigeante et généreuse avec l’autre. Mais bref, là n’est pas en cet instant le fond de la question. « L’adultère » dans le langage biblique, n’est pas seulement la faute d’infidélité dans le mariage, mais l’abandon de Dieu au profit d’idoles qui ne sont pas Dieu ! C’est donc cela que Jésus stigmatise face aux pharisiens et aux sadducéens de l’Évangile. Or là, il nous est difficile de nous disculper ! Car nous abandonnons allègrement l’Église, c'est-à-dire le mode de vie qui sied à des disciples de Jésus ! « Croire » n’est pas seulement avoir une croyance en l’existence de Dieu, ou en un « au-delà », ou en un « être suprême » auquel nous devrions rendre des devoirs auxquels nous essayons de nous dérober. Nous convertir, c’est vivre de la connaissance de Jésus, de l’amour du Père et par la force de l’Esprit-Saint. Tout ceci est rendu possible par la pratique des « saints Mystères » que l’Église met à notre disposition, moyens divins et humains à la fois, qui nous initient à « la Vie du Royaume des Cieux ». Le Baptême qui dépose en nous les germes de la vie éternelle ; la Chrismation (confirmation) qui nous communique le Dynamisme vital pour développer la lente restauration de notre sanctuaire intérieur brûlé, calciné, défiguré par le feu dévorant des passions et de l’incrédulité, voire du désintérêt des « choses de Dieu » ; la Communion qui opère en nous un échange divin : Jésus Dieu-incarné (Dieu fait Homme, tout en restant Dieu quel mystère insondable !!!) adopte notre vie déchue par le péché, de la condition à laquelle Il nous avait destinés à la création, et Il nous communique Sa vie à Lui, pour faire de nous des hommes-déifiés (participant à la vie divine, comme le dit saint Pierre dans sa seconde Épître ( 1,4). Et les grands docteurs saint Athanase d’Alexandrie et saint Irénée de Lyon écriront : « Dieu s’est fait Homme afin que l’homme soit déifié » ; C’est cela la « sainteté » ! Le Mariage, qui manifeste aux yeux du monde, en l’union des époux, celle du Christ et de son Église.

 

Utilisation illicite des églises

 

Parfois, des événements nationaux se situent dans les églises dont ce n’est pas la vocation première ! Des dirigeants sans-Dieu le savent bien, qui répugnent à entrer dans nos églises pour ne pas donner l’impression de rendre un culte à ce Dieu qu’ils ne veulent pas reconnaître, ou qu’ils combattent. Ils sont honnêtes avec eux-mêmes, mais ils ne devraient pas imposer aux autres leur non-croyance, qui, dans le cadre du christianisme, sauf des cas de dérives injustifiables et en tous cas étrangers à la doctrine et à la morale des disciples du Christ, ne condamne personne et ne fait tout de même pas grand mal. Au contraire, les chrétiens supportent même la persécution avec silence, foi et patience à toutes les époques de l’histoire, sans se rebeller. Deux mille ans de patience ! Le christianisme n’est-il pas la religion la plus persécutée aujourd’hui dans le monde ? Des rapports officiels indépendants sont éloquents, et étouffés…

 

Signification des églises faites par des mains

 

Mais pourquoi, si ce n’est pas pour des motifs de « mémoire », de culture, de racines nationales, sommes-nous si attachés à nos églises, et pleurons-nous devant des bouts de bois qui se consument en un grand feu de joie ?

C’est que pour nous, une église, n’est pas seulement un lieu de culte, un lieu de rassemblement d’une « communauté » qui veut offrir à Dieu ses chants ou ses offrandes, un lieu dans lequel on veut se sentir unis et solidaires au moins le moment d’une célébration. Une église, c’est bien davantage : c’est le lieu de la rencontre consciente de l’homme et de Dieu. Non seulement par la prière individuelle, les supplications ou les actions de grâces des fidèles, la communication des saints Mystères (les « sacrements »), mais aussi par son architecture même et son iconographie qui montrent en paraboles (en symboles) la réalité - invisible autrement - de la Vie Céleste. Là, Dieu y manifeste Sa gloire, pour la rendre visible aux hommes pourtant pêcheurs, à travers mille signes (les symboles) et les chants de structure théologiques.

Quel dommage que désormais, depuis plusieurs décennies, l’autel Majeur (le « Maitre-Autel ») ne serve plus et se trouve remplacé par une table centrale ! Lorsqu’il nous « tournait le dos », le pasteur du troupeau du Christ, évêque ou prêtre, montrait la Voie et cheminait à la tête des Brebis du Troupeau vers l’Orient, la Lumière, L’aurore de la résurrection : Le Christ. Il se tourne maintenant vers nous, dans une attitude plus cléricaliste que jamais, parfois assis directement devant le Tabernacle du « saint Sacrement » dont il prend la place ou auquel il s’associe orgueilleusement. Il y a là une inversion du sens liturgique, un changement théologique : le Peuple de Dieu n’est plus en marche vers le Christ Lumière, « l’Orient des Orients », il se contemple lui-même et célèbre son unité en oubliant – sauf en paroles - Celui qui les unit ! Ainsi le décrivait aussi monsieur Mélanchon dans son hommage à Notre-Dame auquel je faisais allusion au début, qui constatait le changement de langage architectural entre ce que nous appelons l’art roman - mais l’art sacré arménien, géorgien, byzantin, copte, slave ont la même inspiration transfigurante - et l’art dit « gothique ». Par celui-ci, l’homme offre à Dieu ce qu’il a de plus grandiose, en l’occurrence une prouesse architecturale (serons-nous encore capables de concevoir et de réaliser une œuvre semblable ?). Auparavant le temple chrétien manifestait la présence de Dieu, Sa descente vers les hommes. L’église était une chambre nuptiale qui abritait les épousailles de la divinité avec l’humanité. Qu’elle le reste ou qu’elle le redevienne !

