DIMANCHE 25 NOVEMBRE 2018

26° APRÈS LA PENTECÔTE ET 10° APRÈS LA CROIX

CLÔTURE DE LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION AU TEMPLE DE LA MÈRE DE DIEU

LE RICHE INSENSÉ

 

Frères et sœurs,

L’Evangile de ce jour, le riche insensé, est présent chez Saint Luc seul. Un homme, déjà riche, fait une excellente année de récolte. Il engrange son grain, construit des greniers supplémentaires et se dit en lui-même, cela est important, « tout va bien, faisons la fête » . Vous connaissez la suite, son âme lui sera redemandée la nuit suivante.

Le thème de la richesse et de l’homme riche est présent dans l’Ancien et le Nouveau testament.

Voici par exemple des hommes riches : Abraham, Isaac, Jacob, Ioakim (le mari de Suzanne, accusée de débauche par deux vieillards), Job, Joseph chez Pharaon, mais aussi dans les Evangiles, Joseph d’Arimatie, Nicodème, Zachée, et ceux qui n’ont pas de noms : le jeune homme riche à qui Jésus demande de vendre tous ses biens, le riche qui laisse Lazare à sa porte, celui de l’économe infidèle.

Dans l’Ancien Testament, avoir de la richesse était le signe que l’on plait à Dieu, que la richesse est un don de Dieu. Cependant, on trouve dans les Proverbes, les Psaumes, le Siracide des réflexions sur la malédiction de la richesse et des riches, les mauvais riches, riches et pauvres tantôt à égalité, tantôt l’un dominant sur l’autre, enfin les soucis et l’inutilité finale que procure la richesse.

Ainsi, dans l’Evangile, la richesse est invoquée non pas en soi, mais par rapport à celui qui la possède et l’usage qu’il en fait.

Pour comprendre pleinement ce passage de Saint Luc, il faut se rappeler que Jésus vient de faire un discours terrible sur les Scribes et les Pharisiens qui conservent et imposent la lettre de la Loi en ayant perdu l’esprit de la Loi et en s’enrichissant.

D’où la question posée par un homme de la foule à Jésus :

«  Maître dit à mon frère de partager avec moi l’héritage » à laquelle Jésus répond : « Qui m’a établi juge ou arbitre entre vous ? » qui sont les paroles qui furent adressées à Moïse lorsqu’il voulu sépare deux hommes qui se disputaient : « Qui t’a fait notre chef ou notre juge ? ».

La réponse de Jésus s’adresse d’abord au peuple qui l’entoure. A cette époque, les rabbins, les docteurs de la Loi, n’étaient pas que des chefs spirituels mais réglaient toute la vie d’Israël dans les moindres détails. Or Jésus n’est pas venu pour cela, Lui, le Fils de Dieu, le Fils Bien Aimé, mais pour révéler les pensées de Son Père, les Pensées du Père, et non pour régler nos affaires matérielles.

Si on y regarde de plus prés, on voit bien où se situe le problème de cet homme. Car avoir une bonne récolte n’est pas une faute ; avoir le soin de l’engranger correctement n’est pas une faute ; mais se dire en soi-même, je suis riche, j’ai ma récolte, mon grenier, je vais m’amuser désormais, là est la faute. D’abord de se dire à soi-même, ensuite de ne pas remercier Dieu de cette récolte, enfin de ne pas chercher à redistribuer en partie.

Cette parabole est extrêmement actuelle. Nous tenons notre vie sur terre des richesse, gratuites et données par Dieu, qu’elle nous donne : végétaux, animaux, minéraux, poissons, … Nous exploitons sans soucis de la redistribution juste, de la gestion de ce bien. Or si vous relisez le psaume 103, un des récits de la création, qui comporte 35 versets, un seul a trait à l’homme. Cette remarque pour dire notre place… Nous avons été assigné par le Créateur comme gérants de la Création, pour cultiver cette Terre, au propre et au figuré. La croissance et la multiplication ainsi que la domination assignés par Dieu à l’homme sur la Création sont d’abord de nature spirituelle. Dans la mesure ou nous croissons et nous multiplions selon l’Esprit que Dieu a mis en nous, notre domination est bienfaisante et nous autorise à redonner à Dieu Sa Création, magnifiée par nos soins. Seulement, après la chute, nous avons perdu ce sens spirituel que nous pouvons cependant acquérir par la vie en Christ. De fait, or cette vie en Christ, notre domination est destructrice et la Nature n’étant plus en relation avec nous suit ses propres lois, sans nous.

