Dimanche 18 novembre 2019-12-06 21° après Pentecôte et 8° après la CROIX - Paroisse de l'Annonciation à Angers

Le semeur (Luc VIII, 5-15)

 

Cher Père, frères et sœurs

Vous connaissez tous cette parabole du Semeur qui offre une particularité : c’est la seule parabole qui est expliquée par le Christ à ses disciples. Jésus en donne lui-même la raison : il fournit à ses disciples une clé de lecture afin qu’ils comprennent par la suite son enseignement. Saint Marc prête ces paroles à Jésus sur ce sujet :

« Vous ne comprenez pas cette parabole ? Alors, toutes les autres, comment les saurez-vous ? »

Mais cette explication il ne la donne qu’aux Douze car dit-il :

« A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu, mais les autres n’ont que des comparaisons, de sorte qu’ils voient sans voir et entendent sans comprendre. »

Jésus reprends ici un passage d’Isaïe lorsque le prophète voit le Seigneur sur un trône élevé et que les Séraphins crient Saint, Saint Saint et touchent les lèvres d’Isaïe en disant : Ceci a touché tes lèvres, ta faute est écartée et ton péché expié. » Saint Paul dans sa Lettre aux Thessaloniciens s’adressant aux pasteurs de l’Eglise naissante reprend ce thème de l’aveuglement de ceux qui ne veulent pas voir. Et Jésus va expliquer en quelles dispositions on peut se trouver face à la Parole de Dieu qui est semée dans le monde.

On peut résumer cela à quatre sortes d’âmes.

Le bord du chemin : il s’agit des âmes qui ne savent pas arrêter le vagabondage des pensées. Ce sont des âmes oisives. Satan s’empare de nos pensées et les éparpille. La lutte contre la dispersion des pensées commence en se forçant à se fixer sur une seule pensée et y revenir dés que commence le vagabondage. Il s’agit de fixer une pensée qui nous amène à avoir le désir ardent du Royaume et le diable n’aura pas prise. Ici est l’utilité et la beauté de la prière du cœur : Seigneur aie pitié de moi, pécheur.

 

Le sol pierreux : quand la lutte contre les pensées porte ses fruits, que les désirs inutiles sont maîtrisés, tenus à l’écart, que l’âme se calme, alors on peut devenir aride, sec, dur avec soi-même et les autres. Il convient ici de se livrer aux œuvres de charité, à la patience, aux cantiques, à tout ce qui peut briser le cœur endurci pour en faire un cœur de chair.

 

Les ronces : avec ce cœur à nouveau ouvert, nous ressentons la grâce divine et sommes une âme remplie de vie. Mais là aussi nous pouvons dévier vers les jouissances terrestres. Ici doit intervenir la sobriété, l’humilité, la simplicité.

Alors après toutes ces étapes nous pouvons réellement recevoir et faire fructifier la Parole. Nous sommes la bonne terre.

Ceci prend du temps ! C’est pourquoi l’annonce brutale des Mystères du Royaume de Dieu peut aveugler, endurcir. D’où les paroles du Seigneur : « Ils voient sans voir. »

Nous sommes certainement toutes ces âmes en même temps, en tout cas en un certain mouvement de l’une à l’autre au cours de notre existence.

Vous comprenez alors pourquoi la prière du cœur, pourquoi les chants, les prières, les offices, l’attention à l’autre, les périodes de jeûne. En ce début du carême de la Nativité, que cette période de préparation soit pour tous l’occasion de cultiver cette bonne terre, afin que la Parole mûrisse  dans la profondeur de notre cœur, comme l’est l’hiver pour le sol, ce printemps des profondeurs.

A notre Seigneur soit la gloire dans les siècles des siècles.

 

P. Philippe

Père Elie de Terrasson-Lavilledieu:Homélie pour le Dimanche des Palmes le 21 avril 2019, en relation avec l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris de ce lundi 15 avril.

Mes frères, nous fêtons aujourd’hui le dimanche des « Palmes », que l’on appelle en Occident « des Rameaux ». C’est pareil, bien évidemment. Cette fête nous fait entrer dans le merveilleux cycle de la « Grande Semaine » ou « Semaine sainte », que les fidèles catholiques ont vécu la semaine passée. Pour eux, aujourd’hui, c’est Pâques, la célébration solennelle de la Résurrection que nous atteindrons à notre tour dimanche prochain.

 

Les circonstances

 

Nous savons quelle tragédie les a frappés – et nous avec eux car ce drame est pleinement nôtre aussi - en début de semaine, ce lundi 15 avril 2019, avec le spectaculaire et horrible incendie de la cathédrale de Paris, Notre-Dame. Peu de personnes se sont montrées insensibles à ce drame qui touche le cœur de la France et celui de bien des Français, même de ceux qui ne se sentent pas concernés par le culte qui est rendu dans ce Temple depuis neuf siècles et plus, puisque l’actuelle cathédrale gothique avait été construite sur l’emplacement d’une autre église devenue trop petite et qui a été démolie pour se voir remplacée par le chef-d’œuvre que nous connaissons ! Notre prière monte vers Dieu à l’adresse de tout ce monde catholique en deuil, souvent éberlué, parfois anesthésié de douleur, mais rarement abattu. À notre prière s’ajoute notre amour sincère à l’égard de tous ceux qui aiment le Christ, et dont l’Église-mère en France est maintenant défigurée, envolée en fumée, même si des promesses généreuses – et pas toujours désintéressées – laissent espérer une reconstruction aussi rapide que possible.

 

Compassion sincère

 

Frères catholiques, avec vous nous souffrons, car Français, notre histoire est liée à la vôtre, notre histoire nous est commune et elle passe par Notre-Dame de France, elle s’y concrétise, s’y renouvelle, même si un schisme, plus vieux que la cathédrale brûlée, et plus tragique encore nous sépare, hélas ! En disant cela, je ne veux pas faire croire que nous sommes seulement troublés par la perte d’un immense patrimoine culturel et artistique. Bien sûr, oh combien nous y sommes sensibles aussi ! Oh combien nous constatons aussi avec joie, la référence qu’elle constitue pour des millions de visiteurs chaque année, qui, sans le savoir, côtoient la réalité de la Présence de Celle à laquelle est dédiée la cathédrale, Notre Sainte et Immaculée Souveraine la Mère de Dieu, et de Celui, Jésus-Christ, Dieu-Homme, dont tant de saintes Reliques sont des « révélations », des « épiphanies » régulièrement présentées au regard, à l’amour et à la vénération de ceux qui Le cherchent, même nichées dans le coq-girouette, Reliques qui bénissent au gré de l’orientation des vents la ville et tout le pays du haut de la fameuse flèche, et retrouvé quasi miraculeusement intact dans les décombres calcinés.