 

Supplique aux restaurateurs

 

C’est pourquoi, Monsieur Macron et tous les responsables de la reconstruction de Notre-Dame, laissez-nous une église chrétienne ; que la hâte ne l’emporte pas sur le « sens » et le « signe », en nous livrant une architecture de salle polyvalente, d’écrin moderne pour des ruines figées et témoins d’un passé prestigieux, mais sans vie, ou quelque cage de verre, pyramidale ou autre. Car ce risque existe. Que ne peut-on inventer pour moquer, salir, défigurer ou pervertir, même par simple méconnaissance ? En « art sacré » chaque architecte-artiste n’est pas libre de jongler avec des symboles de son invention, fût-elle géniale. Il se doit d’exprimer par les formes et les couleurs la foi de l’Église et du peuple qui la constitue. Seuls des théologiens chrétiens et pratiquant cette foi, aidés bien sûr d’historiens de l’art, des gens d’expérience spirituelle et liturgique, peuvent comprendre, réaliser et reprendre l’œuvre commencée il y a neuf cents ans et aujourd’hui sinistrée. Laissez aux architectes musulmans la responsabilité de la conception de leurs mosquées, aux Juifs celle de leurs synagogues, aux bouddhistes de leurs temples, aux francs-maçons de leurs loges, mais donnez le même doit aux chrétiens. La République ne détient pas les critères requis pour édifier des sanctuaires où s’unissent le Ciel et la terre ; son rôle et sa fonction sont ailleurs. Des concours internationaux d’architectes non chrétiens non plus ! Nous vous en supplions, vous tous, responsables de la restauration de notre basilique, tenez bon dans les polémiques qui ne manqueront pas de se présenter à ce sujet et face aux exigences de ceux aux ordres de qui nous marchons. Il en va de la vie éternelle d’innombrables personnes et de la réputation que vous laisserez dans le Grand Livre de l’histoire. Vous êtes au carrefour de deux voies : transfigurer ou défigurer. Dieu vous jugera aussi là-dessus.

 

 

Conclusion

 

Donc, amis fidèles et orthodoxes, nous avons vu lundi « le signe de Jonas » qui nous invite à la conversion du cœur et des mœurs, au retour à la foi en Jésus-Christ Dieu-Homme, à l’attente du « Royaume qui n’est pas de ce monde » ainsi qu’à la conscience de l’intervention dans Dieu dans la vie des hommes et des peuples.

Par cette tragédie humaine qui a bouleversé le monde entier, Dieu et la Toute-Pure et Toute-Sainte Mère de Dieu, la « Théotokos », nous montrent qu’Ils ne nous abandonnent pas et nous donnent encore « quarante jours » symboliques, - je ne suis pas un prophète - pour nous convertir. En effet, ce n’est pas seulement une église en pierre qu’il faut d’abord reconstruire, elle tombera un jour, mais c’est le Sanctuaire du Corps auquel nous appartenons mystiquement et dont le Christ est la Tête, qu’il faut demander à Dieu de rétablir avec notre humble collaboration, synergie qui ne se nomme ni « piété » ni « morale », mais « foi » et conversion des mœurs à l’aune de la foi et des principes de mode de vie qui découlent de l’enseignement de Jésus, Paroles divines qui nous sont transmises par les Évangiles et que l’Esprit-Saint nous permet de comprendre et d’assimiler.

 

Épilogue

Et pour terminer, puisque nous avions décidé de commenter chaque dimanche de carême les épitres du jour, comment ne pas remarquer l’à-propos de celui d’aujourd’hui, que l’Eglise à placé à notre méditation pour nous encourager dans l’épreuve de la foi que constituent la Passion de notre Seigneur et son apparent silence à notre égard : « Réjouissez-vous, nous dit saint Paul comme aux Philippiens de son époque, réjouissez-vous toujours ! Je le dis encore une fois, réjouissez-vous !… Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien ; mais dans une prière continuelle et une supplication, que vos demandes soient présentées à Dieu avec actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, gardera vos cœurs et vos intelligences dans le Christ Jésus » (Épître aux Philippiens 4,4-5 ;6-7).

 

Aussi, nous jubilons avec les fils d’Israël dans le cortège splendide par lequel ils acclament Jésus et nous disons : « viens Seigneur Jésus !» (derniers mots du livre de l’Apocalypse selon Jean, 22,20). C’est dans cet esprit que nous allons prendre les branches de palmier et nos rameaux, comme nos amis catholiques ont pris dimanche dernier leurs rameaux de buis ou de laurier, et que nous allons accompagner triomphalement Jésus qui monte vers Sa ville, Jérusalem, afin d’y subir sa Passion dans une obéissance absolue envers Le Père éternel et un amour infini pour nous, pour nous élever avec Lui dans la gloire de l’Ascension quarante jours plus tard.

En serons-nous dignes comme les Ninivites du temps de Jonas ?

 

 

En Christ est notre unique espérance, et à Lui reviennent la Gloire, l’honneur et l’adoration, ainsi qu’à notre Père éternel et à l’Esprit Tout-Saint bon et vivificateur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen !

 

 

Monastère de la Transfiguration

Archimandrite Élie

Dimanche des palmes

21 avril 2019

 

 

Les textes sur les trois premiers jours de la passion, le déroulement des célébrations sont du Père Cyrille Argenti et sont adaptés des émissions radiophoniques diffusées sur Radio Dialogue, radio œcuménique marseillaise dont il fut l'un des fondateurs .

LES TROIS PREMIERS JOURS
DE LA SEMAINE SAINTE

La célébration de la Passion de notre
Sauveur commence les trois premiers
jours de la Semaine sainte par ce que

nous appelons l'office de l'Époux.

L'office de l'Époux

Cet office est inspiré par la parabole des dix
vierges, tirée de l'Évangile de saint Mathieu'. Dix
jeunes filles avaient été choisies un soir de noces pour
accueillir, selon la coutume juive de l'époque, l'époux
qu
i devait arriver dans la salle de noces. Et parmi ces
dix vierges, cinq étaient sages et cinq étaient stupides,
« fofolles ».

Les cinq sages, voyant que l'époux tardait à
venir, se dirent:
« L'époux tient toujours parole, il
viendra tard, mais il viendra tout de même, alors
garnissons nos lampes d'huile afin d'en avoir assez
pour l'accueillir avec des lampes allumées quand il
viendra. » Elles prennent donc une réserve d'huile afin
de garnir leurs lampes. Mais les cinq vierges stupides se
disaient: « L'heure a passé, il ne viendra plus. » Et voilà
que nos jeunes filles s'endorment.

Au milieu de la nuit, on entend un cri : « Voici
l'époux qui arrive.
» Les dix jeunes filles se réveillent.
Les cinq sages allument leurs lampes après les avoir
garnies d'huile. Les cinq fofolles disent: «Nous

n'avons plus assez d'huile pour nos lampes, prêtez-
nous-en, afin que nous puission
s nous aussi accueillir
l
poux. » Mais les sages leur disent:« nous en avons
juste assez pour nous-mêmes, allez donc au village,
auprès des fournisseurs, acheter de l
'huile. »

Voilà nos cinq vierges folles courant au milieu
de la nuit chercher de l
'huile au village. Pendant
qu'elles en cherchent, l'époux arrive. Les cinq vierges
sages, leurs lampes allumées, l'accueillent et entrent
avec lui dans la salle de noces
. Les portes se referment
tandis que les réjouissances commencent. Les cinq
folles, qui ont
enfin trouvé l'huile, arrivent à la salle et
trouvent la porte fermée. Elles frappent: «Ouvre-
nous, ouvre-nous!» De l'intérieur, elles entendent la
voix de l'époux qui leur dit : «Je ne vous connais pas. »
Elles repartent alors, tête baissée, dans l'obscurité de la
nuit
. Voilà la parabole qui sert de thème à ces trois pre-
mières journées.

L'époux, évidemment, c'est le Seigneur Jésus qui
reviendra et qui tarde à venir. Les vierges
sages sont
cell
es qui reconnaissent dans le Christ de la Passion
l'Époux de l'
Église qui reviendra en gloire et qui, par
conséquent, se préparent à l'accueillir. Ceux qui le
reconnaissent dans sa Passion et dans sa souffrance, en
effet, sont ceux qui l'accueillent dans sa
gloire et
pénétreront avec lui dans la salle de noces du
Ro
yaume. Ceux qui le renient dans sa Passion et ne le
reconnaissent pas resteront en dehors d
e la salle de
noces
, dans les ténèbres extérieures.

 

Pour célébrer ce mystère, que se passe-t-il?

L'Église chante: «Voici venir lpoux au milieux de la
nuit. Bienheureux le serviteur qu'Il trouvera éveillé.
Indigne est celui qu'Il trouvera assoupi. Ô mon âme,
garde-toi de t'abandonner au sommeil, de peur dtre
livrée à la mort et bannie du Royaume. Mais réveille- toi
en clamant: Saint, Saint, Saint es-Tu, Ô notre Dieu!
Par la
Vierge ta mère, aie pitié de nous. » Tandis que le
chœur et le peuple chantent ce beau cantique, voici que
le célébrant sort du sanctuaire en portant l'icône de
l'Époux souffrant, le Christ, tel que Pilate le présente à
la foule hurlante en s'écriant: «Voici l'homme
», «Ecce
homo. »2

Tandis qu'apparaît ainsi le Christ avec sa
couronne d
'épines, le visage couvert de sang et de
crachats, l'Église chante: «Voici venir l
'Epoux ... » A
l'heure de la Passion, contemplant le Christ souffrant,
l'Église reconnaît en lui et accueille à l'avance le Roi de
gloire qui entre dans son Ro
yaume. On retrouve le
même thème qu'au dimanche des Rameaux : celui qui
entre dans la Jérusalem terrestre pour
y souffrir, celui-
là même qui porte la couronne d'épines et qui va vers
la mort est le Roi de gloire qui reçoit la couronne dans
son Ro
yaume. C'est là le thème commun aux trois
journées. Chaque journée contient cependant son
propre sujet
.

Le juste Joseph

Le Lundi saint, nous célébrons - cela peut nous
surprendre - la mémoire de Joseph, le fils de Jacob,

celui qui, en Égypte, devenu serviteur du ministre de
Pharaon, repousse les avances de la femme de Potifar
et s'échappe tout nu en laissant son manteau dans les
mains de sa séductrice. Dépitée, elle l'accuse et le
calomnie auprès de son mari. Joseph e
st alors envoyé
en prison.

