Chers amis, nous vous invitons à lire trois approches de la crise actuelle, la première ci-dessous du Père Elie (Higoumène du monastère de La Transfiguration), puis à gauche en dessous, celle du Père Syméon (Higoumène du Monastère Saint Silouane) et à droite celle du Père Philippe Dautais (Centre de spiritualité Sainte Croix)

Dans le monde, en ce moment, un seul sujet alimente toutes les conversations : le coronavirus. Il retient l’attention au point de faire oublier d’autres fléaux aussi dramatiques et d’en occulter d’autres, tels que la nouvelle crise économique dans laquelle nous sombrons, ou l’invasion des émigrés que le président Turc veut lancer à l’assaut de l’Europe .

 

N’ayez pas peur, je ne vais pas aboyer moi aussi avec les loups, et vous refaire le couplet des recommandations, ni vous prêcher l’angélisme. Je voudrais au contraire que nous sortions de ce cercle infernal.

 

Je dis bien infernal, ou plus exactement satanique ! Il est déjà loin dans nos esprits, le temps où brûlait Notre-Dame de Paris. Nous avions remarqué alors, à la manière spectaculaire dont se propageait l’incendie, que l’on percevait le doigt du diable qui intelligemment poussait le feu où il voulait, même contre les éléments naturels.

 

Si j’évoque la destruction de Notre-Dame, c’est parce que je vois à l’œuvre le même doigt diabolique dans le phénomène de la pandémie qui nous atteint, conjointement à la crise économique dans laquelle nous plongeons ainsi que des drames humanitaires dont l’un des buts et de créer la victoire d’Allah sur notre Dieu Père-Fils et Esprit-Saint. Un combat titanesque se déroule sous nos yeux ! Les temps sont durs, certes, mais spirituellement parlant ils sont passionnants : l’Apocalypse, la Grande Révélation, se déroule sous nos yeux. Je ne peux ici relire pour vous tout le chapitre 13 du Livre de l’Apocalypse selon saint Jean où l’on voit le dragon se déchaîner contre la femme qui avait enfanté (La Mère de Dieu, l’Église) et le combat que lui livre l’Archange Michel. La bête immonde s’acharne désespérément sur le monde, elle rode cherchant qui et comment dévorer : persécutions, guerres, génocides, infanticides de masse, destruction des temples, emprisonnement et réduction au silence des « dissidents », encouragement à l’apostasie, tout y est : Mt 24,15+ « Quand vous verrez l’abomination de la désolation établie dans le lieu saint… Malheur… il y aura grande tribulation telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à présent… Si ces jours n’étaient abrégés, nulle chair ne serait sauvée ; mais à cause des élus, ces jours seront abrégés… » et « Dans le monde vous aurez à souffrir, mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33). L’Apocalypse de Jean nous montre aussi la victoire finale du Christ sur la Bête et sur les faux prophètes au chapitre 19, et le Diable, le Satan enchaîné et définitivement vaincu. Donc ne perdons pas courage, ce sont les derniers temps du règne du Mauvais !

 

Regardez le résultat de la manœuvre diabolique : elle révèle l’absence de foi non seulement des États – mais ce n’est pas le rôle des Républiques démocratiques de promouvoir ou d’entretenir la foi en un Dieu vivant, bon, miséricordieux, proche des hommes et s’intéressant à eux ! Si nous avions la foi en Lui, nous nous dépêcherions de l’invoquer, nous courrions pour Le rencontrer avec la certitude d’être sauvés, et guéris. Loin de cela, les républiques athées et plus encore anti-chrétiennes, profitent (ou suscitent ?) de la psychose générale pour séparer les croyants de leurs Églises et de leurs saints. Des autorités ecclésiastiques elles-mêmes leur emboîtent le pas servilement. C’est une trahison, c’est une apostasie ! On croirait revivre l’épisode des « sans-culottes » qui adoraient la prostituée qui trônait pour tenir lieu d’icône de la Déesse Raison et devant laquelle officiait le « diable boiteux » qui lui rendait un culte blasphématoire, comme du temps de Néron ou de Caligula ! Les Chrétiens se laissaient alors égorger, brûler, écarteler, crucifier pour ne pas participer à ce culte impie !

 

Ben quoi, ce sont les États qui transfigurent le monde ou bien c’est l’Esprit-Saint dans l’Église qui illumine les habitants des États ? C’est la paille qui allume le feu ou la flamme qui illumine la paille ? C’est la lumière qui engendre la réaction chlorophyllienne ou la chlorophylle qui crée la lumière ? Le monde est à l’envers aujourd’hui ! « L’ange des ténèbres se déguise en ange de lumière (2 Cor 11,14) ». On entend, on lit, « N’allez pas à l’église c’est dangereux ». « Attention à la communion ; il y a des risques importants ». « Regardez la messe ou la Liturgie à la télévision… mais n’allez pas dans les paroisses pour la messe dominicale (on tolère encore les monastères, mais pour combien de temps, mais conjointement, on déconseille, voire on interdit aux fidèles de s’y rendre !). D’accord, pour la télévision, mais alors que l’on serve en guise de nourriture à la table de ces prêcheurs de bonnes solutions humaines des images de mets succulents comme la presse nous en sert en permanence, au lieu des repas consistants auxquels notre monde occidental s’est habitué et repus, oubliant d’ailleurs que ce n’est pas le cas de la grande majorité des populations de continents entiers. Vous croyez que les images de hamburgers, de rôtis et de sorbets vont nourrir la population ? Non bien sûr ! Alors qui pourrait nous faire accroire que le spectacle télévisé d’une Liturgie ou d’une messe va nous unir au Christ, nous manifester Sa gloire et celle de Son Père et réaliser l’unité de charité entre tous les membres du Corps pour nous conduire dans le Royaume que le Seigneur nous a promis ? Il faudrait être tombé bien bas dans l’athéisme pragmatique pour le prétendre !!! Bien sûr, ce sont les discours officiels que la « bien-pensance » et le ralliement au siècle forcent de prononcer ; heureusement il y a des voix discordantes, surtout chez les hommes de foi simple, droite et libre, les « pauvres selon Dieu ». Nous avons pourtant foi que Dieu sauve le monde, même au-delà de la mort !

 

Pourtant combien de fois Dieu n’a-t-Il pas protégé les hommes à travers la foi qu’ils manifestaient ? Car, nous le savons par les Évangiles, avant d’intervenir pour guérir des hommes, Jésus demande toujours un acte de foi « Crois tu que je puisse te guérir ? » … « Va, ta foi t’a sauvé », etc. Regardez par exemple : depuis les apparitions de la Vierge à Lourdes, chaque demi-journée, dans l’eau des piscines qui recueillent l’eau miraculeuse de la source jaillie sur les ordres de l’Apparition de centaines de malades atteints de toutes sortes d’affections parfois contagieuses sont plongés sans changer l’eau, certains même en boivent (il fut un temps, c’était même généralisé) et personne n’a jamais été contaminé. C’était un miracle permanent. Aujourd’hui, par mesure de précaution on ferme les piscines sur ordre de la hiérarchie ecclésiastique. Et même les sanctuaires !

 

De nombreux prêtres pourraient témoigner avoir donné la sainte communion par le moyen de la « Petite cuiller » liturgique à des malades graves, atteints du sida ou de l’hépatite B pourtant mortelle et n’ont pas été contaminés. La communion donne la Vie, pas la mort si elle est reçue avec humilité et foi !

 

Pourtant, Jésus a donné aux hommes de foi des moyens de subvenir aux détresses et aux maladies qui les accablent. Mais il faut au moins avoir la foi et Le rencontrer là où Il se manifeste. Nous avons le Sacrement de l’Huile Sainte, appelé aussi sacrement des malades. Beaucoup ont guéri de leurs maladies, beaucoup sont revenus à la vie grâce à Dieu par son intermédiaire. Nous venons de chanter il y a quelques minutes pendant la Divine Liturgie : « Déposons tout souci de cette vie pour recevoir le Roi de la gloire ». N’est-ce pas le moment de faire taire nos peurs rationnelles et scientifiques pour nous confier en Dieu ? La vraie partie de notre vie, le vrai niveau de notre existence ne se situe pas sur terre, mais « au ciel », dès maintenant, en même temps que notre enveloppe charnelle, elle, est sur terre. « Déposons tout souci de cette vie », avons-nous chanté, « pour recevoir le Roi de la Gloire » ici et maintenant pourrions-nous ajouter. Nous sommes bien censés croire que Dieu veut notre bien et qu’Il peut nous l’accorder. Évidemment, si on ne le croit pas, c’est qu’on ne croit pas en Dieu et alors, effectivement autant rester chez soi… où d’ailleurs toutes sortes de virus sauront quand même bien nous trouver.

 

Voyez combien le Seigneur est bon et nous propose le bien, même lorsque nous sommes tentés de ne plus y croire. Il ne nous abandonne jamais lors des épreuves que nous affrontons. Je vais vous raconter une histoire toute récente. Elle se passe ces jours-ci en Grèce, pays terriblement éprouvé aussi par l’athéisme, par une gouvernance « Bruxellienne », par une invasion d’immigrés, par une économie désastreuse depuis des années, et par la maladie actuelle. Donc en 1890 un certain Tzanakakis est né à côté de Chania, en Crête et devint coiffeur. Mais il contracta la terrible maladie de Hansen, autrement dit la lèpre. Les lépreux à cette époque fêtaient isolés dans l’île de Spinalonga par crainte de contagion. (Ça vous évoque peut-être d’autres situations analogues ?) Pour échapper au confinement, il partit pour Alexandrie où il reprit sa profession. Là, la maladie s’amplifiant, un prêtre orthodoxe l’aida à gagner l’île de Chios où il y avait une léproserie. Il avait 24 ans lorsqu’il y parvint. Là, dans une chapelle, il y avait une icône de la Mère-de-Dieu appelée « L’obéissante » qu’il affectionnait particulièrement. Il devint moine sous le nom de Nicéphore. Il vivait dans l’obéissance absolue à son père spirituel et la maladie ne cessait de se répandre dans tout son corps. Il avait pour obédience le jardin, mais priait beaucoup la nuit, avec force métanies. Il était aussi premier chantre dans la chapelle, et, la maladie l’ayant presque rendu aveugle, il chantait par cœur les offices.