Ainsi avons-nous le choix face à ces richesses et nous, chrétiens orthodoxes, devons autant qu’il peut rester attentif au monde pour l’offrir selon nos modestes moyens à celui qui offre et qui est offert.

A Lui soit la gloire.

 

P. Philippe

DIMANCHE 24 JANVIER 2018

4° APRES PENTECOTE

LE FILS DU CENTURION

NAISSANCE DE SAINT JEAN BAPTISTE

PAROISSE DE L’ANNONCIATION A ANGERS

 

Cher Père, chers frères et sœurs

En ce dimanche et cette visite dans votre paroisse, je voudrai vous entretenir de deux sujets : Saint Jean Baptiste et le diaconat, puisque vous avez la chance d’avoir en la personne d’Emmanuel un diacre, récemment ordonné.

Il est habituel que nous fêtions les Saints le jour de leur naissance au ciel. Pour Saint Jean Baptiste, c’est le jour de sa naissance, car il fut déjà sanctifié dans le sein de sa mère avant sa naissance, lorsque Marie rendit visite à Elisabeth. Alors, nous disons que Saint Jean et le prophète et précurseur et baptiste.

-         prophète, car il va dire en voyant Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu qui prend le péché du monde. » et il est le plus grand des prophètes car il aura vu l’accomplissement de ce qu’il annonce, lui dont l’archange Gabriel a dit : « l’enfant qui va naître sera grand devant le Seigneur. »

-         précurseur, car il marche devant la face du Seigneur pour annoncer la proximité du Royaume

-         baptiste, non pas car il baptisait ceux qui venaient à lui, mais pour ce baptême unique qui lui fut confié, celui du Christ.

Nous savons que deux des disciples du Baptiste, André et Jean l’Evangéliste le quitteront et s’attacheront aux pas de Jésus.

Ce sont ces mêmes disciples, avec tous les autres qui vont vivre la Parole du Christ après la Pentecôte. Ils mettent en commun leurs biens, prient ensemble. Ce sont des Juifs convertis, des païens et des Juifs de la diaspora qui se sont hellénisés.

Comme vous le savez, va naître une revendication chez ces Juifs hellénisés : leurs veuves sont moins bien traitées que les autres. Etre veuve aux temps apostoliques est une malédiction. La femme n’existe que par rapport à une tutelle masculine, à savoir son père puis son mari. Elle n’a pas d’existence légale et ce sera une grande avancée due au christianisme de donner un statut aux femmes. Or les apôtres doivent se consacrer au ministère de la parole et ne peuvent régler tous les litiges. Donc ils demandent au peuple de choisir des hommes raisonnables à qui ils vont imposer les mains et qui seront diligentés pour réglementer les questions matérielles. Vous constatez qu’il y a une élection, c’est l’aspect humain, et l’imposition des mains, une transmission d’un charisme spirituel.

Ainsi sont instaurés les premiers diacres et c’est l’ordre majeur le plus ancien avec celui des évêques. Il n’ay a pas encore de prêtres. Ainsi les diacres sont liés à l’évêque et le décharge des questions matérielles. Ils ne peuvent ni bénir, ni offrir le sacrifice divin, n’étant pas non plus autonomes et doivent toujours demander avant de faire. Ils s’occupent des voyageurs, de l’assistance aux pauvres et aux infirmes, visitent les malades et signalent les malheureux à l’évêque.

Sur le plan de la liturgie, ils en sont le majordome :

-         ils reçoivent et préparent les offrandes

-         ils inscrivent et lisent les dyptiques

-         ils placent les fidèles et veillent sur eux

-         ils font les monitions (Debout, Soyez attentif…)

-         ils chantent les litanies et font la lecture

Dans certaines églises à la communion, l’évêque donne le Corps du Christ et le diacre présente le Calice aux fidèles. Enfin ils portent la communion aux malades, et aujourd’hui cette pratique ne se fait plus dans l’Eglise Russe mais a été conservée chez les Grecs par exemple.

Leur pouvoir est immense, certainement trop ce qui amènera des modifications au cours des siècles. Pour être bref, ils disparaîtront en Occident et seront pratiquement cantonnés à la liturgie en Orient. Notons qu’il a existé des diaconesses dés le temps apostolique comme le signale Saint Paul : « Je vous recommande Phoebe, notre sœur, qui est diaconesse de l’Eglise de Kenchrées ». Cet ordre sera perpétré pour les femmes en Occident jusqu’au Moyen Age.