Cet innocent souffrant la prison à cause de sa
vertu et de sa justice est déjà le signe précurseur du
ju
ste souffrant sur la Croix. Il nous fournit aussi un
exemple que nous allons essayer de suivre pendant
toute la Semaine sainte, l'exemple de cette continence,
de cette vertu, sans laquelle nous ne saurions nous
associer au Christ en Croix ni participer à sa
Résurrection. Le chaste Joseph, résistant à la séduction
par lo
yauté envers la Parole de Dieu, nous invite tous à
suivre cet exemple de sobriété pour entrer dans la
Semaine sainte. Ce n'est que dans l'esprit du juste et
chaste Joseph que nous pourrons participer à tous les
événements de la Semaine sainte.

Le figuier desséché

Le lendemain, sus entre à Jérusalem et, sur son
chemin pour
se rendre au Temple, Il voit un figuier. Il
s
'en approche pour cueillir des fruits, mais Il n'en
trou
ve pas et maudit le figuier: « Tu ne porteras jamais
plus de fruits.»
Au retour du Temple, les apôtres
constatent que le figuier s'est
desséché. Parabole
vécue, parabole en actes, avertissement redoutable qui
est donné au fidèle au cours de la Semain
e sainte.

Ne ressemblons pas au figuier stérile. Le
Se
igneur attend de nous des fruits d'amour, des fruits
de bonté, des fruits de justice. Celui qui ne porte pas
de fruits sera un figuier stérile, inutile, desséché, qui
n'est bon qu'à être livré au feu. Si nous devons, au
c
ours de cette Semaine sainte, suivre l'exemple du
ch
aste Joseph, nous devons aussi veiller à ne pas être
des figuiers stériles, afin que le Seigneur, lorsqu'Il
re
viendra, puisse trouver en nous un serviteur qui aura
accompli la volonté du Père et, au cours de toute sa
vie, aura porté des fruits.

La Semaine sainte est donc intimement liée à
toute notre vie quotidienne, à ce que nous sommes,
mais aussi à ce que nous faisons. Les deu
x sont
inséparables. Nous devons être semblables au cha
ste
Joseph, mais nous devons agir en portant du fruit
, en
présentant à Dieu des dons d'amour
, de vérité, de
justice.

Le repas de Béthanie

Enfin, le Mercredi saint, nous faisons mémoire
du repas de Béthanie. Lorsque Jésus, remontant à
Béthanie
, est invité dans la maison de Simon le
pharisien
, Il accueille une femme de mauvaise vie qui
tombe à
ses pieds, y verse un parfum précieux et les
essuie avec ses cheveux, en les lavant de ses larmes.
Judas s'indigne en s'écriant:
« On aurait pu vendre ce
parfum pour un prix très élevé et le distribuer aux
pauvres.» Jean l'Évangéliste ajoute la remarque

suivante: il ne disait pas cela parce qu'il s'intéressait
au
x pauvres, mais parce qu'il était le trésorier de la
troupe et qu'il volait dans la caisse.

Ainsi, le Mercredi saint, nous sont présentés ces
deux personnages opposés: Judas qui aime l'argent et
qui, pour cette raison, se prépare à vendre le Sauveur et
à le trahir et la prostituée repentie à laquelle «parce
qu'elle a beaucoup aimé, il sera beaucoup pardonné
».
Parce qu'il lui sera beaucoup pardonné, elle aimera
beauco
up. Elle manifeste son repentir par ses larmes,
son amo
ur par le parfum précieux et elle reçoit le
pardon du Seigneur. Les pharisiens protestent:
«Comment donc, si cet homme est prophète, ne sait-Il
pas qui est cette femme qui lui lave les pieds
? » Jésus
répond à Simon : «Toi, tu ne m'as pas lavé les pieds
quand Je suis arrivé, tu ne m'as pas versé du parfum,
mais à cette femme il sera beaucoup pardonné, parce
qu'elle a beaucoup aimé. »

Si cette femme est bien Marie Madeleine, que
nous reverrons devant le tombeau vide, à l'aube du
dimanche de Pâques, alors elle sera la première, elle, la
pécheresse repentante et pardonnée, à contempler
quelques jours plus tard le Christ ressuscité.

Le Mercredi saint, nous célébrons donc la
mémoire de cette femme oignant les pieds de Jésus en
célébrant le sacrement des malades, le sacrement des
saintes huiles. Pensant à cette huile précieuse versée sur
les pieds du Seigneur Jésus, nous invoquons le Saint
Esprit sur l'huile de la guérison. Il
y a ici, dans le texte
de l'Évangile
, un jeu de mots, car miséricorde en grec

se dit eleos et huile se dit eleon, en sorte que l'huile sera
le symbole de la miséricorde du Christ. Nous célébrons
donc cette huile de miricorde en demandant au
Seigneur de nous pardonner comme Il a pardonné à la
prostituée et de nous guérir comme Il l'a guérie avec
l
'huile de sa miséricorde, de nous guérir des maladies
de l'âme et du corps car les secondes sont souvent le
résultat des premières.

C'est parce qu'il y a quelque chose de pourri à la
racine de notre être, au fond de notre âme, que notre
corps est atteint de ma
ladie. Nous retrouvons en ce
Mercredi saint la santé de l'âme et du corps par le
repentir et par le pardon. C'est pourquoi ce jour-là,
nous célébrons le sacrement des malades en rece
vant
l'onction du pardon et de la guérison, par la
miséricorde du Sauveur.

Pendant ce début de la Semaine sainte, nous
évoquons donc à la fois le souvenir des événements
que nous raconte l'Évangile - l'entrée à Jérusalem, la
malédiction du figuier, l'onction de Béthanie - et en
même temps nous nous préparons nous-mêmes à cette
célébration en essa
yant d'imiter l'exemple du chaste
Joseph, d'éviter celui du figuier stérile, de suivre la voie
de la femme pécheresse pour recevoir comme elle le
repentir et le pardon. Troisièmement, nous reconnais-
sons dans ce Christ de la Passion, le Roi de gloire qui
va venir.