 

En 1957 il arriva dans une clinique d’Athènes, parce que l’établissement de Chios venait de fermer. Jamais il ne se plaignait, alors qu’il était couvert de plaies et qu’il souffrait beaucoup ; il consolait même et rendait joyeux les autres malades qui souffraient, charisme dont Dieu le dota en réponse à sa patience et à sa foi. Il répétait toujours « Que le saint nom de Seigneur soit béni ». À 74 ans, le 4 janvier 1964, il remit son âme à Dieu. Depuis, il a accompli de nombreux miracles. Il a été canonisé le 3 décembre 2012 et on garde sa mémoire sous le nom de saint Nicéphore-le-lépreux.

 

Et voilà maintenant où je veux en venir en vous racontant brièvement son histoire : il y a quelques jours, saint Nicéphore le Lépreux est apparu à quelqu’un en Grèce et lui a dit : « Tous ceux qui, atteints du coronavirus, s’adresseront à moi avec foi, je les guérirai » ! Alors, craindrons – nous ? Dieu ne nous montre-t-Il pas qu’Il ne nous abandonne pas ?

 

Nous avons aussi exposé à votre vénération l’icône du saint chirurgien et évêque Luc de Simféropol en Crimée. Saint Luc, qui vécut sous le joug bolchevique qui le persécuta tout au long de sa vie, est mort en 1961, c’est un contemporain de notre saint Nicéphore. Il opère encore aujourd’hui des croyants qui lui demandent son intercession lorsque les chirurgiens ne peuvent plus rien. Nous en avons le témoignage direct par un ami du monastère qui a bénéficié de l’intervention du saint. Alors, faut-il fuir la présence de Dieu, le « Donateur de Vie » va-t-il nous communiquer la maladie et la mort si nous nous approchons de Lui par la communion et par notre « assemblée » (je rappelle que le mot grec « Ekklesia » qui a donné « Eglise » signifie « Assemblée » et qu’elle est le signe visible du Corps du Christ, et le lieu de la manifestation de Ses charismes !

 

Au contraire de ce qui se fait, nous devrions affluer en masse dans les églises par millions, et implorer notre Créateur et Seigneur de nous épargner et de nous aider à surmonter les épreuves qui nous attendent. Il le ferait !

 

Ces choses dites, je voudrais encore apporter quelques précisions :

 

D’une part : Dieu « sait » ce qu’Il fait ou ce qu’Il permet ou tolère ; rien ne Lui échappe et rien ne Lui est étranger. Aussi, TOUT ce qui advient, nous le savons et nous le croyons, sert à Dieu pour le salut des hommes, pour « l’avènement de Son Royaume », qui, nous devons le rappeler, « n’est pas de ce monde ». C’est Lui qui l’a dit ! La situation d’aujourd’hui ne fait pas exception. Dieu n’envoie pas le mal ni la souffrance, mais le Malin veut détruire les hommes en les séparant de Dieu pour leur mort. La résistance au mal et à la souffrance passe par la résistance au Malin, dont nous demandons à être délivrés dans la prière du Seigneur, le « Notre Père… » Donc la délivrance du mal est conditionnée par notre repentir, notre détermination à nous déclarer pour Dieu, à suivre l’ordre de la création telle qu’Il l’a organisée pour notre déification. Comment un monde qui exclut Dieu, où le meurtre de millions d’innocents, de victimes de guerres, d’esclavages de tous ordres sont montrés en idéaux, comment un tel monde pourrait-il apporter harmonie et bonheur ? Nous appelons par là le fléau sur nos têtes, non comme une punition divine, mais comme la conséquence de nos actes, le résultat de notre autodéification, notre recherche de satisfaction uniquement dans les « choses de ce monde », en faisant fi du bonheur de l’autre ! Notre crise actuelle, fut-elle provoquée par l’activité humaine, est peut-être une ultime chance qui nous est donnée de revenir vers le Père, après nous être nourris stérilement des caroubes réservées aux porcs dans notre dramatique exil où ne dilapidons notre héritage !

 

La sollicitation de l’intercession de saint Nicéphore ou de saint Luc, le recours aux Liturgies au cours desquelles nous sommes témoins du resplendissement sur terre, sur nous et en nous de la Gloire de Dieu, et non confrontés à la maladie, à la souffrance et à la mort, l’arme de la prière et du jeune en église, la requête du pardon divin par notre intime conversion et notre confession d’une foi vraie conjointement à celle de notre péché, sont le remède à nos maux physiques, psychiques et économiques. N’ayons pas peur, mais courons vers le Seigneur ! Et anathème à ceux qui pensent trouver leur refuge dans les moyens de ce monde ou dans le seul progrès scientifique !

 

De toute façon, notre salut est dans l’accession à l’Autre niveau d’existence, l’entrée dans le Royaume des Cieux dans lequel nous introduit la seconde naissance de la mort. Alors, somme toute, s’il n’est pas question de hâter la venue de notre dernier jour dans notre enveloppe corporelle, le moment de la quitter ne sera pas une catastrophe, mais bien une libération. Ce jour-là nous connaîtrons une joie indicible, celle que nous promet l’Évangile. Alors, si ce moment est provoqué par le « karcher à septuagénaires » que le Covid 19 semble être aux dires de certains, ce n’est pas un cataclysme. C’est peut-être le moment providentiel de remettre la mort à sa juste place dans notre vie, et de reconsidérer notre manière d’assumer cette dernière !

 

D’autre part, autant Dieu met à notre disposition le recours à l’intercession des saints par notre prière, par la vénération de leurs saintes icônes, par les cierges que l’on allume devant elles, car la lumière est l’image de la « Lumière du monde » qui est le Christ, il ne faut cependant pas utiliser les saints et leurs icônes ou leurs Reliques comme des amulettes. Ce ne sont pas des fétiches, des gris-gris ou des porte-bonheur qui agiraient magiquement. La vénération des saints et des icônes n’a rien à voir avec la superstition ! Il doit y avoir une part de foi à la mesure de chacun, mais réelle. Voilà pourquoi saint Nicéphore ajoute « ceux qui s’adresseront à moi avec foi », c’est un rapport de cœur à cœur, une communion vivante et une communication vitale, même si elle est psychiquement peu consciente.

 

Enfin : des évêques orthodoxes en Tchéquie, en Slovaquie et en Crête refusent courageusement, et avec foi, d’obtempérer aux ordres athées d’interdire la participation des fidèles aux Liturgies et de communier selon le mode normal chez les Orthodoxes. (Suivant ces ordres, certains vont jusqu’à conseiller que chacun amène sa cuiller jetable à usage unique ; et où la jette-t-on après avoir communié ? J’ai vu à Paris vider l’eau théoriquement sanctifiée d’un bénitier, dans l’égout le plus proche sur la chaussée publique ! On peut se demander ce que croit celui qui fait cela du caractère sacramentel de cette eau dite « bénite » !). Nous sommes solidaires avec ces hiérarques dissidents et nous espérons que beaucoup suivront leur exemple, jusqu’aux plus hautes sphères hiérarchiques de nos Églises. Ils sont menacés de prison, mais ils sont déterminés à en assumer le risque. Ils sont courageux ; ils se déterminent « pour le Christ. » On peut aussi se poser la question de l’enjeu réel de cette crise au point que l’on doive menacer de prison les contrevenants !!! L’unanimité des autorités et leur détermination laissent à penser à des desseins cachés. L’avenir nous répondra vite – et trop tard !

 

Je dois encore conclure que, par juste précaution autant que par obéissance, on doit aussi prendre les mesures d’hygiène recommandées par les autorités, sur lesquelles je n’ai pas besoin de m’étendre, car toutes les radios, tous les journaux, tous les magazines, toutes les « autorités » civiles et religieuses, tous les hommes et toutes les femmes politiques de quelque bord que ce soit en font état, « en boucle », à chaque heure qui passe. Puissent-ils être entendus, mais puisse aussi la voix des saints et de Dieu-Le Verbe être écoutée !

 

Car à Lui reviennent l’adoration et la gloire, dans les siècles des siècles !

 

N.B. Dans cette homélie, je ne remets pas en cause la réalité de la pandémie à laquelle nous faisons face, ni ne m’oppose aux mesures de protections hygiéniques recommandées, et, bien entendu, tout ce que je vous ai dit ne juge en aucun cas les personnes qui, en conscience, ne peuvent se rendre à l’église parce que leur santé, leur âge ou leurs infirmités ne le leur permettent pas. Je m’insurge seulement contre le manque de foi de ceux qui ne nous laissent pas la liberté de conscience de trouver réconfort et salut dans les Saints Mystères, et la célébration commune du Jour du Seigneur Lequel est donateur de vie, même à ceux qui l’ignorent. Si le virus n’est pas éradiqué d’ici Pâques, que fera-t-on pour fêter la Résurrection, sans laquelle « notre foi est vaine » ??? On parle d’un confinement de 40 jours, Pâques est dans cinq semaines : 35 jours !

 

Archimandrite Elie
Monastère de la Transfiguration /Terrasson-laVilleDieu

 

Dimanche 15 mars 2020

 

 

Dimanche de Saint Grégoire Palamas

HOMELIE DU PERE PHILIPPE POUR LE DIMANCHE DU BON SAMARITAIN

Chers frères et sœurs,

En ce dimanche de l’Evangile du Bon Samaritain, et compte-tenu de la situation actuelle, je vais vous parler de l’hôpital !

Avec l’ère chrétienne, peut-on avancer que les Byzantins ont inventé l’hôpital ?

S’il est difficile de se faire une idée sur les trois premiers siècles, on sait en revanche que dès le IV° siècle, à Alexandrie, Antioche ou Constantinople, des structures d’accueil surtout monastiques prennent en charge les malades. Les évêques vont installer des structures plus organisées. On peut citer Eustathe de Sébaste et Saint Basile le Grand, de Césarée de Cappadoce. Ces structures vont être exclusivement médicales. Les pauvres, les étrangers, les orphelins et autres « indigents » seront reçus à part, surtout par les monastères. C’est avec l’empereur Justinien (527-565) que tout ceci va réellement s’organiser sous la tutelle des évêques.