 

Les réactions et commentaires

 

Que n’entendons nous pas en ces jours d’après le cataclysme de feu, sur ce « patrimoine » artistique universel ! Nous ne le contestons pas, bien évidemment. La nuit même du sinistre, monsieur Mélanchon a fait sur ce sujet un très beau discours, argumenté, digne et émouvant. Il soulignait, à juste titre, comment l’architecture de cette cathédrale témoignait du savoir-faire technique audacieux des maîtres-d’œuvre de l’époque médiévale, du génie des hommes de l’art et de leur constance pour mener à bien une telle œuvre. La mise en application de techniques hardies pour remplacer l’épaisseur des murs par de la lumière, et élever les voûtes le plus haut possible vers la perfection. Il avait raison. D’autres y sont allés aussi de leurs discours émus et compatissants, tant cet accident a touché le cœur de tout homme de cœur ou de goût, bien au-delà des clivages de culture, de foi ou d’appartenance religieuse. À combien de personnes l’émotion n’a-t-elle pas tiré de larmes sincères, visibles ou intérieures, qu’il serait indécent de moquer ? La peine, le chagrin étaient visible sur de nombreux visages, de tous âges et de toutes origines. Nous sommes heureux de constater l’élan de solidarité mondial dans le but de restaurer, autant que faire se peut, ce « patrimoine de l’humanité ».

 

Vision chrétienne

 

Mais vous, Chrétiens, ces justes analyses vous suffisent-elles ? Un jour que des pharisiens et des sadducéens s’approchaient de Jésus, « Pour l’éprouver ils l’interrogèrent : qu’Il leur montre un signe du ciel ! Mais il leur répond et leur dit : ‘’ Le soir venu, vous dites : ‘ beau temps, car le ciel est rouge.’ Et le matin : ‘aujourd’hui, tempête : car le ciel rouge s’assombrit.’ La face du ciel, vous savez la discerner, mais les signes des temps, vous ne le pouvez pas ! Âge mauvais et adultère ! Il cherche un signe ! De signe, il ne lui sera pas donné, sinon le signe de Jonas ! (Évangile selon Matthieu 16,1-4).

 

L’incendie : « le signe de Jonas » ?

 

Eh bien voilà, l’incendie de lundi « met à l’épreuve » notre foi, et il n’y a pas à douter qu’il est « un signe ». Nous attendons donc des pasteurs les plus haut placés une interprétation de « ce signe ». De grâce, si nous croyons – et c’est la foi que nous a enseignée Jésus – que Dieu intervient dans le déroulement de la vie du monde et des personnes, élevons notre discernement pour appréhender ce signe, le comprendre, et in fine orienter notre vie en fonction du « signe de Jonas » qui nous est donné là, éclatant, en pleine lumière, sans rester rivés à une vision exclusivement humaniste ou affective de l’événement : une perte artistique et culturelle, une mémoire perdue, une coopération universelle pour un renouveau de l’édifice. Là n’est pas le plus profond.

 

Des interprétations haineuses

 

Il y a bien sûr des faux prophètes qui voient le signe de la fin des temps ; d’autres qui réalisent que la foi et la vie chrétiennes peuvent disparaître de notre pays ; d’autres encore y discernent un châtiment divin dû à nos iniquités personnelles ou nationales. « Rien de nouveau sous le soleil ! » Il y a longtemps que des forces anti-chrétiennes se liguent pour éradiquer la foi en Jésus, en notre Dieu-Homme, mort-ressuscité, siégeant en Gloire pour nous y prendre avec Lui. Il y en a qui s’en réjouissent et qui le disent !

Et alors ? Déjà, lors des grandes persécutions des quatre premiers siècles, les païens faisaient le jeu du pouvoir des Néron, des Dèce ou des Trajan pour effacer les traces des disciples de Ce Jésus, notre Dieu apparu parmi nous et toujours présent, quoique souvent invisible ! Ils applaudissaient hystériquement à leurs massacres dans les cirques et les amphithéâtres et jouissaient de leurs mise-à mort ! Et que faisaient les ardents chrétiens d’alors ? Se vengeaient-ils de leurs veules persécuteurs ? Réclamaient-ils justice ? Non, à l’école de leur Sauveur ils bénissaient ceux qui les persécutaient et priaient pour eux : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Évangile selon Luc 23,34) et les dernières paroles de saint Étienne lapidé et rendant son dernier souffle étaient : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » (Actes des Apôtres 7,60). C’est ainsi qu’à toutes les époques les chrétiens ont supporté quolibets et oppositions, critiques et persécutions et qu’ainsi ils ont appris ce qu’est le Royaume des Cieux, dont souvent nous avons une bien piètre image… Alors, même si l’on entend des paroles déplacées et pas très intelligentes, « Ce sont les p’tits blancs qui pleurent pour des bouts de bois » qu’est-ce que cela peut faire ? C’est un bien que ces personnes se déchargent de leur agressivité, voire de leur haine ; ces sentiments ne viennent pas d’elles, car elles ne savent pas ce qu’elles disent, mais ces sarcasmes sont inspirés par une Intelligence supérieure et maligne. Lorsque « Celui-ci » se manifeste, c’est qu« il est aux abois et qu’ « il » se déchaîne sentant que sa fin est proche.

 

Attaque satanique

 

Et justement, puisqu’on parle de « lui », des images qui nous étaient délivrées du sinistre restent en ma mémoire. Je pense tout particulièrement à cette photographie prise semble-t il par un drone, où l’on voit toute la charpente en feu, d’un rouge diabolique. Le journal satirique « Charlie Hebdo » ne s’y est pas trompé, lui : la signature de l’incendiaire apparaissait clairement. Et en même temps, il nous semblait, à la verticale, voir sur l’immense croix formée par la nef et les transepts le Corps rougi du Divin crucifié bouillonnant du sang qu’Il a versé pour nous !

En voyant les vidéos qui montraient la progression fulgurante – et curieuse, j’oserais dire étonnante même, des flammes, la colonne de feu embrasant la flèche qui se couchait sous nos yeux après une résistance héroïque quoique perdue d’avance, et heureusement, presque miraculeusement privée de ses quatre évangélistes et de ses douze Apôtres (dont Thomas-Viollet-le-Duc), en voyant tout cela donc, ces scènes et d’autres montraient en une sorte d’évidence, qu’une « intelligence supérieure » dirigeait, orientait, étendait, canalisait la sarabande infernale du feu, comme pour narguer avec ses crépitements ressemblants à des grincements de dents, les témoins du drame que d’aucuns ont voulu appeler péjorativement des « badauds » alors qu’ils étaient des « compatissants » sidérés. Mais surtout « Il » semblait braver la sainte Maîtresse des Lieux que les soi-disant « badauds » imploraient publiquement. Quel démenti pour tous ceux qui nous parlent d’abandon total de la foi chrétienne de la part du peuple français ! Tant de fois les saltimbanques médiévaux avaient mimé les « Mystères » divins sur le parvis de Notre-Dame, pour l’édification spirituelle des foules, tant de fois d’autres avaient présenté des simulacres blasphématoires de baptêmes ou d’autres saintes scènes théâtralisées… Mais là, devant nous, lundi soir, « Il » ne se déguisait même plus, croyant désespérément vaincre ainsi son Créateur et la Mère de Celui-ci, Notre Souveraine, Notre-Dame.