Vous voyez donc que sont associés, pendant ces
trois premiers jours, la mémoire des événements

historiques, l'acte de foi discernant le Roi de gloire et
Dieu dans la per
sonne du Christ souffrant et la
résolution du repentir
, du changement de vie. C'est
parce que nous reconnaissons dans le Christ souffrant
notre Sauveur et notre Roi que nous réalisons cette
conversion intérieure pour laquelle Il a donné sa vie,
car sa Passion a eu lieu pour notre salut
. Nous recon-
naissons en lui notre Sauveur pour recevoir son salut,
par notre repentir qui nous prépare à recevoir son par-
don.

Lorsque nous découvrons que le Christ a subi
toute sa Passion à cause de nous, par amour de nous,
comment n'aurions-nous pas au fond de notre cœur
cette contrition et ce repentir? C'est lorsque nous
découvrons que le Seigneur Jésus est le Sauveur qui
nous aime et qui meurt pour nous, par amour pour
nous, que notre cœur est touché et que nous décidons
de changer de vie, de ressembler à Job, que nous
célébrons aussi ces jours-là dans l'office de vêpres.

Nous lisons ce passage du livre de Job: Job était un homme juste qui aimait Dieu. Un jour, Satan, jaloux de sa foi, demande à Dieu de mettre à l'épreuve ce juste afin de l'amener à se révolter. Job subit de
nombreuses épreuves - ruine, deuil, maladies - mais il
garde toujours confiance en Dieu. Devant cette foi
inébranlable, Satan doit constater son échec. Dieu
redonne à Job le bonheur terrestre et le livre se termine
par l'annonce de la résurrection de Job, au dernier jour.

Nous reconnaissons en Job le modèle et la
figure du Christ, qui subira non seulement les mêmes

épreuves que Job - souffrances autour de lui,
so
uffrances dans son propre corps - mais qui subira
aussi lpreuve suprême dont Job avait été préservé,
lpreuve de la mort, et qui continuera jusqu'au bout à
rendre gloire à Dieu. Job sera donc la figure du Christ,
celui qui annonce sa venue, mais aussi celui qui nous
sert de modèle, par la patience - non pas seulement au
sens passif, mais aussi au sens actif - de c
elui qui
résiste et qui espère dans l'épreuve. Celui qui ne perd
pa
s confiance, celui qui subit l'épreuve avec courage,
avec confiance, avec attente, une attente active du jour
de la Résurrection, du jour de Dieu, celui qui subit
l'épreuve de cette façon-là s'associe au Christ de la
Passion. Il pourra entrer lui aussi dans la joie et dans la
gloire de la Résurrection
!

NOTES

1.       Mt 25, 1-13.

2.       Jn 19, 5.

3.       Cf. Gn 39.

4.       Mt 21, 18-22.

 

5.       Cf. Jn 12, 1-8 et Le 7, 36-50. 

HYMNE DES VÊPRES DU VENDREDI SAINT

Toi qui eretu de llumière commd'un manteauJoseph, avec Nicodème, Te descendit de la Croix. Te voyant mort, dépouillé, sansépultureil compatit et douloureudisait: « Hélas, très doux Jésus Quand il T'a vu suspendu à la Croix, le soleil s'est entouré de ténèbres. La terre a tremblé de peurle voile du Temple s'est déchiréMaintenant je Te vois souffrir à cause dmoi unmort volontaire. Comment T'ensevelirais-je, mon Dieu? Comment Troulerais-je danun linceul? Avec quellemaintoucherais-je ton corptrès pur ? Que chanterais-je, compatissantpour ton exode? J'exalte tPassionje célèbrta sépulture et tRésurrection
proclamant: Seigneur, gloirà Toi
»

 

Grande et Sainte Semaine de la Passion.

Grand Mercredi 24 Avril : 18 Heures : Office de l’Huile Sainte.

Grand Jeudi 25 Avril : Matin à 10 Heures : Vêpres et Liturgie de la Commémoration de la Sainte Cène. Soir à 18 Heures, Matines du Vendredi Saint : Les Saintes Souffrances, Les 12 Evangiles de la Passion.

Grand Vendredi 26 Avril : 18 Heures : Vêpres de la Mise au Tombeau, suivies des Matines du Samedi Saint.

Grand Samedi 27 Avril : 20 Heures : Office de minuit, Matines de Pâques, Divine Liturgie de la Résurrection de Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ, suivies des Agapes.

La flagellation et le début du chemin de croix par Théophane le Crétois, icône byzantine du mont Athos.
La flagellation et le début du chemin de croix par Théophane le Crétois, icône byzantine du mont Athos.

LA CÉLÉBRATION DE LA PASSION

L'office de la Passion célèbre la souffrance, la
mise en croix et la mise au tombeau de
notre Seigneur et Sau
veur Jésus Christ.

Déroulement des célébrations

Les offices du Vendredi saint commencent par
les matines, habituellement célébrées dans les paroisses le Jeudi saint au soir, que l'on appelle aussi
« office des douze Évangiles ». Au cours de cette longue célébration, on lit douze passages tirés des quatre Évangiles, qui contiennent tout le récit de la Passion.
Ils nous racontent les souffrances et la mise en Croix du Christ.