Un corps de médecins municipaux (Archiotroi) est affecté aux soins des malades. Il existe cependant des « sanctuaires de guérison » attachés à la présence d’un saint thaumaturge. La formation de ces médecins municipaux est sérieuse, basée sur les maîtres de l’époque : Hippocrate, Galien et des médecins perses et arabes. Au cours des siècles suivants l’expansion de ces hopitaux se fait avec les dons des grandes familles. On peut citer l’hôpital du Christ Pantocrator fondé par Jean II au XII° siècle à Constantinople, avec des médecins laïcs compétents, un moine à sa tête chargé uniquement que de la médecine (le Nosokomos) l’aspect matériel étant confié à l’Higoumène.

Vous voyez combien les principes de l’Evangile furent un des grands moteur du soin aux malades. 3Ce que vous ferez à l’un d’entre eux, c’est à Moi que vous le ferez ».

Les médecins exerçaient un mois à l’hôpital. Ils étaient assez mal rémunérés, mais consacraient le mois suivant à la médecine libérale pour se renflouer. Quant au grand principe du soin, on peut le résumer ainsi « Du moment que cela marche ! ». L’Occident aura sur ce sujet un développement plus tardif.

La médecine de ce temps affronte trois grandes maladies : les pestes, les infirmités, la lèpre.

Cette dernière apparaît en occident au I° siècle avant Jésus-Christ et n’a rien à voir avec les Croisades, comme le dira le Siècle des Lumières (Voltaire, Michelet) profondément anti clérical. Elle provient des bords du Nil et elle est décrite par Pline l’Ancien en 79 après JC.

Alors ici, il faut se rappeler par exemple Saint Martin qui embrasse un lépreux en 397 aux portes de Paris, et le Christ qui guérira un lépreux. Contrairement à l’idée reçue, les lépreux sont peu sont peu nombreux. L’erreur sur leur nombre est due au fait que chaque ville, village ou bourg disposait d’une léproserie. Ce bâtiment se situait en dehors de la ville, non par crainte, mais à cause de la densité urbaine, très forte. Les lépreux sont assimilés au Christ dont ils partagent la Croix et la Résurrection, et les léproseries sont aussi fréquentées par d’autres malades. Quant à la cliquette qu’ils utilisaient pour se signaler, elle n’était pas faite pour éloigner mais pour appeler. C’est la même cliquette qui était utilisée en Occident lors de l’élévation des Saints Dons à la messe. Ainsi prévenus, les habitants pouvaient leur venir en aide, selon les préceptes de l’Evangile. Avec la perte du sens évangéliques, à partir du XV-XVI siècle, les lépreux seront éloignés.

Enfin, la peste, qui recouvrait de fait plusieurs maladies qui se caractérisaient par leur « pestilence » ravage l’Orient puis l’Occident, par vagues, jusqu’en 1722, où elle ravagera le ville de Marseille entre 1720 et 1722.

Finissons ce panorama avec Marseille et un personnage très fort, de grand caractère, élève du lycée Louis le Grand, puis élève des Jésuites, prêtre et enfin évêque de Marseille : Monseigneur de Belsunce.

En bon pasteur, quand survint la peste, il sacrifia sa vie pour ses brebis :

-         il organisa son diocèse en fonction des ressources dont il disposait : monastères, moines…

-         il apporta une aide matériel sur les revenus épiscopaux et sa fortune personnelle

-         il visite les malades afin qu’ils ne meurent pas sans les sacrements, en maudissant Dieu

Le 1 novembre 1720, il traversa la ville pieds nus, sans sa mitre, une corde au coup et prend à sa charge tous les péchés de la ville qu’il consacre au Sacré Cœur de Jésus, nouvelle dévotion qui prend corps à cette époque (bien que peu prisée par Rome). Depuis, tous les ans, les Autorités de la ville assistent à la messe dans la basilique du Sacré Cœur et offrent un cierge de 4 livres aux armes de Marseille.

Chers frères et sœurs, je vous ai raconté tout cela pour vous montrer combien la foi chrétienne, les préceptes de l’Evangile, l’amour du prochain ont été (et sont encore) à la base des soins aux malades selon les paroles du Christ, et aussi qu’il ne faut pas avoir peur.

A la gloire de notre Seigneur Jésus-Christ.

 

P. Philippe

LES PUISSANCES INCORPORELLES

Épître pour la Synaxe des Archanges et Puissances Incorporelles - Hébreux 2,2-10:

Car si la parole annoncée par des Anges entra en vigueur et si toute transgression et toute désobéissance reçurent une juste rétribution, comment nous-mêmes échapperons-nous, si nous négligeons un pareil Salut, qui commença à être annoncé par le Seigneur, puis fut confirmé pour nous par ceux qui L’avaient entendu, et fut appuyé aussi du témoignage de Dieu par des signes et des prodiges, des miracles de toute sorte, et par des dons de l’Esprit Saint répartis selon Sa volonté! Car ce n’est pas à des Anges qu’Il a soumis le monde à venir, dont nous parlons. L’attestation en fut donnée quelque part en ces termes : Qu’est-ce que l’homme pour que Tu Te souviennes de lui? Ou le fils de l’homme pour que Tu portes Tes regards sur lui? Tu l’abaissas quelque peu par rapport aux anges; de gloire et d’honneur Tu le couronnas; Tu mis toutes choses sous ses pieds. En lui soumettant toutes choses, il n’a rien laissé qui puisse lui rester insoumis. Or, en fait, nous ne voyons pas encore que tout lui ait été soumis, mais nous faisons une constatation : celui qui a été abaissé quelque peu par rapport aux Anges, Jésus, Se trouve, à cause de la mort qu’Il a soufferte, couronné de gloire et d’honneur. Ainsi, par la grâce de Dieu, c’est pour tout homme qu’Il a goûté la mort. Il convenait, en effet, à Celui pour Qui et par Qui tout existe et Qui voulait conduire à la gloire une multitude de fils, de mener à l’accomplissement par des souffrances l’Initiateur de leur Salut.

Les Chrétiens Orthodoxes sont les heureux bénéficiaires de "..la culture intemporelle et universelle transmise par les saints Pères et Mères de l'Église Orthodoxe à travers la discipline personnelle et l'obéissance." Bénis comme bénéficiaires de cet ethos, de cette manière d'être et de vivre, nous repoussons sans détour le dédain contemporain pour tout ce qui est immatériel et spirituel, et dès lors, nous célébrons cette Fête qui honore les puissances incorporelles qui oeuvrent au sein de l'économie salvifique de Dieu.
La culture sécularisé dominante de l'Occident, sans la moindre appréhension de vérité spirituelle, et handicapée par un étroit matérialisme comme seul avenir, s'oppose à cette connaissance Orthodoxe de longue existence. Dès lors, nombre d'hommes et de femmes relèguent toute discussion sur les puissances invisibles, incorporelles, à une affaire de piété individuelle. Bénis que nous sommes, nous, de célébrer notre dépendance à ces invisibles hôtes des Cieux, tels que nous les connaissons par la riche vie scripturaire et liturgique de notre Église! Renouvellons notre relation aux saints Anges et à l'accueil de leurs actions parmi nous!
Dans la lecture d'Hébreux de ce jour, saint Paul éclaire la relation entre Dieu et Son peuple, dans l'Ancienne Alliance, la montrant administrée par les Anges (v. 2). Ce portrait classique du ministère angélique peut aussi se voir dans l'Icône peinte par saint André Roubleev, montrant l'épisode de la Genèse, la théophanie avec les Trois Visiteurs venus à Abraham, "Le SEIGNEUR apparut à Abraham aux chênes de Mamré alors qu’il était assis à l’entrée de la tente dans la pleine chaleur du jour" (Gen 18,1), Icône dépeignant les Trois Personnes de la Triune Divinité.
Dieu est aussi apparu avec Ses Anges dans d'autres théophanies, comme lors du don de la Loi Mosaïque : "Le SEIGNEUR est venu du Sinaï, pour eux Il S’est levé à l’horizon, du côté de Séïr, Il a resplendi depuis le mont de Parân; Il est arrivé à Mériba de Qadesh; de son midi vers les Pentes, pour eux" (Deut. 33,2). Nombre de Juges et de prophètes, comme par exemple Gédéon (Jug. 6), ont reçu des révélations de Dieu par des Anges.
Le prophète Gad avait prédit une épidémie de peste qui frapperait la nation à cause des péchés du roi David; mais par les prières du prophète et du roi, la main de l'Ange qui apportait la peste fut arrêtée après une journée (2 rois 24,13-17). Le prophète Isaïe vit la délivrance divine de Jérusalem accomplie par un Ange contre les Assyriens (Is. 37,33-36).
Pour annoncer l'Incarnation du Seigneur Jésus, l'Archange Gabriel apparut à Marie, la Théotokos. Gabriel était le messager du Roi à venir (Lc 1,26-38; Mt 1,20-24), et maintenant, dans l'actuel temps de l'Église, Dieu a remis le pouvoir à Son Fils Unique engendré, Qui pour un temps avait été quelque peu abaissé par rapport aux Anges (Héb. 2,7). Au fil des siècles Chrétiens, l'Église a enregistré nombre d'apparitions d'Anges ayant un message particulier, et accomplissant des miracles, pour des personnes comme pour des communautés de fidèles en Christ. Bien entendu, jusqu'au retour du Seigneur, nous ne voyons pas encore toutes choses soumises à Lui (Héb. 2,8), y compris les puissances angéliques.
Il y a bien longtemps, les Anges furent révélés à Isaïe comme dirigeant la liturgie céleste (Is. 6,1-4). A présent, dans la Nouvelle Alliance, l'angélique direction voit son rôle élargi dans le culte céleste, comme dévoilé en Apoc. 4,6 & 5,11. L'Église comprend aussi que les Anges nous sont très proches pendant le culte sur terre, et en particulier pendant la Divine Liturgie, où nous "..représentons mystiquement les Chérubins.." lorsque nous "..chantons l'hymne trois fois sainte à la Vivifiante Trinité" en même temps que les puissances célestes. Les Icônes de bien des portes latérales d'iconostases dépeignent les Archanges présents et nous aidant dans le culte.
Enfin, notons que les Anges servent aussi les fidèles comme saints gardiens, protégeant nos coeurs, âmes et corps. Par dessus tout, ils prient Dieu pour nous, afin qu'Il nous accorde la grâce de la repentance, nous pardonne toutes nos offenses, et nous recouvrent toujours de l'ombre de leur gloire immatérielle, nous préservant, nous qui nous agenouillons et crions sans cesse à nos angéliques gardiens:
Délivrez-nous des oppressions, car vous êtes les princes des nuées des puissances célestes!