 

Apocalypse

 

La scène était apocalyptique. Nous savions cependant que dès le commencement de notre Sainte Histoire la Prophétie divine était connue de tous : « Je mettrai, disait Dieu au Tentateur, des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité (les démons) et sa postérité (le Verbe Incarné et ceux qui Lui sont attachés) : elle guettera ta tète (pour l’écraser), et toi, tu lui guettera son talon (mort provisoire de « son fils » ressuscité) (Livre de la Genèse 3,15).

L’Apocalypse selon saint Jean – dont nous sommes riches de plusieurs enluminures ou tapisseries, se déroulait sous nos yeux incrédules le grand combat entre la Femme et le Dragon (Apocalypse 12, 15),combat dans lequel ce Dragon n’a connu qu’un triomphe éphémère. Et cela a encore été le cas lors de cette grandiose représentation du « Mystère de Notre-Dame » sur le parvis en ce 15 avril 2019 : grâce à la prière spontanée de beaucoup – qui pour certains avaient oublié depuis longtemps de prier (j’en ai eu des témoignages…) – grâce à l’humble et héroïque dévouement des quatre cents pompiers engagés, et de leur aumônier, souvent à leurs risques et périls, pour lutter contre le fléau, le trésor sacré, - dont la Couronne d’épines de la Crucifixion achetée par Saint Louis à l’empereur de Constantinople - et les murs et les tours de la façade principale, ont résisté aux assauts dantesques du Malin. Quel devait être l’émotion intime de nombreux de ces héroïques pompiers lorsqu’ils tentaient de sauver l’édifice et ce qu’il contient. Nous ne le saurons sans doute jamais, mais Dieu l’a vu et nous les remercions !

 

La lumière dans les ténèbres

 

Et pendant ce temps, humblement, cachée derrière l’autel principal offert par Louis XIV et sculpté par Nicolas Coustou et qui ne sert plus, consécutivement aux réformes liturgiques de Vatican II, derrière la Piéta à laquelle est consacré ce temple, la Croix victorieuse du divin Mort-ressuscité brillait encore, seule dans la pénombre, malgré les brandons rougeoyants qui tombaient de la voûte béante. Et deux de nos rois, Louis XIII et Louis XIV toujours agenouillés en vénération devant le Mystère de la mort-résurrection sculptée. Quelle victoire, quel signe !!! Son éclat redisait : « Dans le monde vous aurez de la souffrance. Mais confiance : moi je suis vainqueur du monde ! » (Évangile selon Jean 16,33) selon ce qu’affirmait Jésus pour que Ses disciples soient dans la paix à travers toutes les épreuves qu’ils rencontreraient ! Il est vrai que cette victoire se réalisera en plénitude dans « Le Royaume qui vient», mais nous en percevons dès aujourd’hui les prémices, si nous savons lire les signes des temps, ceux dont nous parlions en commençant.

Le Président Macron, très dignement, sobrement et semble-t-il sincèrement, a promis de restaurer l’église Notre-Dame dans les cinq ans. Je crains qu’il ne soit un peu optimiste, mais qu’importe ; nous comptons sur sa promesse et sur sa détermination et nous l’en remercions non moins sincèrement. Tant d’églises souffrent en France, profanées ou délabrées, abandonnées, fermées ou dépouillées, voire vendues ou détruites, transformées en auditorium, salles d’expositions ou scènes chorégraphiques et pas toujours pour des œuvres d’art sain et sacré… Ce drame alertera-t-il les chrétiens et leurs pasteurs, dont le nombre se raréfie tragiquement, pour qu’ils n’abandonnent pas leurs églises et que les municipalités, qui en ont pris la possession à l’époque de la Grande Révolution française de 1789 les entretiennent efficacement ?

Oui, c’est un patrimoine qui crie encore d’actualité. Il n’y avait qu’à regarder et écouter, je l’ai déjà souligné, mais cela m’a frappé, tous ceux qui spontanément se sont mis à chanter des chants de foi, spontanément, pendant toute la durée de la « consumation » de la cathédrale ! Chantaient-ils seulement la « consumation » de la basilique, ou ne craignaient-ils pas de voir aussi dans cette basilique incandescente la métaphore de notre monde ? Je ne sais. Mais je sais combien ces prières, ces suppliques s’ancraient dans celles de tant de générations antérieures, confrontées elles aussi, subitement, à l’évidence de la fragilité de ce qui leur semblait indestructible ! Non la foi n’est pas perdue, elle ne demande qu’à surgir et à se manifester, si du moins l’esprit du temps lui laissait un peu de liberté d’expression, comme on la laisse à des religions qui ne sont pas de nos racines.

 

Reconstruction ?

 

 Le Président Macron a voulu que l’église, centre et âme de la France, soit restaurée en cinq ans ! Un peu avant lui, Jésus avait affirmé, au dire de ses détracteurs, : « Moi, je détruirai ce sanctuaire fait des mains et après trois jours j’en bâtirai un autre non fait par des mains. » (Évangile selon Marc 14, 58). Quand Il parlait du « sanctuaire fait par des mains », Il désignait le Temple de Jérusalem reconstruit par Hérode. Et lorsqu’Il parlait d’un « Sanctuaire non fait par des mains », Il parlait de Son corps, temple de la divinité qu’Il est par nature, qui devait mourir sur la croix et trois jours après ressusciter, comme cela s’est effectivement passé. Dans la destruction partielle de Notre-Dame se manifeste encore un « signe » pour nous chrétiens : Oui, les temples peuvent disparaître, on peut le regretter, mais tout ce qui est de la création est appelé un jour à disparaître ; seule la Vérité demeurera. Or La Vérité, c’est la réalité de l’union de Dieu et des hommes, en Christ, dans un mode nouveau de vie, hors matière et hors temps, dans ce qu’on appelle, faute de mieux et selon le vocabulaire de Jésus lui-même qui savait de quoi Il parlait : « le Royaume des Cieux ». Donc, ne craignons pas ceux qui peuvent détruire les sanctuaires construits par les hommes, car le véritable Sanctuaire est Jésus-ressuscité et éternellement Vivant, qui offre sa Vie éternellement à tous ceux qui l’acceptent, consciemment ou tacitement ! Que Notre-Dame de Paris soit détruite, ça nous fait mal ; que Jésus ait été crucifié, ça nous fait mal ; mais la vie éternelle nous est accordée dans le Sanctuaire céleste. Non, l’Eglise-Corps-du-Christ ne meurt jamais, elle est vivante pour la vie éternelle ! Édifiée sur la profession de foi de saint Pierre qui attestait, devant les statues du dieu païen Pan, à Césarée de Philippe, que Jésus « est le Christ, le Fils de Dieu Le vivant » Celui-ci promettait que « Les portes de l’enfer ne seront pas plus fortes que son Église ». (Évangile selon Matthieu 16,16 ; 18). 

 

Manifestation du « signe de Jonas

 

Et voilà le signe de Jonas que le Christ nous promettait et que j’ai évoqué précédemment, signe qui saute aux yeux de la foi. Qu’est-il donc ce fameux et mystérieux signe de Jonas ?