Après la cinquième lecture de l'Évangile, le célébrant sort du sanctuaire en présentant le Christ sur la Croix tandis qu'il chante: « Aujourd'hui est suspendu au bois celui qui a suspendu la terre sur les eaux. » L'Église n'oublie donc jamais que celui qui est
suspendu
à la Croix, celui qui est crucifié et qui meurt, est le Créateur. La contemplation des souffrances du Christ s'accompagne sans cesse de la foi dans le fait que celui qui souffre sur la Croix est le Fils unique de Dieu qui va ressusciter des morts parce qu'Il est le
donateur de vie.

C'est l'un des rares jours, sans doute le seul, où le célébrant est entièrement revêtu de noir. Au cours de cet office, empreint d'une très grande tristesse, le peuple et les célébrants retiennent difficilement leurlarmes à la lecture des récits douloureux de la mort du Christ. On plante au milieu de l'église le Christ en Croix.

Les matines du Vendredi saint

Rappelons quelques éléments de cet office célébré le Jeudi saint au soir. Les lectures d'Évangile sont entrecoupées de chants brefs et émouvants : l'Église commente l'événement qu'elle contemple. Par exemple, immédiatement après avoir lu l'Évangile qui rapporte le dialogue entre le Christ et le bon larron, l'Eglise chante: «Seigneur, en un instant Tu rendis le bon larron digne du Paradis. Illumine-moi par l'arbre
de la Croi
x et sauve-moi ! » Ainsi nous ne nous
contentons pas de raconter l'événement, mais nous demandons pour nous-mêmes le bénéfice du salut obtenu par le Christ sur la Croix. Nous demandons de recevoir ce qui fut donné au bon larron, celui qui criait au Christ: «Souviens-Toi de moi, Seigneur, quand Tu entreras dans ton Royaume! » Et, puisque la douce, la joyeuse réponse lui est venue: «Aujourd'hui même, tu
seras a
vec moi dans le Paradis », nous aussi, nous crions: «Souviens- Toi de moi, Seigneur, quand Tu entreras dans ton Royaume, illumine-moi par le bois de la Croix et sauve-moi. »

Nous avons soif, nous aussi, d'entendre la voix du Sauveur nous disant: «Aujourd'hui même, tu seras avec moi au Paradis.» Oui, c'est un moment bouleversant et vous voyez que nous ne noucontentons pas de le regarder, nous nous souvenons que c'est l'énement qui nous sauve.

Puis, de même, après la lecture de l'Évangile du Seigneur Jésus confiant son disciple bien-aimé à sa mère et sa mère à son disciple bien-aimé, nous chantons: « Te voyant crucifié, Ô Christ, celle qui T'a mis au monde clamait: "Quel est ce mystère étrange que je contemple, mon Fils? Comment, dans ta chair,
peux-Tu mourir sur le gibet, Toi le donateur de vie ?"
»

Ce qui stupéfie l'Église, c'est que le donateur de la vie, le créateur de la vie, subisse la mort: voilà tout le mystère de notre salut. Ce n'est pas la mort d'un homme que nous contemplons, c'est Dieu lui-même qui accepte de mourir dans sa nature humaine, sur la
Croix, pour nous donner la vie.

Il est possible que le premier des apôtres qui ait compris où allait Jésus soit Judas. Lorsque Jésus a dit, au sujet de Marie Madeleine lui versant du parfum sur
les pieds:
«Laissez faire cette femme. Ce parfum, elle le verse sur moi en préparation de ma mort »1, Judas paraît avoir compris que son maître n'allait pas lui donner un rang de ministre dans un royaume de ce monde et il ne se sent pas du tout une vocation de martyr. À partir de ce moment-là, il change de camp et va trouver Caïphe, lui proposant de lui vendre son
S
eigneur. Il va du côté du pouvoir et non du martyre, parce qu'il a sans doute compris le premier que Jésus va vers la Croix, destin qu'il refuse de partager.

Ces matines du Vendredi saint sont habituellement suivies au matin des grandes Heures qui sont l'office des Heures monastiques, au cours desquelles on relit toutes les prophéties de la mort du Christ.

Le Vendredi saint, en début d'après-midi ou en fin de matinée, on célèbre la descente de Croix. Pendant que le prêtre lit le passage de l'Évangile de saint Mathieu, qui raconte comment Joseph d'Arimathie, aidé de Nicodème, décloue le Christ de la Croix pour le poser dans le tombeau, l'un des fidèles,
portant comme Joseph d'Arimathie un drap blanc, décloue l'icône du Christ de la Croix et rentre avec elle dans le sanctuaire
. À la fin de l'office, l'icône qui représente le corps mort du Christ, en général brodée sur un tissu, est solennellement portée à travers l'église
et déposée sur la tombe placée devant la Croix nue
, la Croix qui ne porte plus le Christ, désormais déposé dans la tombe. Ainsi sont représentées symboliquement la mort, la Descente de Croix et la mise au tombeau du Sauveur.

NOTE   1.     Jn 12, 7.

 

LE SAMEDI SAINT

Après avoir lu tous les récits de la Passion et de la mort du Christ sur la Croix, nous l'avons descendu de la Croix poule poser dans le tombeau.

Voilà donc le tombeau du Christ au milieu de l'église, dès le Vendredi saint au soir, avec son corps brodé, posé sur le tombeau. Ainsi commence le septième jour de la semaine, le grand Samedi, le grand shabbat. Dans l'Ancien Testament, c'est le septième jour que le Créateur se reposa de ses œuvres. Voici
donc le jour où le Créateur devenu homme
se repose de ses œuvres dans la tombe. Le lendemain, en effet, le Dimanche de Pâques, sera le premier jour de la semaine, c'est-à-dire le début d'une nouvelle époque, de la nouvelle création. Voici l'ancienne création terminée et le grand Samedi, le Créateur se repose dans
la tombe.