Site Saint Materne

 

 


HOMÉLIE DU PÈRE PIERRE SUR LA PRÉSENTATION AU TEMPLE DE LA MÈRE DE DIEU

 

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit !

 

Chers frères et sœurs,

 

Voici quelques réflexions sur la fête de la Présentation au Temple de la Très-Sainte Mère de Dieu, que nous célébrons avec un jour de retard -il s'agit donc d'un « rattrapage ». C'est une des douze fêtes majeures ; c'est dire son importance. Parmi ces douze fêtes qui ponctuent l'année liturgique, cinq sont en effet consacrées à un événement de la vie de la Toute-Pure. Sa Présentation au Temple en fait donc partie. Il est évidemment logique que la Tradition de l'Eglise ait inscrit autant de fêtes mariales dans le calendrier : l'Evangile le dit lui-même : c'est par la Théotokos seule que l'Incarnation du Verbe divin a pu se faire. Elle est donc la clé de notre Salut, notre Intercession privilégiée, notre Avocate permanente devant l'Eternel. Alors, que peut-on retenir de la signification de cette fête dans l'économie de notre Salut ?

 

Tout d'abord, cet événement de la Présentation au Temple de la Très-Sainte Mère de Dieu n'est pas mentionnée dans les Evangiles, qui ne disent rien sur son enfance ni même sur sa mort. Beaucoup de fêtes mariales tirent leurs origines de textes rejetés par l'Eglise aux IIIe et IVe siècles, qu'on appelle les Evangiles apocryphes (littéralement « cachés », dissimulés »). La fête d'aujourd'hui tire justement ses origines d'un apocryphe, le « Protévangile de Jacques ». On pourrait alors à bon droit s'interroger sur la légitimité de l'instauration d'une fête -mais aussi d'autres fêtes mariales- qui non seulement n'est pas rapportée par les Evangiles, mais qui de plus figure dans des textes que l'Eglise à rejetés dès les premiers siècles du corpus officiel du Nouveau Testament. En fait, même si effectivement ces textes doivent être pris avec précaution car en principe non inspirés de Dieu, ils n'en sont pas moins en partie inspirés par les Saintes Ecritures, en particulier par l'Ancien Testament. Lors des Vigiles des grandes fêtes, on lit en principe trois passages vétéro-testamentaires (parémies) qui d'une certaine façon préfigurent, parfois mystérieusement, parfois explicitement, l'événement célébré ce jour-là. Or, les textes vétéro-testamentaires de la fête traitent tous d'un seul thème : le Temple. La première lecture est tirée de l'Exode (chapitre 40) et décrit la consécration du premier Temple, c'est-à-dire du Tabernacle, ou Tente du Témoignage. La deuxième est extraite du troisième livre des Rois, chapitre 8, et relate le transfert de l'Arche d'Alliance et de son entrée dans le deuxième Temple, autrement dit le Temple de Salomon à Jérusalem. La troisième est une vision d'Ezéchiel, au chapitre 44, où le saint Prophète décrit la porte extérieure du Sanctuaire qui reste close, bien que le Seigneur, et lui seul, puisse y passer : « le Seigneur me dit : cette porte restera fermée (…) personne n'entrera par là, car le Seigneur, le Dieu d'Israël, est entré par là ».

 

Dans ces trois lectures, on a trois préfigurations symboliques de la Mère de Dieu, toutes liées à cette thématique récurrente du Temple. Ce lien entre le Temple et la Mère de Dieu est évident pour deux raisons. D'une part, parce que le Temple, c'est la Maison de Dieu. Le lieu consacré à Dieu et par Dieu. D'autre part, parce que la Mère de Dieu est elle-même le Temple, la Maison de Dieu par excellence, puisqu'elle a « hébergé » Dieu dans ses propres entrailles, dans son propre corps. Regardons l'évolution du Temple dans le temps. Dans l'Exode, on a une tente, autrement dit un temple de toile. C'est logique : à cette époque-là, les Hébreux sont nomades. C'est d'ailleurs le sens du mot « Hébreu » qui vient du verbe « avar » signifiant « passer ». Dans les Rois, les Hébreux étant devenus sédentaires et dotés d'un Etat centralisé avec un souverain et une capitale, le Temple devient un temple de pierre. Enfin, Ezéchiel préfigure un temple d'un genre nouveau, même s'il ne le dit pas ouvertement, mais de façon métaphorique : un temple de chair, la chair d'une femme qui restera vierge car seul le Seigneur pourra y demeurer.

 Dans ces trois passages, la Mère de Dieu est évoquée symboliquement de trois façons différentes. Dans la première lecture, tirée de l'Exode, une fois le Tabernacle consacré, la nuée le recouvre et la gloire de Dieu remplit le Saint des Saints (Exode 40 : 34). On retrouve un parallèle très clair avec la parole de l'Ange à Marie lors de l'Annonciation, rapportée par Luc : « l'Esprit Saint descendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre » (Luc 1 : 35).  Dans la deuxième lecture, c'est la même manifestation. La nuée, qui symbolise la gloire divine, remplit également le Temple (3 Rois 8 : 10). . Or là aussi, le Temple de Jérusalem pénétré par l'Esprit préfigure la Mère de Dieu, appelée à recevoir son Sauveur dans sa chair. Enfin, la troisième lecture mentionne la porte close ouverte à Dieu seul mais par laquelle aucun homme n'est passé. Elle fait évidemment allusion à la virginité de Marie avant, pendant et après son enfantement (Ezéchiel 44 : 2).

 

 

On pourrait là aussi s'interroger sur le choix de Dieu de « demeurer » dans un temple de chair. D'abord, l'enfantement virginal a été annoncé par les Prophètes. Ensuite, parce que sans ce temple de chair, Dieu n'aurait pas pu s'incarner. Pour épouser pleinement notre humanité, il fallait que Dieu naisse d'une femme. Or sans Incarnation, il n'y aurait pas eu de Passion ni de Croix, et donc pas de Salut. On voit donc là l'importance capitale de ce choix d'un temple de chair : Marie est l'Arche sainte de notre Salut.

 

Alors, pourquoi Marie, alors âgée de trois ans, a-t-elle été présentée au Temple ? Parce qu'elle devait être préparée à recevoir son Seigneur. Elle y restera jusqu'à 15 ans, âge où à l'époque, les filles pouvaient être mariées. Pendant douze ans, elle est donc restée au Temple à servir Dieu nuit et jour, afin de se préparer à sa venue dans la chair. C'est pour cela que cette fête de la Présentation de la Mère de Dieu au Temple constitue par excellence le lien entre l'Ancien et le Nouveau Testament, autrement dit, le passage d'un Temple de pierre à un temple de chair, condition indispensable à l'Incarnation du Verbe divin.

 

 

Chers frères et sœurs, la question qui se pose à nous est la suivante : comment pouvons-nous, nous aussi, nous préparer à recevoir notre Seigneur ? Évidemment, nous ne pourrons jamais le faire comme la Mère de Dieu, qui a eu, par sa vie exemplaire, cet unique privilège. Par ailleurs, la situation pénible que nous vivons actuellement, où nous sommes obligés de célébrer les offices à huis-clos, empêchant ainsi la majeure partie d'entre nous de recevoir les Saints Corps et Sang de notre Seigneur, rend cette préparation encore plus difficile. Nous devons effectivement prier pour que cela cesse au plus vite, sachant que ceci est dû à une pandémie mondiale que Dieu permet -permettre ne signifiant pas souhaiter- pour éprouver notre Foi et notre patience. Cette maladie touche tout le monde, y compris des pasteurs de l'Eglise, comme sa Sainteté le Patriarche de Serbie Irénée qui vient d'y succomber. Des cas de figures analogues, où il était temporairement impossible de célébrer normalement, se sont déjà présentés au cours de l'Histoire, y compris dans des pays chrétiens. En 1866, dans la Russie impériale, où pourtant l'Orthodoxie avait le statut de religion d'Etat, les églises étaient fermées sur ordre des autorités civiles ET ecclésiastiques pour cause d'épidémie de choléra. On pourrait citer d'autres exemples à d'autres endroits et à d'autres époques. Malgré notre douleur, malgré notre sentiment d'indignation, voire de colère, nous devons, comme le dit saint Silouane l'Athonite « garder notre esprit en enfer et ne pas désespérer ». C'est effectivement très difficile, car nous ne connaissons ni le jour, ni l'heure de notre délivrance, mais nous devons toujours garder à l'esprit que celle-ci arrivera tôt ou tard, car le temps de Dieu n'est pas le nôtre. Après tout, la Mère de Dieu est restée douze ans dans le Temple, avant de devenir temple elle-même. A nous d'imiter sa persévérance. A notre Seigneur soit la Gloire ! Amen. 

HOMELIE DE L'ASCENSION

Très chers Pères, frères et sœurs,

 

Une remarque sur ce temps liturgique. Aux premiers siècles, l’Eglise fêtait la sainte cinquantaine, donc de Pâques à la Pentecôte comme un jour unique, celui de la résurrection. La célèbre Egérie, dans son journal de voyage, mentionne une fête 40 jours après la résurrection, comme étant celle des Saints Innocents. Probablement qu’à cette époque, Ascension et Pentecôte étaient célébrées le même jour. Suite au deuxième concile de Constantinople en 381 ou fut proclamé la divinité de l’Esprit Saint, les deux fêtes furent séparées et l’Ascension placée au 40ème jour par soucis de symétrie.