Dans l’Ancien Testament, selon le récit parabolique que la Bible nous en fait, Dieu voulait que Jonas aille prêcher le repentir aux habitants de Ninive, en Mésopotamie, sur les bords du Tigre. Mais lui, Jonas, n’y tenait pas trop et voulut fuir sa mission. Prenant un bateau pour une autre destination afin d’échapper à la volonté de Dieu, les circonstances l’ont condamné à être jeté dans la mer. Le « monstre marin » (non pas une baleine, mais le symbole des forces du malin, des abysses ténébreux et mortels) l’a portant rejeté vivant sur la rive du fleuve (la mer). Cette nouvelle vie après trois jours dans le ventre du « monstre marin » représente, prophétise, la résurrection après les trois jours que Jésus a passés au tombeau. De là Jonas est allé effectivement à Ninive et il a prophétisé quarante jours pendant lesquels les Ninivites devaient se repentir de leurs fautes avant que leur ville ne soit détruite. Et, contrairement aux craintes du prophète incrédule, les habitants se sont effectivement convertis et ainsi le Seigneur leur a pardonné et n’a pas détruit la ville.

Le « signe de Jonas » est donc celui du repentir fondé sur la foi en la mort-Résurrection de Jésus. C’est ce signe qui nous a été présenté ce lundi soir : par la Croix de Jésus, par l’Amour pour nous avec lequel Il a accepté de laisser détruire le « sanctuaire de son Corps » pour le rebâtir, si nous nous convertissons, en vérité. Il nous pardonnera toutes nos fautes et nous communiquera la Vie éternelle, c'est-à-dire la participation, par la Grâce, à Sa divinité. Il est donc urgent de nous convertir : il ne reste que « quarante jours » c'est-à-dire une durée de jours symboliques, certes, mais le temps approche.

 

Le repentir

 

Mais, mon Dieu, de quoi donc nous repentir ? À quoi nous convertir ? Vous avez entendu plus haut, Jésus qui apostrophait les pharisiens et les saducéens « Âge mauvais et adultère ! ». Il faut avoir le courage de prendre cette parole pour authentique et actuelle. Ce n’est pas du pessimisme, mais écoute de la Parole de Dieu ! Certes, nous ne sommes pas tous tombés dans l’adultère, encore que notre « civilisation » contemporaine mondiale nous pousse davantage à la trahison conjugale pour motifs de désirs individuels à assouvir, qu’à la fidélité à la parole donnée, à la communion exigeante et généreuse avec l’autre. Mais bref, là n’est pas en cet instant le fond de la question. « L’adultère » dans le langage biblique, n’est pas seulement la faute d’infidélité dans le mariage, mais l’abandon de Dieu au profit d’idoles qui ne sont pas Dieu ! C’est donc cela que Jésus stigmatise face aux pharisiens et aux sadducéens de l’Évangile. Or là, il nous est difficile de nous disculper ! Car nous abandonnons allègrement l’Église, c'est-à-dire le mode de vie qui sied à des disciples de Jésus ! « Croire » n’est pas seulement avoir une croyance en l’existence de Dieu, ou en un « au-delà », ou en un « être suprême » auquel nous devrions rendre des devoirs auxquels nous essayons de nous dérober. Nous convertir, c’est vivre de la connaissance de Jésus, de l’amour du Père et par la force de l’Esprit-Saint. Tout ceci est rendu possible par la pratique des « saints Mystères » que l’Église met à notre disposition, moyens divins et humains à la fois, qui nous initient à « la Vie du Royaume des Cieux ». Le Baptême qui dépose en nous les germes de la vie éternelle ; la Chrismation (confirmation) qui nous communique le Dynamisme vital pour développer la lente restauration de notre sanctuaire intérieur brûlé, calciné, défiguré par le feu dévorant des passions et de l’incrédulité, voire du désintérêt des « choses de Dieu » ; la Communion qui opère en nous un échange divin : Jésus Dieu-incarné (Dieu fait Homme, tout en restant Dieu quel mystère insondable !!!) adopte notre vie déchue par le péché, de la condition à laquelle Il nous avait destinés à la création, et Il nous communique Sa vie à Lui, pour faire de nous des hommes-déifiés (participant à la vie divine, comme le dit saint Pierre dans sa seconde Épître ( 1,4). Et les grands docteurs saint Athanase d’Alexandrie et saint Irénée de Lyon écriront : « Dieu s’est fait Homme afin que l’homme soit déifié » ; C’est cela la « sainteté » ! Le Mariage, qui manifeste aux yeux du monde, en l’union des époux, celle du Christ et de son Église.

 

Utilisation illicite des églises

 

Parfois, des événements nationaux se situent dans les églises dont ce n’est pas la vocation première ! Des dirigeants sans-Dieu le savent bien, qui répugnent à entrer dans nos églises pour ne pas donner l’impression de rendre un culte à ce Dieu qu’ils ne veulent pas reconnaître, ou qu’ils combattent. Ils sont honnêtes avec eux-mêmes, mais ils ne devraient pas imposer aux autres leur non-croyance, qui, dans le cadre du christianisme, sauf des cas de dérives injustifiables et en tous cas étrangers à la doctrine et à la morale des disciples du Christ, ne condamne personne et ne fait tout de même pas grand mal. Au contraire, les chrétiens supportent même la persécution avec silence, foi et patience à toutes les époques de l’histoire, sans se rebeller. Deux mille ans de patience ! Le christianisme n’est-il pas la religion la plus persécutée aujourd’hui dans le monde ? Des rapports officiels indépendants sont éloquents, et étouffés…

 

Signification des églises faites par des mains

 

Mais pourquoi, si ce n’est pas pour des motifs de « mémoire », de culture, de racines nationales, sommes-nous si attachés à nos églises, et pleurons-nous devant des bouts de bois qui se consument en un grand feu de joie ?

C’est que pour nous, une église, n’est pas seulement un lieu de culte, un lieu de rassemblement d’une « communauté » qui veut offrir à Dieu ses chants ou ses offrandes, un lieu dans lequel on veut se sentir unis et solidaires au moins le moment d’une célébration. Une église, c’est bien davantage : c’est le lieu de la rencontre consciente de l’homme et de Dieu. Non seulement par la prière individuelle, les supplications ou les actions de grâces des fidèles, la communication des saints Mystères (les « sacrements »), mais aussi par son architecture même et son iconographie qui montrent en paraboles (en symboles) la réalité - invisible autrement - de la Vie Céleste. Là, Dieu y manifeste Sa gloire, pour la rendre visible aux hommes pourtant pêcheurs, à travers mille signes (les symboles) et les chants de structure théologiques.