Nous nous rassemblons donc - dans les monastères à l'aube du Samedi saint, dans les paroisses en fin de journée, le Vendredi saint  autour de la tombe du Christ. Là, avec les saintes femmes qui apportaient les aromates, les fidèles couvrent de fleurs la tombe du Christ. Leur tristesse, qui sympathise avec celle de la re de Dieu, est en même temps emprein-
te d'une grande espérance car c'est déjà l'aube de la surrection. Oui, le Christ est au tombeau, mais nous savons qu'Il va ressusciter. Cet office des lamentations, que l'on appelle couramment l'epitaphios, c'est-à-dire la

lamentation sur la tombe, est un mélange de tristesse et de douce espérance. Certes, nous nous associons aux larmes de la Vierge, mais nous savons que la Résurrection est proche. Nous savons en particulier, comme nous le chantons ce jour-là, que celui qui est dans la
t
ombe est la Vie du monde. L'un des grands chants de l'office commence par ces paroles: «La Vie dans la tombe ... »

Le laboratoire de la nouvelle création

La tombe du Christ est le laboratoire de la nouvelle création. La Vie est entrée dans la tombe, le Créateur est entré dans les enfers et nous savons que de cette tombe va jaillir, le lendemain, la nouvelle création, le nouvel Adam, le nouvel homme. Voici donc la vieille création, le monde déchu, le vieil Adam, assumé par le Fils de Dieu mourant puis mort. Le péché a été cloué sur la Croix et le Sauveur du monde a
fait mourir en sa propre chair le vieil
Adam. Il visite alors ceux qui, du temps de Noé, ne s'étaient pas repentis et qui se trouvaient dans l'obscurité du shéol c'est saint Pierre qui nous l'explique! - pour qu'eux aussi entendent la Bonne Nouvelle, « car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la
c
onnaissance de la vérité. »

Tandis qu'Il annonce la Bonne Nouvelle aux défunts, nous nous émerveillons devant cette mort qui va être source de vie, devant cette tombe d'où va jaillir la vie éternelle. Nous chantons: «Que la création exulte et que les hommes soient dans l'allégresse, 

l'enfer ennemi est dépouillé. Que les femmes viennent à ma rencontre avec des parfums, Moi qui ai libéré Adam et Eve avec toute leur race, Moi qui ressusciterai le troisième jour. »

La prophétie d'Ézéchiel

À la fin de l'office, on chante l'extraordinaire prophétie d'Ézéchiel, au chapitre 37. Il s'agit de l'un des passages essentiels de l'Écriture sainte, celui où le prophète nous annonce non seulement la Résurrection
du Christ, mais la raison même de cette Résurrection
c'est-à-dire la résurrection finale de tous les morts.
N
'oublions pas que le Christ ressuscité nous ressuscite et qu'Il est le « premier-né d'entre les morts »2 comme nous le rappelle saint Paul. Par conséquent, lorsque nous attendons sa Résurrection, nous savons qu'elle
constitue le prélude, qu'elle nous donne les arrhes de notre résurrection.

Nous chantons ce texte devant la tombe du Christ. Il s'adresse à tous les morts, à tous ceux qui ont des parents, des amis ou des enfants dans la tombe. Devant la tombe du Fils de l'homme, devant la tombe du Seigneur Jésus, du Fils de Dieu venu partager la
mort des hommes
, nous proclamons ce texte
d'espérance
, sachant que le Fils de l'homme va ressusciter car Il est Fils de Dieu et qu'Il entraînera dans sa Résurrection celle de tous les morts. Il est merveilleux en ce soir du Vendredi saint, alors que nous sommes

1. 

rassemblés tristement devant la tombe, d'entendre cette annonce de la Résurrection, nous qui savons que cette prophétie s'est réalie, qu'elle a commencé à se réaliser puisque le Christ est déjà ressuscité et que tous
les autres vont suivre.

Nous savons que le Seigneur ressuscité ressuscitera tous ses disciples et tous les hommes, qu'Il prendra Adam et Ève par la main pour les faire sortir de la tombe. C'est pourquoi cet office est d'une beauté extraordinaire : tout le drame de la vie et de la mort, toute l'espérance, y sont présents. Nous nous lamentons sur le sort de l'homme déchu, qui meurt comme un déni au projet de Dieu qui avait créé l'homme pour
la vie. nous nous lamentons sur ce
grand innocent qui a pris sur lui le péché du monde et qui meurt avec tous les hommes, pour que tous puissent ressusciter avec lui.

Oui, nous découvrons en même temps que le Christ est plus fort que la mort, que son amour est plus fort que notre péché et qu'après nous avoir accompagnés dans la tombe, Il va nous relever, car par sa mort Il a vaincu la mort. Le grand Samedi, le Samedi béni, le Créateur reprend en main sa création pour la revivifier. Faisant face à la réalité de ce monde dominé par le mal et la mort, nous découvrons que le
Créateur a le dernier mot et qu'Il triomph
e de la mort. Nous voyons le monde tel qu'il est, nous pleurons donc sur la mort, mais en sachant qu'elle est vaincue et
que c'est le Sauveur qui aura le derni
er mot en ressuscitant de la mort.