Les Pères de l’Eglise comme Clément d’Alexandrie, Basile le Grand… en feront état. « La didascalie des Apôtres » aborde le rôle spécifique des hommes et des femmes. Le rôle des diaconesses est aussi lié au fait qu’il peut être plus facile d’envoyer une femme plutôt qu’un homme dans certaines circonstances.

Mais avec l’apparition des prêtres, munis des prérogatives de leur évêque, moins l’imposition des mains, le rôle des diacres diminue. Des règles nouvelles comme la confession avant la communion les prive de porter la communion. Ils préparaient aussi la prothèse.

De nos jours les diacres :

-         représentent le monde angélique

-         ils sont visibles mais transparents

-         comme les anges, ils circulent du Trône divin vers les missions qu’ils ont à accomplir

Les prêtres et les évêques ont une mission christique, différente.

Le diacre, enfin, est vêtu d’un sticharion (aube) qui est une tunique chez les diacres et qui est plus large chez les prêtres. Ils portent l’orarion (étole) longue bande de tissu portée sur l’épaule gauche. Chez les prêtres il s’agit de l’épitrachilion qui se met autour du cou et symbolise la grâce d’en haut, et les surmanches sont surtout un ornement de précaution pour éviter de renverser les saints dons avec des manches trop larges.

Le diacre montre tout ce qui se passe par le geste et la parole et parfume les fidèles (encens) de la grâce de Dieu. Il proclame l’Evangile et participe à la distribution de la communion.

Chérissez vos diacres et établissez avec lui une relation de confiance afin que tout se passe dans l’ordre.

A notre Seigneur la gloire.
Amen

 

P. Philippe

Homélie prononcée le 11 novembre 2018 pour la Fête de Saint Martin le Miséricordieux – Paroisse de Tours

 

Chers frères et sœurs,

Vous connaissez tous, au moins dans les grandes lignes, la vie de cet homme exemplaire dont nous célébrons en ce jour la mémoire. Je vais cependant reprendre quelques aspects de sa vie en m’arrêtant sur un trait essentiel de sa vie : son humilité.

Martin donc, fils d’un officier de l’armée Romaine est né à Sabaria en Pannonie, actuelle Hongrie, en 316, à la même date, pratiquement, que Saint Hilaire de Poitiers.

Martin est élevé dans sa patrie familiale, à Pavie en Italie. Il est alors reçu catéchumène à 10 ans.

Déjà, par obéissance, vertu des moines, il se soumet à son père et entre dans l’armée romaine. Il va y devenir officier. C’est au cours de ce service qu’à 18 ans, alors qu’il est en garnison dans la ville d’Amiens, qu’il va donner la moitié de son manteau, par compassion, à un pauvre mendiant mourant de froid. Et dans la nuit, il voit en rêve le Christ s’adressant à la multitude des anges l’entourant s’exclamer :

« Martin, encore catéchumène, m’a couvert de son manteau »

Baptisé, il quitte l’armée en 356, il a 40 ans.

Mais son humilité, il la manifestait déjà en tant qu’officier quand il se mettait lui-même au service de l’ordonnance qui lui était affecté, s’occupant de servir son serviteur.

Son humilité, il la manifeste encore lorsqu’il se précipite à Poitiers pour se mettre sous l’autorité d’Hilaire, qui lui conférera le ministère d’exorciste et lui donner sa bénédiction pour mener la vie solitaire du moine.

Martin manifeste aussi une attention filiale toute particulière pour ses parents qu’il tentera de convertir en se rendant à nouveau en Panonie. Il parviendra à rallier sa mère au christianisme, mais pas son père. Au cours de ce voyage, il constatera les troubles que crée l’hérésie aryenne.

Il partira ensuite en Italie mais sera chassé par l’évêque arien de Milan, Auxance.

Alors il retrouve Hilaire à Poitiers, celui-ci étant de retour d’exile et va mener la vie monastique pendant 10 ans, à Ligugé, qui sera le premier monastère d’Occident.

La suite vous la connaissez bien ici, à Tours. Les habitants de Tours réussissent à faire venir Martin chez eux et le choisissent comme évêque, malgré lui, en 371, il a 55 ans.