Quel dommage que désormais, depuis plusieurs décennies, l’autel Majeur (le « Maitre-Autel ») ne serve plus et se trouve remplacé par une table centrale ! Lorsqu’il nous « tournait le dos », le pasteur du troupeau du Christ, évêque ou prêtre, montrait la Voie et cheminait à la tête des Brebis du Troupeau vers l’Orient, la Lumière, L’aurore de la résurrection : Le Christ. Il se tourne maintenant vers nous, dans une attitude plus cléricaliste que jamais, parfois assis directement devant le Tabernacle du « saint Sacrement » dont il prend la place ou auquel il s’associe orgueilleusement. Il y a là une inversion du sens liturgique, un changement théologique : le Peuple de Dieu n’est plus en marche vers le Christ Lumière, « l’Orient des Orients », il se contemple lui-même et célèbre son unité en oubliant – sauf en paroles - Celui qui les unit ! Ainsi le décrivait aussi monsieur Mélanchon dans son hommage à Notre-Dame auquel je faisais allusion au début, qui constatait le changement de langage architectural entre ce que nous appelons l’art roman - mais l’art sacré arménien, géorgien, byzantin, copte, slave ont la même inspiration transfigurante - et l’art dit « gothique ». Par celui-ci, l’homme offre à Dieu ce qu’il a de plus grandiose, en l’occurrence une prouesse architecturale (serons-nous encore capables de concevoir et de réaliser une œuvre semblable ?). Auparavant le temple chrétien manifestait la présence de Dieu, Sa descente vers les hommes. L’église était une chambre nuptiale qui abritait les épousailles de la divinité avec l’humanité. Qu’elle le reste ou qu’elle le redevienne !

 

Supplique aux restaurateurs

 

C’est pourquoi, Monsieur Macron et tous les responsables de la reconstruction de Notre-Dame, laissez-nous une église chrétienne ; que la hâte ne l’emporte pas sur le « sens » et le « signe », en nous livrant une architecture de salle polyvalente, d’écrin moderne pour des ruines figées et témoins d’un passé prestigieux, mais sans vie, ou quelque cage de verre, pyramidale ou autre. Car ce risque existe. Que ne peut-on inventer pour moquer, salir, défigurer ou pervertir, même par simple méconnaissance ? En « art sacré » chaque architecte-artiste n’est pas libre de jongler avec des symboles de son invention, fût-elle géniale. Il se doit d’exprimer par les formes et les couleurs la foi de l’Église et du peuple qui la constitue. Seuls des théologiens chrétiens et pratiquant cette foi, aidés bien sûr d’historiens de l’art, des gens d’expérience spirituelle et liturgique, peuvent comprendre, réaliser et reprendre l’œuvre commencée il y a neuf cents ans et aujourd’hui sinistrée. Laissez aux architectes musulmans la responsabilité de la conception de leurs mosquées, aux Juifs celle de leurs synagogues, aux bouddhistes de leurs temples, aux francs-maçons de leurs loges, mais donnez le même doit aux chrétiens. La République ne détient pas les critères requis pour édifier des sanctuaires où s’unissent le Ciel et la terre ; son rôle et sa fonction sont ailleurs. Des concours internationaux d’architectes non chrétiens non plus ! Nous vous en supplions, vous tous, responsables de la restauration de notre basilique, tenez bon dans les polémiques qui ne manqueront pas de se présenter à ce sujet et face aux exigences de ceux aux ordres de qui nous marchons. Il en va de la vie éternelle d’innombrables personnes et de la réputation que vous laisserez dans le Grand Livre de l’histoire. Vous êtes au carrefour de deux voies : transfigurer ou défigurer. Dieu vous jugera aussi là-dessus.

 

 

Conclusion

 

Donc, amis fidèles et orthodoxes, nous avons vu lundi « le signe de Jonas » qui nous invite à la conversion du cœur et des mœurs, au retour à la foi en Jésus-Christ Dieu-Homme, à l’attente du « Royaume qui n’est pas de ce monde » ainsi qu’à la conscience de l’intervention dans Dieu dans la vie des hommes et des peuples.

Par cette tragédie humaine qui a bouleversé le monde entier, Dieu et la Toute-Pure et Toute-Sainte Mère de Dieu, la « Théotokos », nous montrent qu’Ils ne nous abandonnent pas et nous donnent encore « quarante jours » symboliques, - je ne suis pas un prophète - pour nous convertir. En effet, ce n’est pas seulement une église en pierre qu’il faut d’abord reconstruire, elle tombera un jour, mais c’est le Sanctuaire du Corps auquel nous appartenons mystiquement et dont le Christ est la Tête, qu’il faut demander à Dieu de rétablir avec notre humble collaboration, synergie qui ne se nomme ni « piété » ni « morale », mais « foi » et conversion des mœurs à l’aune de la foi et des principes de mode de vie qui découlent de l’enseignement de Jésus, Paroles divines qui nous sont transmises par les Évangiles et que l’Esprit-Saint nous permet de comprendre et d’assimiler.

 

Épilogue

Et pour terminer, puisque nous avions décidé de commenter chaque dimanche de carême les épitres du jour, comment ne pas remarquer l’à-propos de celui d’aujourd’hui, que l’Eglise à placé à notre méditation pour nous encourager dans l’épreuve de la foi que constituent la Passion de notre Seigneur et son apparent silence à notre égard : « Réjouissez-vous, nous dit saint Paul comme aux Philippiens de son époque, réjouissez-vous toujours ! Je le dis encore une fois, réjouissez-vous !… Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien ; mais dans une prière continuelle et une supplication, que vos demandes soient présentées à Dieu avec actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, gardera vos cœurs et vos intelligences dans le Christ Jésus » (Épître aux Philippiens 4,4-5 ;6-7).

 

Aussi, nous jubilons avec les fils d’Israël dans le cortège splendide par lequel ils acclament Jésus et nous disons : « viens Seigneur Jésus !» (derniers mots du livre de l’Apocalypse selon Jean, 22,20). C’est dans cet esprit que nous allons prendre les branches de palmier et nos rameaux, comme nos amis catholiques ont pris dimanche dernier leurs rameaux de buis ou de laurier, et que nous allons accompagner triomphalement Jésus qui monte vers Sa ville, Jérusalem, afin d’y subir sa Passion dans une obéissance absolue envers Le Père éternel et un amour infini pour nous, pour nous élever avec Lui dans la gloire de l’Ascension quarante jours plus tard.

En serons-nous dignes comme les Ninivites du temps de Jonas ?

 

 

En Christ est notre unique espérance, et à Lui reviennent la Gloire, l’honneur et l’adoration, ainsi qu’à notre Père éternel et à l’Esprit Tout-Saint bon et vivificateur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen !

 

 

Monastère de la Transfiguration

Archimandrite Élie

Dimanche des palmes

21 avril 2019

 

 

DIMANCHE 25 NOVEMBRE 2018

26° APRÈS LA PENTECÔTE ET 10° APRÈS LA CROIX

CLÔTURE DE LA FÊTE DE LA PRÉSENTATION AU TEMPLE DE LA MÈRE DE DIEU

LE RICHE INSENSÉ

 

Frères et sœurs,

L’Evangile de ce jour, le riche insensé, est présent chez Saint Luc seul. Un homme, déjà riche, fait une excellente année de récolte. Il engrange son grain, construit des greniers supplémentaires et se dit en lui-même, cela est important, « tout va bien, faisons la fête » . Vous connaissez la suite, son âme lui sera redemandée la nuit suivante.

Le thème de la richesse et de l’homme riche est présent dans l’Ancien et le Nouveau testament.