 

La procession de l'epitaphion

 

On ne peut décrire la beauté émouvante des chants, ce soir-là, lorsque les enfants viennent jeter les pétales de roses sur la tombe, tandis que le prêtre l'asperge de parfum, imitant le geste des saintes femmes. Puis le prêtre, aidé de plusieurs laïcs qui célèbrent avec lui, prend le tissu sur lequel est brodé le corps du Christ et sort de l'église en procession. Dans les pays orthodoxes, une immense procession se forme
dans la rue, les epitaphion de chaque paroisse se croisent. On fait trois fois le tour de l'église, puis on dépose le corps du Christ sur l'autel
, qui représente la tombe vide, le lieu de la mort et de la Résurrection du Christ. C'est alors que sont lus la prophétie d'Ézéchiel, ainsi que l'épître et l'Evangile du jour qui annoncent la Résurrection.

 

La liturgie du Samedi saint

 

Le lendemain matin dans les paroisses, le samedi après-midi dans les monastères, on célèbre la liturgie du Samedi saint. L'église est déjà en blanc, on a laissé le deuil car la Résurrection est proche. Avant l'épître, le
célébrant sort du
sanctuaire avec une corbeille pleine de feuilles de lauriers, qu'il jette dans l'église et sur les fidèles en citant le verset du psaume: «Ressuscite, Ô Dieu, et juge la terre. »

Après cette longue Semaine sainte qui a été une véritable épreuve de jeûne et de tristesse, voilà qu'arrive l'annonce de la Résurrection. Les visages s'ouvrent. Il faut voir la joie sur les visages des fidèleslorsqu'on leur crie le Samedi saint: « Ressuscite, Ô  Dieu, et juge la terre» ! Ils savent que la surrection
arrive.

On célèbre ensuite la liturgie de saint Basile, celle de la veille de la Résurrection. À la grande entrée, c'est-à-dire à l'offertoire, on chante: « Que toute chair humaine fasse silence et se tienne dans la crainte et le tremblement. Qu'elle éloigne toute pensée terrestre, car le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, s'avance
afin d'être immolé et de se donner en nourriture au
x fidèles. Les chœurs angéliques le précèdent, avec toutes les principautés, les puissances, les chérubins aux yeux
innombrables et les séraphins aux six ailes se voilant la face et chantant: "
Alléluia, alléluia, alléluia."» Nous discernons dans le Christ au tombeau le Roi des rois et
le Seigneur des seigneurs
, l'Agneau immolé qui se donne en nourriture aux fidèles. nous allons
communier, mourant a
vec lui pour ressusciter avec lui. Ainsi nous nous préparons à la grande nuit de Pâques.

Les lectures de l'Ancien Testament

Ce même Samedi saint, qui est l'articulation, le point de rencontre entre la Croix et la Résurrection, entre la mort et la vie, est par excellence le jour des baptêmes. Le baptême est en effet l'ensevelissement dans la tombe du Christ, le moment où nous mourons avec lui pour ressusciter avec lui. Dans l'Église
ancienne, le Samedi saint était le jour de prédilection des baptêmes et aujourd'hui encore cette pratique continue.

Nous lisons, au cours des vêpres, de nombreux textes de l'Ancien Testament: tout d'abord le récit de la création car c'est la nouvelle création qui commence, dans, dans le livre du prophète Ise, la description de la
nouvelle Jérusalem, la ville sainte, car lorsque le Christ ressuscitera, la nouvelle Jérusalem va s'illuminer et le monde nouveau commencer. Ensuite, nous lisons dans l'Exode le récit de l'institution de la première Pâque, lorsque l'agneau de Dieu était immolé au temps de
Moïse, l'histoire de Jonas et de la conversion des Ninivites, la célébration de la Pâque des Hébreux dans le désert, l~ passage de la Mer rouge, l'histoire du prophète Elie ressuscitant un enfant, puis de nouveau on évoque la Jérusalem céleste, dans Isaïe 61.
Enfin, nous lisons ,le sacrifice d'Isaac par Abraham, le récit du prophète Elisée ressuscitant un enfant dans le livre des Rois, le récit dans le livre de Daniel des trois adolescents dans la fournaise qui, eux aussi, vont apparaître comme des ressuscités sortant de la mort.

Ainsi, à travers tous les récits de l'Ancien
Testament
, nous discernons le secret fondamental de la vie du monde : la mort et la résurrection, l'homme déchu guettant le Paradis terrestre et l'homme ressuscité rentrant dans le Royaume de Dieu, passant à travers le feu de la fournaise, les eaux de la Mer rouge, le ventre de la baleine, le désert du Sinaï sacrifié,  comme Isaac qui cependant ne meurt pas mais revient
à la vie. Nous découvrons que
, si l'homme est mort par son péché, Dieu, en laissant immoler son Fils à la place des coupables, ressuscite l'humanité toute entière.

Il Y a donc à la fois le réalisme chrétien qui regarde la mort en face, qui sait que le mal est là, que le malin fait souffrir et tue, mais qui sait aussi que Dieu pardonne, sauve, ressuscite et prépare l'homme à la merveilleuse gloire de la Jérusalem céleste qui est sur le point d'éclater quelques heures plus tard dans la nuit de Pâques, dans la nuit de la Résurrection.

Gloire à Toi, Ô Christ notre Dieu, Toi qui as été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, mais qui es ressuscité des morts et dont nous attendons la Résurrection, attendant aussi la résurrection de tous! Car Tu es ressuscité pour que, dès maintenant, nous ressuscitions du péché et que, lors de ton retour, nous
ressuscitions tous comme les ossements de la vision d'Ézéchiel, lorsque, tous ensemble, debout, vivants, nous entrerons dans la gloire de la Jérusalem céleste avec le Ressuscité!

NOTES

2.          Cf. 1 P 3, 19-20.

 

3.          Coll, 18.