Accueil de saint Maurille à Angers par l'évêque d'Angers son prédécesseur (détail). Cathédrale Saint-Maurice d'Angers.
Accueil de saint Maurille à Angers par l'évêque d'Angers son prédécesseur (détail). Cathédrale Saint-Maurice d'Angers.

En France, la fête la Nativité de Marie porta longtemps le titre de Notre-Dame Angevine, rappelant que la Vierge Marie, apparut, en 430, près de Saint-Florent, au saint évêque Maurille d’Angers pour lui demander l’institution de la fête de sa Nativité . Avec le concours efficace du roi Robert le Pieux, Fulbert, évêque de Chartres (+1028) contribua beaucoup à introduire la fête de la Nativité de la sainte Vierge dans le nord du Royaume ; la nuit même de cette fête, sa cathédrale ayant été détruite par un incendie, il jeta les fondements de celle que nous connaissons aujourd’hui, dédiée à la Nativité de Notre-Dame.

Homélie prononcée par le père Jean Breck, le 29 octobre 2000, à la Crypte

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Amen.

Chers amis, cet Évangile que nous venons d'entendre, cet Évangile qui nous invite à aimer nos ennemis, nous invite en même temps à entrer, à pénétrer, dans tout le mystère de la miséricorde divine. C'est un mystère qui comporte un appel "Aimez vos ennemis" dit Jésus, "Soyez miséricordieux, comme votre Père Céleste est miséricordieux". À travers l'ensemble de l'Ancien Testament, cette notion de la miséricorde de Dieu est exprimée par le terme de "hessed", ce mot signifie la fidélité absolue de Dieu à l'égard de l'Alliance qu'Il a établie avec Son peuple, Son peuple élu, Son peuple bien aimé. Alliance, commençant avec Abraham, passant par Moïse, renouvelée toujours par l'appel des prophètes. Alliance qui implique un engagement total des deux cotés.

Mais Israël se dresse encore et toujours contre cette alliance. Dans un esprit de refus, de révolte, refusant d'obéir à la loi de Dieu, refusant d'accepter la grâce et la miséricorde que Dieu cherche toujours à verser dans les cœurs, Israël tombe finalement dans l'idolâtrie et, en fin de compte, s'érige contre Dieu, en ennemi de Dieu.Dieu, bien sûr, porte jugement sur les comportements du peuple d'Israël, mais ce jugement est toujours profondément fondé sur l'amour, sur le désir de le faire revenir, changer d'avis, changer d'orientation, vers la repentance afin qu'il puisse être béni du pardon de Dieu. Revenir, c'est ça, le but c'est qu'Israël revienne. Et afin que ce retour soit achevé, petit à petit, Dieu révèle le fait que cette première alliance n'est qu'une promesse, une préparation à une autre alliance, bien plus importante, bien plus profonde, bien plus intime que le Père établit avec Son peuple dans la personne de Son Fils bien aimé. Et ainsi, le Fils éternel de Dieu entre dans ce monde, prend chair dans le sein de la Vierge Marie, mène Sa vie d'enfant et d'adulte, entame

Son enseignement, fait des guérisons, et achève, accomplit cette alliance nouvelle de la façon la plus sublime, la plus suprême, par Son sacrifice sur la croix. Israël, toujours comme métaphore de l'humanité tout entière, y compris de vous et de moi, Israël, de nouveau se dresse en ennemi devant Dieu et le rejette. Et malgré cela, les profondeurs de l'amour de Dieu s'expriment par le cri poussé par le Christ du haut de la croix et du fond de Son angoisse : "Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu'ils font." Israël s'érige en ennemi de Dieu. Mais il faut savoir que Dieu n'a pas d'ennemi. L'ennemi, c'est celui que nous percevons comme tel. D'une certaine façon, nous créons nos propres ennemis. L'ennemi, c'est celui qui me blesse, celui qui me met en cause, celui qui inspire chez moi une certaine jalousie, une certaine hostilité. Et cette hostilité est toujours enracinée dans la peur. Dieu n'est pas un Dieu de peur. Et Il nous appelle à dépasser cette peur afin d'aimer l'ennemi, afin d'assumer cette miséricorde profonde qui vient de Lui, pour embrasser celui qui aurait pu être notre ennemi et pour que la réconciliation soit de nouveau établie. Il est certes facile de dire tout cela, d'autant que notre plus grande tristesse, notre plus grande tragédie, c'est que l'ennemi que nous percevons comme tel est très souvent la personne que nous aimons le plus, celle ou celui avec lequel nous sommes le plus liés par une amitié et un amour vrai. Ce peut être un conjoint, un enfant, un parent, un frère, une sœur, ce peut être quelqu'un que nous côtoyons, un collègue de travail, un ami, mais il s'agit toujours d'une personne qui a pénétré dans notre espace, qui nous a blessé et a, par conséquent, suscité en nous cette réaction de rejet, comme Israël a rejeté le Dieu qui l'aime.