 

Des ascensions, l’Ecriture en mentionne au moins trois :

-         Habacuc transporté par un ange qui le tient par les cheveux pour donner à manger à Daniel, enfermé dans la fosse aux lions ;

-         Enoch, fils de Caïn après que celui-ci eu tué Abel, et qui selon la Genèse, 5,24

-         « Hénok marcha avec Dieu, puis il disparut, car Dieu l'enleva. »

-         Elie enlevé sur un char de feu sous les yeux d’Elysée

Ce qui surprend les anges ici, c’est que Jésus s’élève par lui-même, sans intermédiaire, et c’est un homme qu’ils voient ; « Alors que tu étais enlevé du Mont des Oliviers, les puissances célestes voyant cela, clamaient l’une à l’autre : Qui est-il celui-ci ? Et quelqu’un leur répondit : celui-ci est le fort et le puissant, c’est lui le puissant dans les combats, Il est en vérité le Roi de Gloire. Et pourquoi porte-t-il des vêtements de pourpre ? C’est qu’Il vient de Bossor (la chair). C’est qu’Il n’est pas seulement homme, mais Dieu et Homme à la fois. » (apostiches)

Maintenant, regardons brièvement ce que disent les synoptiques, les trois Evangélistes Matthieu, Marc et Luc : tous rapportent que Jésus leur donne ordre d’aller annoncer la Bonne Nouvelle, et de baptiser les Nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Chez Saint Jean, Jésus demande par trois fois à Pierre s’il l’aime, effaçant son reniement, et lui demande de Le suivre.

Il y a ainsi dans cette fête une tension entre l’élévation du regard vers les Cieux, vers le monde spirituel, et la nécessité ici-bas de partir enseigner la Bonne Nouvelle. Là est certainement toute la réalité de notre vie, de nous élever vers et avec le Christ par la puissance de l’Esprit Saint, et aussi d’œuvrer ici sur la Terre. Vous avez une image de cette tension dans le canon liturgique : le célébrant demande d’élever nos cœurs, et nous les avons vers le Seigneur. En fin de liturgie, il nous est dit de sortir en Paix, afin de continuer cette annonce de l’Evangile. Mais nous trouvons aussi cela dans l’Evangile lorsque Jésus est interpellé par des Pharisiens qui lui demandent quel est le plus grand commandement :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

On retrouve ici également cette tension entre Dieu, la vie spirituelle, et mon prochain, la traduction de cette vie dans le monde.

Cette tension est rendue possible grâce à la puissance de l’Esprit-Saint qui nous est donnée lors de notre baptême. Ainsi pouvons nous acquérir les vertus nécessaires, et la plus grande d’entre elle, celle dont Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse diront ; « l’orgueil c’est la montée vers le bas et l’humilité la descente vers le haut ». L’humilité est cette vertu pratiquée par le Christ, ce qu’il dira dans la synagogue de Nazareth en lisant le rouleau d’Elie : L'Esprit du Seigneur est sur moi, du fait qu'il m'a oint pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Les pauvres que le texte hébreu nomme les anawim.

Pour finir ces quelques réflexions, la aussi la Liturgie nous enseigne. Après avoir prononcer les paroles du Christ à la sainte Cène, le célébrant élève les saints dons en rappelant tout ce qui a été fait pour nous et notre salut, en une image de l’Ascension, et ensuite d’invoquer l’Esprit-Saint sur ces dons, comme Jésus nous envoya l’Esprit Saint après son Ascension.

 

A Lui la gloire dans les S des S.

SIXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

(CINQUIÈME APRES PÂQUES)

DIMANCHE DE L'AVEUGLE DE NAISSANCE

 

Nous ne pouvons pas encore ouvrir l'église et devons attendre pour cela le mois de juin. Dés qu'elles seront connues, nous vous ferons part des modalités de célébration.

HOMÉLIE DU PÈRE NOËL TANAZACQ

 

On est un peu surpris de trouver cet Evangile à la fin du temps pascal parce que l’évènement se situe avant la Passion du Seigneur. Mais c’est lié à la pédagogie liturgique de l’Eglise d’Orient : les trois premiers dimanches du temps pascal sont centrés sur la Résurrection du Christ, comme il est normal, et les trois dimanches suivants sont centrés sur le mystère de l’eau2, pour nous préparer à la Pentecôte, car l’eau est l’un des grands symboles de l’Esprit-Saint. La vision occidentale est différente, plus historique : on lit cet Evangile à la fin du Carême, le mercredi de l’Illumination, le jour où les yeux des catéchumènes s’ouvraient, parce qu’on leur transmettait solennellement le Symbole de Foi et la prière du Seigneur (le Notre Père)3.

Ici, l’élément essentiel c’est l’eau. Le contexte le confirme. Le Seigneur est monté à Jérusalem pour la fête de Soukkoth4 et, le dernier jour, le grand jour de la fête, Il s’écrie : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi et qu’il boive. Celui qui croit en Moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein… Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Lui… (Jn 7/38-39). C’est un moment particulièrement difficile pour le Christ, car Il donne dans le Temple un enseignement d’une exceptionnelle hauteur théologique et qui Le concerne, Lui personnellement, en tant qu’envoyé de Dieu, Fils du Père céleste, qui n’est pas reçu par la foule et qui provoque un affrontement très dur avec elle, puisque les Juifs veulent Le lapider (Jn 8/59). Il souffre une Passion morale avant Sa Passion physique.

C’est juste au sortir du Temple qu’Il voit, en passant, un homme aveugle de naissance qui mendie, assis à une porte. Le Seigneur ne dit rien. Mais les Apôtres profitent de la circonstance pour Lui poser une question difficile : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Immense problème qui obsède les hommes jusqu’à nos jours ! Nous abordons souvent les problèmes spirituels avec une mentalité magique (à connotation juridique et morale), qui privilégie le lien de cause à effet, en oubliant qu’il n’y a aucun automatisme dans la vie spirituelle : l’Homme est libre, comme Dieu est libre. Le Christ fait une belle réponse, déconcertante : ce n’est pas un problème de péché, mais il faut que Je manifeste au monde que Je suis le Fils de Dieu, la Lumière du monde. Cette infirmité va y concourir. Il apprend à Ses disciples à distinguer entre la nature et la personne.

Cela ne retire rien au fait que globalement les maladies de l’humanité soient une conséquence du péché. Mais cette réalité théologique ne signifie pas que telle maladie serait la conséquence de tel péché pour telle personne. Et surtout lorsqu’il s’agit de maladies incurables de naissance (en général génétiques), qui nous apparaissent comme très injustes, l’enfant ne peut pas avoir choisi de communier personnellement au péché : il est innocent. Il faut donc se garder de toute opinion définitive et avoir seulement de la compassion. Le Christ en a immédiatement : Il le guérit, mais selon un rituel extrêmement riche de symboles et quasiment sacramentel.

Il crache par terre et mélange la « poussière du sol » (=Adam en hébreu) avec Sa salive divine pour faire de la boue, puis il pose ce cataplasme divin sur les yeux de l’aveugle. C’est une image symbolique de la création de l’Homme au 6e jour : le Fils façonna l’Homme avec la poussière du sol, qui avait été arrosée par la vapeur qui s’était élevée de la terre (Gen. 2/6-7). Après, l’Esprit lui insuffla la vie, l’âme. La salive divine représente symboliquement l’économie de l’Esprit, car il s’agit « d’eau » (qui produit la vie) et l’Esprit repose en plénitude dans le Fils.

L’acte sacramentel qu’Il fait représente la recréation de l’Homme. Mais ensuite, Il demande à l’homme malade de coopérer à sa guérison, de faire un effort, une démarche : aller jusqu’à la piscine de Siloé5 et s’y laver. L’aveugle croit Jésus sur parole6, obéit et est guéri immédiatement. Siloé veut dire « envoyé », nous précise l’Evangile. Le fait d’aller jusqu’à la piscine symbolise le retour à Dieu, et le fait de s’y laver symbolise le baptême. Il est immergé dans les eaux de l’Esprit, qui le régénère, le ramène à la vie, à la lumière du Christ. Nous avons là un bel exemple de synergie entre Dieu et l’Homme, et de synergie entre les deux mains du Père, les deux Envoyés, les deux Paraclets, le Fils et l’Esprit. Le Fils a refaçonné et l’Esprit a rendu la Vie.

Ce miracle incroyable provoque un ébranlement dans le microcosme juif de Jérusalem. Tout le monde est incrédule, les voisins, les Pharisiens, les parents…On n’arrive pas à y croire. L’Evangile nous raconte longuement les quatre rencontres qui suivent l’évènement et qui ont un caractère presque comique. Les Pharisiens sont très ennuyés par ce miracle dérangeant. La seule chose qui leur importe, c’est que Jésus ait fait ce miracle un jour de sabbat ! Ils ne manifestent aucune joie de la guérison de ce malade incurable, ils n’ont aucune admiration, ni gratitude envers ce rabbi qui pourtant a fait des œuvres que nul autre n’avait faites (Jn 15 24 ; l’aveugle guéri répond aux Pharisiens : Jamais on n’a ouïe dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né). Pire : ils vont finir par injurier l’aveugle-né et le chasser.

L’aveuglement de l’Homme peut être tragique. Il peut conduire des gens normaux, et même « bien », à devenir des meurtriers, des monstres. Ce rabbi de Nazareth qui guérissait les malades incurables et ressuscitait les morts, ils vont le faire mettre à mort quelques mois plus tard… Pendant toute Sa mission terrestre (3 ans) le Christ n’a pas cessé de dire qu’il fallait se préoccuper de l’esprit plus que de la lettre, du contenu plus que du contenant, de la réalité intérieure plus que de l’apparence extérieure. Et Il n’a pas été entendu : on Lui a reproché de ne pas appliquer la Loi, Lui qui en est l’Auteur divin ! Et l’Eglise commet souvent les mêmes péchés que la Synagogue. On est très strict sur l’application des lois, des règles, des canons, des usages – qui pourtant sont tous relatifs et changeants – alors qu’on a peu de souci de l’état intérieur des âmes, de leur vie spirituelle, de leur relation intime avec Dieu. Les deux premières personnes à avoir vu le Christ ressuscité (Marie de Magdala) et à être entrée dans le Royaume de Dieu (le Bon larron) étaient fort peu canoniques… Beaucoup de personnes pensant être spirituelles sont tellement pleines de leurs pensées qu’elles ne peuvent plus recevoir celles de Dieu : elles passent à côté de Celui qui est la Vie, sans Le voir.