Voici par exemple des hommes riches : Abraham, Isaac, Jacob, Ioakim (le mari de Suzanne, accusée de débauche par deux vieillards), Job, Joseph chez Pharaon, mais aussi dans les Evangiles, Joseph d’Arimatie, Nicodème, Zachée, et ceux qui n’ont pas de noms : le jeune homme riche à qui Jésus demande de vendre tous ses biens, le riche qui laisse Lazare à sa porte, celui de l’économe infidèle.

Dans l’Ancien Testament, avoir de la richesse était le signe que l’on plait à Dieu, que la richesse est un don de Dieu. Cependant, on trouve dans les Proverbes, les Psaumes, le Siracide des réflexions sur la malédiction de la richesse et des riches, les mauvais riches, riches et pauvres tantôt à égalité, tantôt l’un dominant sur l’autre, enfin les soucis et l’inutilité finale que procure la richesse.

Ainsi, dans l’Evangile, la richesse est invoquée non pas en soi, mais par rapport à celui qui la possède et l’usage qu’il en fait.

Pour comprendre pleinement ce passage de Saint Luc, il faut se rappeler que Jésus vient de faire un discours terrible sur les Scribes et les Pharisiens qui conservent et imposent la lettre de la Loi en ayant perdu l’esprit de la Loi et en s’enrichissant.

D’où la question posée par un homme de la foule à Jésus :

«  Maître dit à mon frère de partager avec moi l’héritage » à laquelle Jésus répond : « Qui m’a établi juge ou arbitre entre vous ? » qui sont les paroles qui furent adressées à Moïse lorsqu’il voulu sépare deux hommes qui se disputaient : « Qui t’a fait notre chef ou notre juge ? ».

La réponse de Jésus s’adresse d’abord au peuple qui l’entoure. A cette époque, les rabbins, les docteurs de la Loi, n’étaient pas que des chefs spirituels mais réglaient toute la vie d’Israël dans les moindres détails. Or Jésus n’est pas venu pour cela, Lui, le Fils de Dieu, le Fils Bien Aimé, mais pour révéler les pensées de Son Père, les Pensées du Père, et non pour régler nos affaires matérielles.

Si on y regarde de plus prés, on voit bien où se situe le problème de cet homme. Car avoir une bonne récolte n’est pas une faute ; avoir le soin de l’engranger correctement n’est pas une faute ; mais se dire en soi-même, je suis riche, j’ai ma récolte, mon grenier, je vais m’amuser désormais, là est la faute. D’abord de se dire à soi-même, ensuite de ne pas remercier Dieu de cette récolte, enfin de ne pas chercher à redistribuer en partie.

Cette parabole est extrêmement actuelle. Nous tenons notre vie sur terre des richesse, gratuites et données par Dieu, qu’elle nous donne : végétaux, animaux, minéraux, poissons, … Nous exploitons sans soucis de la redistribution juste, de la gestion de ce bien. Or si vous relisez le psaume 103, un des récits de la création, qui comporte 35 versets, un seul a trait à l’homme. Cette remarque pour dire notre place… Nous avons été assigné par le Créateur comme gérants de la Création, pour cultiver cette Terre, au propre et au figuré. La croissance et la multiplication ainsi que la domination assignés par Dieu à l’homme sur la Création sont d’abord de nature spirituelle. Dans la mesure ou nous croissons et nous multiplions selon l’Esprit que Dieu a mis en nous, notre domination est bienfaisante et nous autorise à redonner à Dieu Sa Création, magnifiée par nos soins. Seulement, après la chute, nous avons perdu ce sens spirituel que nous pouvons cependant acquérir par la vie en Christ. De fait, or cette vie en Christ, notre domination est destructrice et la Nature n’étant plus en relation avec nous suit ses propres lois, sans nous.

Ainsi avons-nous le choix face à ces richesses et nous, chrétiens orthodoxes, devons autant qu’il peut rester attentif au monde pour l’offrir selon nos modestes moyens à celui qui offre et qui est offert.

A Lui soit la gloire.

 

P. Philippe

DIMANCHE 24 JANVIER 2018

4° APRES PENTECOTE

LE FILS DU CENTURION

NAISSANCE DE SAINT JEAN BAPTISTE

PAROISSE DE L’ANNONCIATION A ANGERS

 

Cher Père, chers frères et sœurs

En ce dimanche et cette visite dans votre paroisse, je voudrai vous entretenir de deux sujets : Saint Jean Baptiste et le diaconat, puisque vous avez la chance d’avoir en la personne d’Emmanuel un diacre, récemment ordonné.

Il est habituel que nous fêtions les Saints le jour de leur naissance au ciel. Pour Saint Jean Baptiste, c’est le jour de sa naissance, car il fut déjà sanctifié dans le sein de sa mère avant sa naissance, lorsque Marie rendit visite à Elisabeth. Alors, nous disons que Saint Jean et le prophète et précurseur et baptiste.

-         prophète, car il va dire en voyant Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu qui prend le péché du monde. » et il est le plus grand des prophètes car il aura vu l’accomplissement de ce qu’il annonce, lui dont l’archange Gabriel a dit : « l’enfant qui va naître sera grand devant le Seigneur. »

-         précurseur, car il marche devant la face du Seigneur pour annoncer la proximité du Royaume

-         baptiste, non pas car il baptisait ceux qui venaient à lui, mais pour ce baptême unique qui lui fut confié, celui du Christ.

Nous savons que deux des disciples du Baptiste, André et Jean l’Evangéliste le quitteront et s’attacheront aux pas de Jésus.

Ce sont ces mêmes disciples, avec tous les autres qui vont vivre la Parole du Christ après la Pentecôte. Ils mettent en commun leurs biens, prient ensemble. Ce sont des Juifs convertis, des païens et des Juifs de la diaspora qui se sont hellénisés.

Comme vous le savez, va naître une revendication chez ces Juifs hellénisés : leurs veuves sont moins bien traitées que les autres. Etre veuve aux temps apostoliques est une malédiction. La femme n’existe que par rapport à une tutelle masculine, à savoir son père puis son mari. Elle n’a pas d’existence légale et ce sera une grande avancée due au christianisme de donner un statut aux femmes. Or les apôtres doivent se consacrer au ministère de la parole et ne peuvent régler tous les litiges. Donc ils demandent au peuple de choisir des hommes raisonnables à qui ils vont imposer les mains et qui seront diligentés pour réglementer les questions matérielles. Vous constatez qu’il y a une élection, c’est l’aspect humain, et l’imposition des mains, une transmission d’un charisme spirituel.

Ainsi sont instaurés les premiers diacres et c’est l’ordre majeur le plus ancien avec celui des évêques. Il n’ay a pas encore de prêtres. Ainsi les diacres sont liés à l’évêque et le décharge des questions matérielles. Ils ne peuvent ni bénir, ni offrir le sacrifice divin, n’étant pas non plus autonomes et doivent toujours demander avant de faire. Ils s’occupent des voyageurs, de l’assistance aux pauvres et aux infirmes, visitent les malades et signalent les malheureux à l’évêque.