Et la question bien sûr, est toujours de savoir ce qu'il faut faire. Il s'agit d'une question profondément spirituelle qui touche non seulement notre vie familiale, mais aussi, bien sûr, ici, le milieu de la communauté paroissiale. Toutes les relations de notre vie peuvent tourner mal à cause d'une parole mal placée, à cause d'une jalousie provoquée, à cause d'une sorte de haine qui au milieu de notre vie d'amour, surgit. Alors quelque chose en nous est entièrement tordu, jeté dans le noir, et de nouveau, nous sommes en face de l'ennemi, même s'il s'agit de a personne que nous aimons.

Dieu n'a pas d'ennemi. Et pourquoi ? Tout simplement parce que Dieu a toujours la capacité de regarder au-delà du péché, au-delà de notre révolte, au-delà de notre laideur, afin de scruter les profondeurs de notre cœur. Dieu jette son regard dans notre cœur comme dans un miroir, et là, dans le silence de ce cœur intime, Il perçoit toute la beauté de Sa propre Face, de Son propre Visage. Et Il nous appelle à en faire autant.

Premièrement donc, il faut qu'il y ait chez nous une prise de conscience quasi continuelle, pour savoir qui est mon ennemi. Souvent nous vivons en couple, l'un avec l'autre, et, oui, ça va bien, il n'y a pas trop de mal, pas trop de peine, mais parfois il n'y a aucune communion, aucune communication entre conjoints. À la place, nous avons érigé un mur d'auto défense sur la base de tristes expériences passées. Et au fur et à mesure, pendant les années que nous passons ensemble, ce mur d'auto défense crée une rupture, crée des jalousies, et finalement crée des craintes. En face de ces craintes, notre réaction est de construire un nouveau mur d'hostilité qui nous sépare de l'autre, qui nous empêche d'embrasser l'autre et d'entrer avec lui dans une communion réelle. Voilà où nous en sommes. D'abord, la prise de conscience : quelle est mon attitude vis-à-vis de mon époux ou de mon épouse, vis-à-vis de mes enfants, de ceux qui m'entourent ? Où en est la miséricorde de Dieu dans tout cela ?

Mais une fois la prise de conscience faite, Il faut savoir qu'il y a un autre pas à franchir, un pas qui est peut-être le plus important et le plus difficile. Dans sa première épître, l'évangéliste saint Jean nous dit : "L'amour parfait bannit la crainte". Mais en moi, il n'y a pas cet amour parfait, alors que ferais-je ?

Une chose toute simple, tellement simple que cela nous paraît affreusement difficile : c'est de faire ce que le Christ fait toujours au cours de Sa mission terrestre, c'est de nous jeter à genoux devant Dieu et d'implorer que notre cœur de pierre soit transformé en un cœur de chair. C'est demander à Dieu qu'Il verse dans le fond notre cœur, par la grâce et la puissance de Son Esprit, cet amour qui vient de Lui, cet amour fidèle de l'alliance éternelle qui nous pénètre et qui à un niveau très profond de notre existence, transforme l'essentiel.

Aimer notre ennemi passe donc d'abord, par la prise de conscience d'où nous en sommes par rapport à l'autre, mais aussi par cette supplication adressée quotidiennement à Dieu pour implorer que notre amour soit le Sien, car tout ce que nous pouvons manifester comme miséricorde vient de Lui.

Et c'est dans cette optique-là, faisant cette expérience-là d'humilité et de simplicité devant Dieu, demandant cet amour jusque dans le fond de notre cœur, que nous pouvons arriver à une constatation : cette autre personne qui aurait pu être mon ennemi est, en réalité, digne d'un amour infini, cette personne est digne de toute ma compassion, cette personne est digne d'une miséricorde totalement gratuite et sans limite.

Amen.

 

Père Jean Breck

 

 

Le 1er octobre, nous célèbrerons saint Rémi évêque de Reims.

en 437, d’une famille gallo-romaine, patricienne, riche et cultivée, il reçoit une formation de fin lettré, mais se retire pour vivre en solitaire, or bien que n’ayant que vingt-deux ans seulement, en 459, on vient le chercher car il a été élu évêque par le clergé et les fidèles de l’Eglise de Reims. 