Le personnage le plus remarquable dans cette sorte de vaudeville religieux est l’aveugle guéri. Non seulement le Saint-Esprit lui a ouvert les yeux de chair, mais Il lui a ouvert aussi l’œil intérieur. A chaque question qui lui est posée, il répond par une « antienne » remarquable : Cet homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, en a oint mes yeux et m’a dit : va à la piscine de Siloé et lave-toi. J’y suis allé, je me suis lavé et je vois7. Mais il fait plus : il a l’audace de répondre aux Pharisiens, avec intelligence, et il les reprend8. Ne sachant plus que dire, ils le chassent avec mépris (Tu es né tout entier dans le péché et tu nous fais la leçon !).

Quant au Seigneur, Il avait disparu. C’est là un autre enseignement remarquable : le Christ accomplit des actes thaumaturgiques, mais Il ne s’attache pas les personnes, contrairement à tous les gourous et pseudo-pères spirituels ; Il laisse les hommes libres. Dieu ne s’impose jamais : Il se propose. Il attend aussi que nous Le cherchions : Il jette l’hameçon et Il espère que le poisson va mordre. Après toute cette agitation, Il rencontre à nouveau l’ancien aveugle dans le Temple9 et Il Se révèle expressément à Lui. L’homme a été préparé intérieurement par la guérison physique : il a changé et évolué, et maintenant il dit : Je crois au Fils de Dieu ; il se prosterne et L’adore. Quel paradoxe étonnant ! les Pharisiens, disciples de Moïse, appliquant la Loi à la lettre et vivant, en apparence, d’une façon spirituelle, n’ont pas vu le Messie, le Christ. L’Aveugle-né, lui, L’a vu. La véritable cécité est intérieure. Seuls les cœurs purs – ceux qui renoncent à eux-mêmes – peuvent voir Dieu.

Père Noël TANAZACQ (Paris)

Notes :

1. Il est inexact de dire « 6e dimanche après Pâques », comme on le trouve souvent dans les calendriers liturgiques : il est le 6e dimanche de la Pâque, si l’on considère que tous ces dimanches ne forment qu’un (« Ce jour, le Seigneur l’a fait »), ou 6e du temps pascal comme on le dit en Occident. Mais il est le 5e dimanche après Pâques.
2. 4e dimanche : le bouillonnement de l’eau à Béthesda (la guérison du Paralytique), 5e dimanche : l’eau vive (la Samaritaine). Ici : la salive du Christ et les eaux de Siloé.
3. Le mercredi de la 4e semaine de Carême. C’était la « Traditio symboli ».
4. La fête des tentes, en septembre.
5. La piscine de Siloé est un grand réservoir d’eau qui se trouve au sud de Jérusalem, mais qui provient d’une source d’eau vive. Le roi Ezechias (722-687 av. JC, dont le prophète Isaïe fut le conseiller), avait fait creuser un canal souterrain qui amenait les eaux de la source de Guihon [devenue la Fontaine de la Vierge], sur le versant oriental du mont Ophel, jusqu’à la piscine de Siloé. La source est intermittente et coule plusieurs fois par jour. On suppose que l’eau provient en fait d’un réservoir d’eau naturel qui serait sous le mont Moriah (le mont du Temple). La piscine n’est pas proche du Temple : elle est à plus de 500 m. Il y a du chemin à parcourir, surtout pour un aveugle !.
6. Alors qu’il aurait pu prendre Jésus pour un charlatan. N’oublions pas qu’il ne l’a pas vu, puisqu’il est aveugle. Il n’a pu qu’entendre Sa parole..
7. Dans le rite des Gaules restauré, le mercredi de l’Illumination, le diacre proclame l’Evangile de la chaire et, à chaque fois que l’Aveugle-né prend la parole, le chœur chante cette antienne évangélique sur une mélodie particulière, conformément à la tradition occidentale de la lecture de l’Evangile à plusieurs voix (comme c’est le cas pour l’Evangile concordant de la Passion, en Semaine Sainte). C’est très puissant, car les fidèles « vivent » l’Evangile, et c’est  pédagogique.
8. Cela annonce aussi la Pentecôte : les pêcheurs illettrés de Galilée vont devenir des docteurs et enseigner les nations.
9. C’est-à-dire sur l’esplanade du Temple, dans le parvis des juifs.

 

 

 

 

 

CINQUIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

(QUATRIÈME APRES PÂQUES)

DIMANCHE DE LA SAMARITAINE

 

Nous ne pouvons pas encore ouvrir l'église et devons attendre pour cela le mois de juin. Dés qu'elles seront connues, nous vous ferons part des modalités de célébration.

Très chers Pères, frères et sœurs,

 

            Jésus quitte la Judée pour rejoindre la Galilée, ces deux provinces étant séparées par la Samarie. Les liens entre Juifs et Samaritains sont exécrables depuis plusieurs siècles (voir encadré).

Saint Jean cependant dit ceci de Jésus :

« Il lui fallait traverser la Samarie » laissant entendre la nécessité de cette rencontre.

Il est midi (6° heure), Jésus est fatigué, ses disciples sont partis chercher à manger.

Jésus est assis sur la margelle du puits de Jacob.

Ce puits est situé à Sychar une ville de Samarie4 près du champ de Shechem ou Sichem (aujourd'hui Naplouse) acquis par Jacob aux fils de Hamor, le père de Sichem, puis donné à son fils Joseph dont les ossements y sont enterrés et devenu ensuite la propriété de ses fils par héritage.

Arrive cette femme, seule, à une heure où il n’est pas habituel de venir chercher de l’eau. Donc elle souhaite certainement être seule. Saint Jean place cette rencontre à la sixième heure, heure de la désobéissance d’Adam et Eve, heure du sacrifice de Jésus sur la Croix.

Quant au puits, dans l’Ancien Testament, il a un sens nuptial :

-          rencontre du serviteur d’Isaac avec Rebecca venant puiser de l’eau (Gn 24)

-          Jacob arrive près d’un puits où paissent trois troupeaux. Arrive Rachel, fille de Laban, avec son troupeau et Jacob l’aide pour pousser la pierre qui ferme le puits (Gn29)

-          Moïse met en fuite des bergers afin que les filles du prêtre Madian puissent faire boire leur troupeau. Moïse épousera Sefora, une des sept filles (Ex 2)

Alors Jésus dit à cette femme : donne-moi à boire. Cette demande fait écho à celle du peuple hébreux réclamât à Moïse de l’eau dans le désert d’Horeb. Dans les écoles talmudiques, celui qui étudie la Torah est comparé à une fontaine ou un fleuve.

            Dans ce dialogue, c’est la méfiance de la Samaritaine qui se manifeste en premier : « comment toi, un juif, peux-tu t’adresser à une femme samaritaine ? ». Jésus va l’amener progressivement vers une autre perception. Cette femme est seule (malgré ses nombreux maris) et cherche quelque chose qui la sorte de sa condition de vie actuelle. Alors Jésus lui propose une eau nouvelle, une Eau Vive en parlant du don de Dieu, et qu’alors c’est elle qui demanderait à boire de cette Eau. Elle va argumenter, bien qu’intriguée par la réponse de Jésus et feindre l’étonnement : « comment, vous n’avez pas de puits ? » Et Jésus d’évoquer une eau qui étanchera définitivement la soif, l’Esprit Saint. Ce soulagement définitif va attirer la Samaritaine vers ce qu’elle souhaite au fond d’elle-même : être enfin soulagée de cette vie qu’elle a connue jusqu’à ce jour. Lorsqu’elle voit en Jésus un prophète, il va lui révéler qui il est, le Messie.

Mais Jésus va plus loin. Cette Eau-Vive dont Il est lui-même rempli, il veut faire en sorte que chacun de nous porte en lui la source de cette eau. Par le baptême d’eau et d’Esprit au nom de la Trinité, Dieu a creusé en nous la source même du salut. Pour cela, Jésus affirme que le vrai croyant n’adore ni sur le mont Garizim, ni dans le Temple de Jérusalem, car Dieu est Esprit, et ne peut être ni limité, ni contenu.

Saint Hilaire de Poitiers écrit au livre II de son Traité sur la Trinité au sujet du Saint Esprit :

« Par qui est-il ? Il est de Celui par qui tout existe, le Fils et de celui de qui tout vient, le Père. »

L’acquisition du Saint Esprit génère en chacun de nous la paix et la joie.

 

A notre Seigneur soit la Gloire

Amen

À l'époque du Christ, les rapports entre Juifs et Samaritains étaient tendus...

 

À l’époque du Christ, les rapports entre Juifs et Samaritains étaient tendus. Non seulement ils ne se fréquentaient pas, mais les Juifs considéraient que les objets, les animaux ou les récoltes qui traversaient la Samarie étaient impro­pres au culte. Comment expliquer une telle animosité entre deux communautés qui avaient pourtant une même origine ?

Il est communément admis que l'origine du conflit entre les Juifs et les Samaritains remonte à 722, lors de la prise du royaume du Nord et de sa capitale, Samarie, par les Assyriens. Ceux-ci firent venir dans cette ré­gion des colons étrangers. De leur mélange avec les Juifs qui étaient restés sur place naquit le peuple samaritain (2R 17,23). Descendants de ces étrangers qui avaient ajouté à leurs dieux tradi­tionnels le culte de YHWH (= Le Seigneur), les Samaritains sont considérés comme des hérétiques par les autres Juifs.

Un temple sur le mont Garizim

Au fil de l’histoire, les relations rentre Juifs et Samaritains se sont détériorées progressivement. Ainsi, au retour de l’exil, vers 538 av. J.-C., des Samaritains s'opposeront violemment à la reconstruction des murailles de Jérusalem. Deux siècles plus tard, la construction d’un Temple sur le Mont Garizim consacrera le schisme avec Jérusalem. Et l'auteur du livre du Siracide écrira vers l'an 180 av. J.-C. : "Il y a deux nations que mon âme déteste, la troisième n'est pas une nation : les habitants de la montagne de Seïr, les Philistins, et le peuple stupide qui demeure à Sichem" (Si 50,25-26 ; Sichem est alors une grande ville située au pied du Garizim). Mais la rupture entre Juifs et Samaritains ne sera véritablement consommée que lorsque Jean Hyrcan, le roi de Jérusalem, s'attaquera à Sichem et détruira le Temple du Garizim (107 av. J.-C.).