Sur le plan de la liturgie, ils en sont le majordome :

-         ils reçoivent et préparent les offrandes

-         ils inscrivent et lisent les dyptiques

-         ils placent les fidèles et veillent sur eux

-         ils font les monitions (Debout, Soyez attentif…)

-         ils chantent les litanies et font la lecture

Dans certaines églises à la communion, l’évêque donne le Corps du Christ et le diacre présente le Calice aux fidèles. Enfin ils portent la communion aux malades, et aujourd’hui cette pratique ne se fait plus dans l’Eglise Russe mais a été conservée chez les Grecs par exemple.

Leur pouvoir est immense, certainement trop ce qui amènera des modifications au cours des siècles. Pour être bref, ils disparaîtront en Occident et seront pratiquement cantonnés à la liturgie en Orient. Notons qu’il a existé des diaconesses dés le temps apostolique comme le signale Saint Paul : « Je vous recommande Phoebe, notre sœur, qui est diaconesse de l’Eglise de Kenchrées ». Cet ordre sera perpétré pour les femmes en Occident jusqu’au Moyen Age.

Les Pères de l’Eglise comme Clément d’Alexandrie, Basile le Grand… en feront état. « La didascalie des Apôtres » aborde le rôle spécifique des hommes et des femmes. Le rôle des diaconesses est aussi lié au fait qu’il peut être plus facile d’envoyer une femme plutôt qu’un homme dans certaines circonstances.

Mais avec l’apparition des prêtres, munis des prérogatives de leur évêque, moins l’imposition des mains, le rôle des diacres diminue. Des règles nouvelles comme la confession avant la communion les prive de porter la communion. Ils préparaient aussi la prothèse.

De nos jours les diacres :

-         représentent le monde angélique

-         ils sont visibles mais transparents

-         comme les anges, ils circulent du Trône divin vers les missions qu’ils ont à accomplir

Les prêtres et les évêques ont une mission christique, différente.

Le diacre, enfin, est vêtu d’un sticharion (aube) qui est une tunique chez les diacres et qui est plus large chez les prêtres. Ils portent l’orarion (étole) longue bande de tissu portée sur l’épaule gauche. Chez les prêtres il s’agit de l’épitrachilion qui se met autour du cou et symbolise la grâce d’en haut, et les surmanches sont surtout un ornement de précaution pour éviter de renverser les saints dons avec des manches trop larges.

Le diacre montre tout ce qui se passe par le geste et la parole et parfume les fidèles (encens) de la grâce de Dieu. Il proclame l’Evangile et participe à la distribution de la communion.

Chérissez vos diacres et établissez avec lui une relation de confiance afin que tout se passe dans l’ordre.

A notre Seigneur la gloire.
Amen

 

P. Philippe

Homélie prononcée le 11 novembre 2018 pour la Fête de Saint Martin le Miséricordieux – Paroisse de Tours

 

Chers frères et sœurs,

Vous connaissez tous, au moins dans les grandes lignes, la vie de cet homme exemplaire dont nous célébrons en ce jour la mémoire. Je vais cependant reprendre quelques aspects de sa vie en m’arrêtant sur un trait essentiel de sa vie : son humilité.

Martin donc, fils d’un officier de l’armée Romaine est né à Sabaria en Pannonie, actuelle Hongrie, en 316, à la même date, pratiquement, que Saint Hilaire de Poitiers.

Martin est élevé dans sa patrie familiale, à Pavie en Italie. Il est alors reçu catéchumène à 10 ans.

Déjà, par obéissance, vertu des moines, il se soumet à son père et entre dans l’armée romaine. Il va y devenir officier. C’est au cours de ce service qu’à 18 ans, alors qu’il est en garnison dans la ville d’Amiens, qu’il va donner la moitié de son manteau, par compassion, à un pauvre mendiant mourant de froid. Et dans la nuit, il voit en rêve le Christ s’adressant à la multitude des anges l’entourant s’exclamer :

« Martin, encore catéchumène, m’a couvert de son manteau »

Baptisé, il quitte l’armée en 356, il a 40 ans.

Mais son humilité, il la manifestait déjà en tant qu’officier quand il se mettait lui-même au service de l’ordonnance qui lui était affecté, s’occupant de servir son serviteur.

Son humilité, il la manifeste encore lorsqu’il se précipite à Poitiers pour se mettre sous l’autorité d’Hilaire, qui lui conférera le ministère d’exorciste et lui donner sa bénédiction pour mener la vie solitaire du moine.

Martin manifeste aussi une attention filiale toute particulière pour ses parents qu’il tentera de convertir en se rendant à nouveau en Panonie. Il parviendra à rallier sa mère au christianisme, mais pas son père. Au cours de ce voyage, il constatera les troubles que crée l’hérésie aryenne.

Il partira ensuite en Italie mais sera chassé par l’évêque arien de Milan, Auxance.

Alors il retrouve Hilaire à Poitiers, celui-ci étant de retour d’exile et va mener la vie monastique pendant 10 ans, à Ligugé, qui sera le premier monastère d’Occident.

La suite vous la connaissez bien ici, à Tours. Les habitants de Tours réussissent à faire venir Martin chez eux et le choisissent comme évêque, malgré lui, en 371, il a 55 ans.

Là encore, il manifeste son humilité en refusant les honneurs dus à son rang, vivant simplement, jeûnant, priant. Il préfère s’installer dans le site retiré de Marmoutier, tout en assumant sa charge d’évêque et attirant à lui de nombreux disciples.

Son humilité est permanente : il donne ses vêtements (épisode de la sacristie) aux pauvres, manifeste patience et amour avec un disciple, Brice, qui se révolte contre lui et devient marchand d’esclaves !. Mais la patience de Martin viendra à bout de cette révolte.

Il prit en charge l’évangélisation des campagnes, encore éloignées de la Bonne Nouvelle, en formant des missionnaires. Jamais fatigué, il se rendra trois fois à Trèves chez l’empereur d’occident afin d’y défendre son peuple ainsi que des condamnés. C’est aussi au cours d’un voyage en Aquitaine qu’il guérira le futur Saint Paulin de Nole d’une maladie des yeux.

Enfin, à 81 ans, il se rend à Candé dans une de ses paroisses pour y réconcilier des clercs, et c’est là qu’il tombera malade et rendra son âme à Dieu.

On peut ici demander à Saint Martin, par la prière, de veiller à l’unité de nos Églises en ces temps troublés.

Alors, si Hilaire nous a laissé une œuvre magistrale et un enseignement, Martin , son disciple, n’a pas laissé d’écrits mais une œuvre pastorale unique. Ces deux hommes sont l’exemple de hiérarques manifestant l’enseignement et l’action ;

Saint Martin est pour nous en ce XXI siècle un modèle à suivre. Il a toujours été à l’écoute de son peuple, il a prit soin des humbles et sut parler aux puissants. Mais il a su faire preuve d’humanité en se penchant sur les plus faibles. Et aujourd'hui, notre XXI siècle est en train de rejeter le Dieu fait Homme pour notre salut au profit, si j’ose dire, de l’Homme dieu. Ceci a commencé certainement avec le siècle des Lumières, mais prend aujourd'hui forme chez des intellectuels des années 1960 jusqu’aux patrons des Entreprises numériques, dont la puissance d’argent et l’orgueil les mènent vers la génération d’un homme nouveau, centre d’une nouvelle religion qui n’échouera pas selon eux comme les autres, et garantira plus de bonheur, plus de jouissance, plus de vie…et la fin de la mort. On voit ici le mensonge que Satan avait fait à Adam et Eve au Paradis, leur promettant la vie éternelle et la divinisation, sans Dieu.