Dans cette Gaule romanisée, mais où l’empire romain s’écroule de toute part, l’évêque est non seulement un chef spirituel mais aussi un gouverneur civil, jouissant d’un grand prestige et d’un grand pouvoir dans son diocèse. Les historiens s’accordent pour affirmer que Remi exerce auprès du roi Clovis une influence persuasive énorme, dès son avènement, par des lettres, par des visites, par Clotilde, l’épouse chrétienne de Clovis qu’il conseille. Aussi lorsque Clovis décide de se convertir au Christ, c’est à Reims que le baptême a lieu et c’est saint Rémi qui le baptise, entouré par de nombreux évêques des Gaules. 

Saint Remi déclara alors : « Retire humblement tes colliers, (c’est-à-dire tes amulettes, tes faux dieux), fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. » Hors cette célèbre déclaration, il ne nous reste que quatre lettres de saint Rémi, mais elles nous donnent la substantifique moelle de la personnalité et de l’enseignement de celui-ci. Deux lettres au roi Clovis et deux lettres à des confrères évêques.

Dans la première il dit notamment au roi : « Ta bonté doit s’exercer de manière intègre et honnête. Que la justice sorte de ta bouche sans rien attendre des pauvres et des étrangers. ». En d’autres mots, il lui dit de ne pas chercher à faire plaisir pour t’attacher les gens, mais d’agir dans l’exact rapport de la justice et de la miséricorde ! Il lui dit aussi : « Rends courage, relève les affligés, nourris les orphelins… que ton prétoire soit ouvert à tous afin que personne ne s’en retourne triste. Tu possèdes certaines richesses paternelles avec lesquelles tu libéreras les prisonniers et tu délieras du joug de la servitude. » 

Dans la seconde lettre, saint Remi console le roi qui vient de perdre sa sœur : « Repousse de ton cœur la tristesse, réconforte tes membres grâce à un cœur joyeux. Sois toi-même le consolateur de ton âme en maintenant en toi la providence innée qui se trouve en elle, afin que la tristesse n’étouffe point la clarté en ton esprit. Quant à sa mort présente, comme nous devons le croire, le roi (c’est-à-dire Dieu) s’en réjouit dans le ciel. » 

Dans deux lettres qu’il envoie à des confrères évêques, nous retrouvons aussi le même équilibre de justice et de miséricorde. Dans l’une il défend les droits de son diocèse face à un jeune confrère ambitieux et peu respectueux du droit, et dans l’autre il appelle à la miséricorde les évêques de Paris, Sens et Auxerre, pour un homme qu’il a ordonné prêtre et qui a chuté, gravement, jusqu’au sacrilège. D’emblée il leur dit : « l’amour ne passe jamais » puis reprenant les paroles de son maître : « Je ne veux pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse et qu’il vive. ». Il les engage à ne pas négliger cette volonté du Seigneur et à s’en tenir, non point à la colère, mais au soin des hommes.

Saint Remi mourra à quatre-vingt-seize ans, le 13 janvier 533. Si vous le pouvez, passez donc par Reims et arrêtez-vous, pas à la cathédrale, mais à la basilique saint Remi, où sont ses reliques, il y est très présent comme il l’était autrefois et adressez-lui vos prières. Il vous entendra et il vous guidera.  

 

1 Octobre: FETE DE SAINT ROMAiN LE MELODE

 

St Romain le Mélode était originaire de Syrie et était sacristain de l’église SainteSophie de Constantinople. Peu lettré, il ne participait pas au chant liturgique lors de l’office. Une fois, lors de l’octave de la Nativité du Christ, alors que l’empereur était présent, les clercs l’obligèrent à monter sur l’ambon et à chanter. Cela peina profondément saint Romain, et il pleura longuement à l’issue de l’office, priant ardemment devant l’icône de la Mère de Dieu. La nuit même, Celle-ci lui apparut en vison et lui donna un parchemin, qu’elle lui ordonna de manger, ce qu’il fit. A son réveil, le saint ressentit en son cœur une joie spirituelle, et une illumination inhabituelle de son esprit. Venant à l’église, il monta sur l’ambon et chanta d’une voix douce le chant qu’il avait composé : « En ce jour la Vierge enfante Celui qui est transcendant », chant qui devint par la suite le kondakion de la Nativité du Christ. Tous furent en admiration devant la sagesse du sacristain illettré. St Romain devint diacre et s’endormit dans le Seigneur à la fin du Vème siècle, nous ayant laissé de nombreux offices. Des canons de S. Romain ont été traduits en français et édités dans la Collection « Sources et autres parties de l’office liturgique composé par lui. Les hymnes Chrétiennes » (Éd. du Cerf). St Jean de Changhaï († 1966) avait promulgué un décret selon lequel le jour de S. Romain le mélode était fixée la fête des chantres du diocèse d’Europe Occidentale. A la fin de la Liturgie, on devait leur chanter « ad multos annos ».