En l’an 6 de notre ère, les Samaritains s’accorderont pourtant avec les Juifs pour envoyer des émissai­res demander à l'empereur de Rome la destitution du roi Archelaüs, successeur d’Hérode le Grand. En 67, lors de la guerre juive, certains d’entre eux, aux dires de l’historien Flavius Josèphe, se rassemble­ront sur le mont Garizim, "dans la perspective d’une révolte". Le commandant de la cinquième légion en viendra à bout le 15 juillet 67 "et les tuera tous, au nombre de 11600" (La Guerre des Juifs, livre 3, lignes 307 à 315).

Attachés au Pentateuque 

À l'époque du Christ, les  Samaritains considéraient que seule la Torah (ou Pentateuque, c'est-à-dire les cinq premiers livres de la Bible) faisait autorité : venant de Moïse, elle était pour eux le seul texte normatif. Fidèles à la Loi de Moïse, les Samaritains pratiquaient la circoncision le huitième jour et observaient de manière scrupuleuse le shabbat. Ils célébraient les fêtes de pèlerinage sur le mont Garizim où ils immolaient les agneaux de la Pâque. Au IIIe siècle ap. J.-C., Origène note que les Samaritains niaient la résurrection des morts, une croyance qu’ils n’accueilleront qu’au IVe siècle. Ces divers aspects de la foi sont de nos jours encore portés et vécus par une poignée de croyants.


© Service Biblique Catholique Evangile et Vie. Pierre Debergé.

 

 

 

QUATRIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

(TROISIÈME APRES PÂQUES)

DIMANCHE DU PARALYTIQUE DE BETHESDA

Le Christ ne passe jamais dans un lieu par hasard. St Jean nous explique comment cela se passait : de temps en temps, périodiquement, les eaux « bouillonnaient » parce qu’un ange de Dieu y descendait et le premier qui parvenait à se plonger dans cette eau vive était guéri « quelle que fût sa maladie ». C’était un lieu de guérisons miraculeuses, comme il y en avait un certain nombre dans l’Empire romain et dans le monde antique. Il est intéressant de noter que l’explication donnée par St Jean vient évidemment du Christ Lui-même. Le Seigneur nous révèle le travail angélique : les anges, serviteurs et messagers de Dieu, sont à l’œuvre constamment dans le monde. Comme leur Seigneur et Maître, la Divine Trinité, ils ne cessent pas d’œuvrer. Ici, en l’occurrence, leur action est thérapeutique. Le fait est intéressant aussi par rapport à la Pentecôte : de l’eau qui, en principe, est stagnante, puisqu’elle ne se trouve pas dans un fleuve, et qui se met à bouillonner subitement, est une eau agitée par de l’air, c’est-à-dire une eau vive. Ce sont deux symboles du Saint-Esprit, parce que l’air et l’eau sont insaisissables, comme l’Esprit, et qu’ils sont vitaux, comme l’Esprit qui donne la vie. C’est d’ailleurs l’expression même utilisée par le Christ pour annoncer l’Esprit-Saint lorsqu’il parle avec la Samaritaine4. L’Esprit est à l’œuvre dans la Maison de la miséricorde, c’est-à-dire dans l’Eglise. C’est Lui qui nous guérit de toutes nos maladies et infirmités.

Un autre aspect remarquable est le comportement du Seigneur, qui agit d’une façon souverainement libre, en dehors de toutes conventions et stéréotypes. Il se trouve, Lui le créateur de toutes choses, au milieu de cette foule de malades, qui représente l’humanité vouée à la mort. Et dans cette foule, Il a vu un homme. Cet homme est paralysé depuis 38 ans, ce qui est une véritable horreur. La paralysie réduit l’homme à une impuissance totale, à une dépendance complète : c’est une image forte de l’action des démons qui amoindrissent l’homme et le réduisent à rien. Le Christ a vu que cet homme ne pouvait pas, par lui-même, atteindre l’eau salutaire. Alors l’eau va venir jusqu’à lui, dans la personne du Christ. Chaque malade dans le monde peut se dire : peut-être Dieu passera-t-il sur mon chemin : Il me verra et Il aura compassion.

Mais le Seigneur nous donne un autre enseignement dans Son rapport avec ce malade, cette personne souffrante. Il lui dit cette parole étonnante : « veux-tu être guéri ? » Qu’on ne s’y méprenne pas : il ne s’agit pas d’une formule polie ou convenue. Tous les malades rassemblés autour de cette piscine désiraient être guéris. Mais la parole du Christ a une toute autre dimension. Elle est théologique : parole du Créateur à Sa créature, parole qui sort de la bouche du Verbe de Dieu. Tu as introduit librement dans le monde la maladie, la souffrance et la mort. Maintenant que tu as fait cette expérience terrible, veux-tu changer ? Veux-tu ressembler à ton Créateur ou continuer ta descente vers l’abîme ? Le Christ met l’homme devant sa responsabilité. La guérison n’est pas seulement un état de fait, une circonstance, elle suppose un changement complet de l’être, un retournement des valeurs. Beaucoup de gens voudraient bien être guéris, mais sans rien changer à leur vie, à leur comportement, à leur être. Dans ce cas, la guérison ne peut être que superficielle et de courte durée. D’ailleurs le Christ dira un peu plus tard à l’homme guéri : « Ne pèche plus,  de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire ».

Le Paralytique explique l’impossibilité dans laquelle il se trouve. Le Seigneur a compassion et Il le guérit aussitôt. Ce n’est plus seulement l’image symbolique du Saint Esprit qu’est l’eau mise en mouvement par l’ange qui guérit le paralytique, mais c’est le Saint-Esprit Lui-même par la personne du Christ, le Saint-Esprit qui remplit et sanctifie la nature humaine de Jésus. En un clin d’œil ce malade a reçu plus que tous les malades guéris à Béthesda depuis les origines : la guérison extérieure et intérieure, donnée par Dieu Lui-même et non par le ministère d’un ange. (extrait d'une homélie du Père Noël Tanazacq)

TROISIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

(DEUXIÈME APRES PÂQUES)

DIMANCHE DES MYRROPHORES ET DU JUSTE JOSEPH D’ARIMATHIE

 

 

Très chers Pères, frères et sœurs,

Christ est ressuscité !

 

Nous continuons notre marche vers la Pentecôte. On peut noter que le dimanche de Thomas et celui-ci sont un prolongement de la Pâque, de ses conséquences, alors que les trois qui suivront (du Paralytique, de la Samaritaine et de l’Aveugle de naissance) préparent à la Pentecôte.

Les quatre Évangélistes citent le personnage de Joseph d’Arimathie :

Les Évangiles

La traduction utilisée ici est celle du chanoine Augustin Crampon, Desclée et Cie, 1923.

Évangile selon Marc 15

·                    42. Le soir étant déjà venu, comme c'était Préparation, c'est-à-dire veille du sabbat,

·                    43. vint Joseph d'Arimathie, membre honoré du grand conseil, qui attendait, lui aussi, le royaume de Dieu. Il alla hardiment auprès de Pilate pour demander le corps de Jésus.

·                    44. Mais Pilate s'étonna qu'il fût déjà mort, fit venir le centurion, et lui demanda s'il y avait longtemps qu'il était mort.

·                    45. Renseigné par le centurion, il accorda le cadavre à Joseph.

·                    46. Ayant acheté un linceul, il le descendit, l'enveloppa dans le linceul, le déposa dans un sépulcre qui avait été taillé dans le roc, et il roula une pierre à l'entrée du sépulcre.

·                    47. Or Marie la Magdaléenne et Marie, mère de José, observaient où il était déposé.

Évangile selon Matthieu 2

·                    57. Le soir venu, vint un homme riche d'Arimathie, nommé Joseph, qui lui aussi était devenu disciple de Jésus.

·                    58. Il alla trouver Pilate pour lui demander le corps de Jésus ; Pilate alors ordonna qu'on le lui remît.

·                    59. Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc,

·                    60. et le déposa dans son sépulcre neuf, qu'il avait fait tailler dans le roc ; puis, ayant roulé une grosse pierre à l'entrée du sépulcre, il s'en alla.

·                    61. Or Marie la Magdaléenne et l'autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.

Évangile selon Luc 23

·                    50. Et alors un homme, nommé Joseph, qui était membre du conseil, homme bon et juste,

·                    51. — il n'avait pas donné son assentiment à leur résolution ni à leur acte —, d'Arimathie, ville juive, qui attendait le royaume de Dieu,

·                    52. cet (homme) alla trouver Pilate pour lui demander le corps de Jésus ;

·                    53. il le descendit, l'enveloppa d'un linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n'avait encore été mis.

·                    54. C'était le jour de Préparation, et le sabbat commençait.

·                    55. Ayant suivi (Joseph), les femmes qui étaient venues de la Galilée avec (Jésus) considérèrent le sépulcre et comment son corps (y) avait été déposé.

·                    56. S'en étant retournées, elles préparèrent des aromates et des parfums ; et, pendant le sabbat, elles demeurèrent en repos, selon le précepte.

Évangile selon Jean 19

·                    38. Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate d'enlever le corps de Jésus, et Pilate le permit. Il vint donc et enleva son corps.

·                    39. Nicodème, qui précédemment était venu vers lui de nuit, vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d'aloès, environ cent livres.

·                    40. Ils prirent donc le corps de Jésus et l'entourèrent de bandelettes avec les aromates, selon la manière d'ensevelir en usage chez les Juifs.

·                    41. Or, au lieu où il avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne n'avait encore été mis.

·                    42. C'est là, à raison de la Préparation des Juifs, le sépulcre étant proche, qu'ils mirent Jésus.