Là encore, il manifeste son humilité en refusant les honneurs dus à son rang, vivant simplement, jeûnant, priant. Il préfère s’installer dans le site retiré de Marmoutier, tout en assumant sa charge d’évêque et attirant à lui de nombreux disciples.

Son humilité est permanente : il donne ses vêtements (épisode de la sacristie) aux pauvres, manifeste patience et amour avec un disciple, Brice, qui se révolte contre lui et devient marchand d’esclaves !. Mais la patience de Martin viendra à bout de cette révolte.

Il prit en charge l’évangélisation des campagnes, encore éloignées de la Bonne Nouvelle, en formant des missionnaires. Jamais fatigué, il se rendra trois fois à Trèves chez l’empereur d’occident afin d’y défendre son peuple ainsi que des condamnés. C’est aussi au cours d’un voyage en Aquitaine qu’il guérira le futur Saint Paulin de Nole d’une maladie des yeux.

Enfin, à 81 ans, il se rend à Candé dans une de ses paroisses pour y réconcilier des clercs, et c’est là qu’il tombera malade et rendra son âme à Dieu.

On peut ici demander à Saint Martin, par la prière, de veiller à l’unité de nos Églises en ces temps troublés.

Alors, si Hilaire nous a laissé une œuvre magistrale et un enseignement, Martin , son disciple, n’a pas laissé d’écrits mais une œuvre pastorale unique. Ces deux hommes sont l’exemple de hiérarques manifestant l’enseignement et l’action ;

Saint Martin est pour nous en ce XXI siècle un modèle à suivre. Il a toujours été à l’écoute de son peuple, il a prit soin des humbles et sut parler aux puissants. Mais il a su faire preuve d’humanité en se penchant sur les plus faibles. Et aujourd'hui, notre XXI siècle est en train de rejeter le Dieu fait Homme pour notre salut au profit, si j’ose dire, de l’Homme dieu. Ceci a commencé certainement avec le siècle des Lumières, mais prend aujourd'hui forme chez des intellectuels des années 1960 jusqu’aux patrons des Entreprises numériques, dont la puissance d’argent et l’orgueil les mènent vers la génération d’un homme nouveau, centre d’une nouvelle religion qui n’échouera pas selon eux comme les autres, et garantira plus de bonheur, plus de jouissance, plus de vie…et la fin de la mort. On voit ici le mensonge que Satan avait fait à Adam et Eve au Paradis, leur promettant la vie éternelle et la divinisation, sans Dieu.

Cette philosophie s’appuis sur la techno science avec comme principe : puisque nous pouvons le faire (techniquement), faisons le ! Elle a aujourd'hui de nombreux adeptes, s’inscrit dans la droite ligne du Darwinisme, de arianisme et finalement de l’Eugénisme, volonté d’améliorer l’homme, et le nazisme en fut une expérience ! Or ce que ne disent pas ces « sciences », c’est qu’elles se fondent sur le déchet : déchet humain des sous-races, des inadaptés, des mal-formés (qui sont éliminés déjà aujourd'hui), des malades (suicide assisté) des trop vieux … Il convient dés lors de découpler la sexualité de la procréation, d’autoriser toutes les unions au nom d’un soi-disant amour… L’athéisme fait bien évidemment partie de cette panoplie de mort. Mais nous, chrétiens, qui connaissons la Vérité, sommes avertis :

«  Le mal se répandra à tel point que l’amour d’un grand nombre se refroidira » (Mat 24, 12 et ss)

Alors ce que nous montre Saint Martin, c’est la voie que nous enseigne le Christ dans l’Evangile de ce jour, où Il va guérir la fille du chef de la synagogue, Jaïre, et même la ressusciter, fille d’un homme puissant, et de la même manière, guérir cette humble femme qui touche son vêtement à son insu.

Dans nos modestes paroisses, cela signifie aider les plus faibles , accueillir les nouveaux, visiter les malades, les isolés, être un peu disponible. Ceci est notre mission à tous, car depuis notre baptême nous sommes tous Roi, Prêtre et Prophète.

Être prêtre, c’est réconcilier les hommes avec Dieu et eux-mêmes ;

Être prophète c’est annoncer la Bonne Nouvelle et la vivre ;

Être Roi c’est être au service des autres.

Que la paix de Notre Seigneur, par la prière de Saint Martin soit avec vous tous.

Amen

Père Philippe