Cette philosophie s’appuis sur la techno science avec comme principe : puisque nous pouvons le faire (techniquement), faisons le ! Elle a aujourd'hui de nombreux adeptes, s’inscrit dans la droite ligne du Darwinisme, de arianisme et finalement de l’Eugénisme, volonté d’améliorer l’homme, et le nazisme en fut une expérience ! Or ce que ne disent pas ces « sciences », c’est qu’elles se fondent sur le déchet : déchet humain des sous-races, des inadaptés, des mal-formés (qui sont éliminés déjà aujourd'hui), des malades (suicide assisté) des trop vieux … Il convient dés lors de découpler la sexualité de la procréation, d’autoriser toutes les unions au nom d’un soi-disant amour… L’athéisme fait bien évidemment partie de cette panoplie de mort. Mais nous, chrétiens, qui connaissons la Vérité, sommes avertis :

«  Le mal se répandra à tel point que l’amour d’un grand nombre se refroidira » (Mat 24, 12 et ss)

Alors ce que nous montre Saint Martin, c’est la voie que nous enseigne le Christ dans l’Evangile de ce jour, où Il va guérir la fille du chef de la synagogue, Jaïre, et même la ressusciter, fille d’un homme puissant, et de la même manière, guérir cette humble femme qui touche son vêtement à son insu.

Dans nos modestes paroisses, cela signifie aider les plus faibles , accueillir les nouveaux, visiter les malades, les isolés, être un peu disponible. Ceci est notre mission à tous, car depuis notre baptême nous sommes tous Roi, Prêtre et Prophète.

Être prêtre, c’est réconcilier les hommes avec Dieu et eux-mêmes ;

Être prophète c’est annoncer la Bonne Nouvelle et la vivre ;

Être Roi c’est être au service des autres.

Que la paix de Notre Seigneur, par la prière de Saint Martin soit avec vous tous.

Amen

Père Philippe

Dimanche 13 janvier 2019-01-11 33° après la Pentecôte

17° après la Croix

Après-fête Théophanie

Saint Hilaire évêque de Poitiers

Fête paroissiale

 

Chers Pères, ma Mère, frères et sœurs

D’abord un grand merci à Père Elie Archimandrite et Mère Silouanie du Monastère de la Transfiguration qui sont venus partager avec nous la joie de fêter notre Saint protecteur Hilaire. Notre paroisse à travers plusieurs d’entre nous est très liée au Monastère de la Transfiguration et j’engage chacun ici à y faire un séjour, particulièrement les jeunes. Il y a toujours quelque chose à y faire !

Cet après-midi après les agapes Père Elie nous entretiendra sur le thème de l’espérance.

 

Vous savez tous que Saint Hilaire (315-367) est une des grandes figures du IV° siècle et consacra de très nombreux discours et écrits contre l’hérésie arienne qui considérait que le Fils de Dieu était une créature et non Fils de même nature que le Père. En défendant la divinité du Christ devant le concile de Béziers, il fut exilé dans l’actuelle Turquie et mit ce temps à profit pour approfondir sa connaissance du christianisme et des traditions orientales. Il sera renvoyé en Gaule en 361 et fera la connaissance de Saint Martin. Il favorisera l’introduction de la vie monastique en Gaule, sous la direction de Saint Martin qui installera le premier monastère à Ligugé, toujours en fonction.

Saint Hilaire écrira de nombreux ouvrages qui nous sont parvenus, dont son Traité de La Trinité, qui, particulièrement dans son livre VIII, va montrer que le Dieu chrétien, à l’opposé des Juifs et plus tard des Musulmans, n’est pas un Dieu solitaire mais un Dieu de communion.

Dans son ouvrage sur l’Evangile selon Saint Matthieu, Hilaire sera le premier en occident à utiliser le terme latin de communio pour traduire le terme grec de Koinonia.

Le monde grec, bien avant le Christ, connaît bien cette koinonia qui désigne ce qui est possédé en commun ainsi que la communauté qui réside de ce partage. Ceci est également valable pour désigner la cohésion entre les hommes et les dieux.

Le christianisme va reprendre cette communio avec le sens donné à l’Eucharistie, mais aussi sur des aspects d’unité de foi, d’unité autour de l’Evêque, garant de cette foi (là où est l’Evêque, là est l’Eglise). Saint Hilaire appuiera son discours sur ce thème avec particulièrement les textes de Saint Jean et de Saint Paul.

Dans ses commentaires sur l’Evangile de Saint Matthieu, Hilaire parlera pour la communion de :

« La réception du Calice et la fraction du Pain » qui est une formule liturgique, car pour lui, la Cène du Seigneur est une liturgie, la communion aux mystères éternels, et non un moyen ou une porte d’entrée vers quelque chose. Le sacrement est plus que cela, IL EST COMMUNION.

Et cette communion se déploie en un double mouvement :

-         pour nous, les disciples, il s’agit de la communion aux Mystères

-         pour le Christ, elle est communion aux souffrances et aux épreuves de ceux qu’Il s’est unit dans l’offrande de Lui-même.

Ce que dit Saint Luc en 22,15 :

« J’ai désiré d’un grand désir manger cela »

Et qu’Hilaire rapproche avec le psaume 68,21 :

« Mon cœur a attendu l’opprobre et la misère »

L’Eucharistie nous fait donc participer au Corps du Christ puisque nous le recevons, et à l’Eglise, corps du Christ où nous le recevons. De plus nous sommes ainsi préparés pour une plénitude à venir, celle de la communion eschatologique, c’est-à-dire des fins dernières : par cette nourriture, le Seigneur nous achemine vers l’Eternité.

Hilaire va insister sur le fait que l’union que nous expérimentons entre le Christ et nous dans le sacrement est une réalité et non un symbole, et que l’union entre Lui et son Père est une réalité de nature et non de volonté. Il fait ce parallèle pour démontrer aux ariens que s’il n’y avait pas union de nature divine entre le Père et Fils, il n’y aurait pas union entre le Christ et nous dans l’Eucharistie.

Mais allons plus loin avec Hilaire : lorsque nous consommons dans l’Eucharistie la chair du Christ, celle-ci va au-delà de toute nourriture qui est éphémère, car elle demeure en nous afin de devenir en nous source de vie. Cela est rendu possible car la chair du Christ dans l’Eucharistie est porteuse de plus qu’elle-même : elle nous unit à la nature divine et recevoir ce sacrement nous unit tous en une unité indivisible et avec le Christ.

En conclusion, Saint Hilaire établit que la communion que réalise l’Eucharistie ici bas reflète celle qui existe éternellement entre le Père et le Fils.

Conservons donc entre nous cette joie de l’Eucharistie qui nous unit en un seul corps, celui du Christ. A Lui soit la gloire dans les S. des S. Amen.

 

P. Philippe