Les heures monastiques marquent le temps qui est présenté ici. A Sexte (midi, soit la 6ème heure du jour) le Christ est crucifié, et Il meurt sur la Croix à la 9ème heure du jour qui correspond à None (15h aujourd’hui). C’est donc après trois heures d’agonie que le Christ meurt, et il reste donc trois heures pour aller demander le corps du Seigneur, le descendre de la Croix, l’embaumer a minima et le déposer dans le tombeau de Joseph. En effet, le sabbat commence vers 18h d’aujourd’hui, et nul ne pourra plus accomplir un travail après cette heure. Cette mission que va accomplir Joseph d’Arimathie est restée magistrale dans l’esprit de tous les croyants, car ainsi « aucun de ses os ne fut brisé » et Jésus reçoit une sépulture.

Nous disons toujours ces paroles des Evangiles lorsqu’à la Grande Entrée, après avoir déposé les Saints Dons sur l’autel, le célébrant dit en posant le grand voile (aer) :

Le noble Joseph descendit de la Croix ton Corps très pur, l'enveloppa d'un linceul immaculé, et le déposa, couvert d'aromates, dans un sépulcre neuf.

 

Nous savons par Saint Jean que c’est Nicodème qui apporta les aromates.

Le personnage de Joseph d’Arimathie reste cependant mystérieux. Certains auteurs pensent qu’il s’agirait de Joseph, époux de Marie. D’autres en font le personnage central de la légende du Graal, Joseph d’Arimathie ayant conservé le calice ayant servi à la Cène, ou encore ayant récupéré dans ce calice un peu du sang du côté du Seigneur transpercé par la lance. Il serait ensuite parti pour la Grande Bretagne dans la région de Glastonbury, donnant ainsi naissance au cycle du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde…

Revenons aux Evangiles. Le Christ, selon le décompte de l’époque, meurt à la sixième heure. Or Adam fut créé le sixième jour, et c’est « à la brise du soir » que Dieu va constater la désobéissance d’Adam, là aussi à la sixième heure. On trouve cette prière dans l’heure de Sexte :

« Toi qui le sixième jour, à la sixième heure a cloué sur la Croix le péché qu’Adam avait commis, déchire aussi la liste de nos fautes Ô Christ Dieu et sauve nous. »

On peut aussi ajouter que le Christ est mort d’asphyxie (cause principale d’une mort sur une croix) car nos pères ont refusé le souffle de l’Esprit.

Le Christ est mort comme un malfaiteur, entre deux malfaiteurs, mais Il est ensevelit comme un Grand Prêtre, qu’Il est.

Ce dimanche met en relief trois femmes, les myrrophores, les trois Maries. Il y a donc :

-          Marie de Magdala, celle dont Jésus chassa les démons et qui versa du parfum sur sa tête et ses pieds ;

-          Marie Jacobé, mère de Jacques le Mineur et de Josi ;

-          Marie Salomé, Mère de Jacques le Majeur et de Jean (les fils de Zébédé) ;

On peut faire ici une parenthèse concernant les Jacques de l’Evangile, qui en fait sont au nombre de cinq.

Jacques se dit en hébreu Iakobou, Judas, Ïouda et Jude, Ïehod. En grec, Jacques se dit Iakobos, alors que Jude et Judas se disent indistinctement Ioudas. Tous ces noms sont des dérivés de Jacob, mais nous pouvons clairement distinguer Jacques de Jude ou de Judas. Il y a, effectivement cinq Jacques dans le Nouveau Testament : Jacques, le fils de Zébédée (dont nous parlent souvent les Évangiles) appelé par la tradition Jacques le Majeur; Jacques le Mineur (Mc 15,40); Jacques le fils d'Alphée (Mt 10,3); Jacques le « frère du Seigneur » (Ga 1,19) et Jacques (le père, le fils ou le frère) de l'un des Douze appelé Judas (Lc 6,16; Ac 1,13). (interbible.org, de Yolande Gérard, bibliste)

Alors ces femmes vont faire trois choses remarquables, honneur de l’humanité.

-          respecter le sabbat, malgré (ou à cause) de leur amour pour Jésus et leur volonté de rendre hommage à son corps ;

-          partir (rappelez-vous, Dieu demande toujours de partir,…. Par exemple pour Abraham, les prophètes,…) et de risquer de tomber sur la soldatesque ;

-          être confiantes – qui nous roulera la pierre ? – et venir visiter un mort ;

Elles accomplissent un acte gratuit d’amour, et sont les Apôtres des Apôtres. Marie signifie « amante de la lumière ».

 

 

Saint Grégoire Palamas dans une homélie jointe démontre que « l’autre Marie » qui apparaît dans les Evangiles est en fait Marie, la Mère du Seigneur et que c’est à elle seule que fut révélée en premier la résurrection de Son Fils.

Deuxième Dimanche de Pâques

Dimanche de Thomas

 

Christ est ressuscité !

 

La semaine Lumineuse est comme un seul jour, le huitième jour qui est introduit par la résurrection du Christ, jour de la lumière permanente, figuration du Royaume.

Nous allons donc cheminer vers la Pentecôte et y recevoir l’Esprit. Le Christ a dit à ses disciples :

Jean 16 

7. -Cependant je vous dis la vérité : c'est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l'enverrai.

Et ceci est a rapprocher de ce cri de Jésus sur la Croix :

Luc 23 

46. -et, jetant un grand cri, Jésus dit : « Père, en tes mains je remets mon esprit. » Ayant dit cela, il expira.

Désormais, l’Esprit vient de la part du Père, par le Fils.

Revenons à la nuit de Pâques, et à l’Evangile selon Saint Marc que nous lisons à la porte de l’église :

Marc 16

5. -Étant entrées dans le tombeau, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de stupeur.

6. -Mais il leur dit : « Ne vous effrayez pas. C'est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié : il est ressuscité, il n'est pas ici. Voici le lieu où on l'avait mis.

7. -Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée : c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit. »

8. -Elles sortirent et s'enfuirent du tombeau, parce qu'elles étaient toutes tremblantes et hors d'elles-mêmes. Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

La peur semble dominer chez ces femmes qui suivirent fidèlement Jésus tout au long de sa vie. C’est l’Apôtre Saint Jean qui à travers toutes ces femmes (Marie d’abord, puis la Samaritaine, Marthe, l’autre Marie, …) va délivrer un message aux premières communautés chrétiennes qui, déjà, rédigeaient des règles contraignantes pour les femmes. Saint Jean, en écrivant sur Marthe dira qu’elle « fait le service » lors de l’onction à Béthanie et il utilisera le terme DIAKONEIM, qui sera à l’origine du diaconat, donc du service. Pour Saint Jean, les premiers diacres sont ces femmes.

Saint Jean ensuite parle de Marthe qui retourne seule au Tombeau :

Jean 20 

11. -Marie se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Or, tout en pleurant, elle se pencha vers l'intérieur du tombeau

12. -et elle voit deux anges, en vêtements blancs, assis là où avait reposé le corps de Jésus, l'un à la tête et l'autre aux pieds.

Cette présence des deux anges rappelle les chérubins sculptés sur l’Arche d’Alliance et que nous symbolisons par la présence des ripida de part et d’autre de l’autel.

Saint Matthieu parle d’un ange assis sur la pierre, image de l’autorité qui a été conférée à Pierre (« Tu es Pierre… »)

Pour revenir à Saint Jean, dont l’Evangile est hautement symbolique, Marie ne sait pas où on a mis le corps de Jésus. Mais à Cana, le maître de maison ne sait pas d’où vient le vin ; la Samaritaine ne sais pas le don de Dieu. De même, les disciples demandent à Jésus au début de sa mission « où demeures-tu » et plus tard « nous ne savons pas où tu vas ». Ceci pour faire remarquer que dans son incarnation, le Christ garde une maîtrise absolue du temps et de l’espace, bien qu’il s’y soumette. Et une fois ressuscité, Il se fait reconnaître selon sa volonté : par la parole, la voix, Lui qui est le Verbe fait chair.

Et Jésus se présente le soir auprès de ses disciples, et Saint Jean utilise les mots qui signifient « Il se rend visible ». Alors Jésus souffle sur ses disciples en leur confiant la mission qui va les envoyer dans le monde, et le pouvoir de lier ou délier les péchés. Saint Jean pour le mot souffle utilise le mot EMPHYSÂN, utilisé seulement deux autres fois dans l’Ecriture : quand Dieu « souffle » l’esprit de vie dans les narines d’Adam, et dans Ezéchiel, lu le vendredi saint, quand les ossements sont rendus à la vie par le souffle de l’Esprit.

Saint Jean, qui reposait sur la poitrine du Verbe, reçoit les profondeurs de la Théologie, lui le disciple de la vue, de la vision de l’aigle, qui voit avec fulgurance au-delà du matériel. Saint Thomas, c’est le toucher, ce que l’on résume dans l’Eglise par l’économie. Thomas doit se convaincre humainement pour croire. C’est un croyant. Mais il nous faut aller vers Saint Jean qui lui nous mène vers la foi véritable.

Pour en revenir à l’Evangile du dimanche de Thomas, ce dernier peut « toucher » littéralement du doigt la réalité de la résurrection. Mais pourquoi ce corps garde-t-il les signes de la Passion ? Certainement pas pour réclamer vengeance, celui qui sur la Croix a demandé le pardon du Père pour ses bourreaux. Non, mais pour que nous nous souvenions :

-          quand nous voyons les épines percer Sa tête, demandons que nos pensées soient purifiées ;

-          quand sa bouche garde le goût du vinaigre et du fiel, demandons que nos paroles soient purifiées et parler avec amour et douceur à nos frères et sœurs ;

-          quand nous voyons ses mains percées par les clous, pensons à ne pas élever nos mains en des actes inconvenants, impurs ;

-          quand nous voyons ses pieds percés, pensons à ne pas diriger nos pas vers des lieux contraires à notre foi ;

-          enfin, quand nous voyons son côté ouvert jusqu’au cœur, pensons sans cesse à cette eau qui s’en est écoulée pour notre baptême, à ce sang qui est celui de notre sainte communion à Lui pour la vie éternelle et la rémission de nos péchés.

Pensons donc à Eve, issue du côté d’Adam, et à l’Eglise, issue du côté du Christ, et nous rappelant de confesser le foi orthodoxe en Jésus-Christ ressuscité.

Amen