LE TEMPLE ET LE TEMPS

Plan d'une église byzantine

PLAN D'UNE EGLISE BYZANTINE

1 Exonarthex                                                                                                                               2 Narthex
3 Portes Royales                                                                         4 Emplacement de la coupole principale
5 Chœur                                                                                                                                        6 Stalles
7 Stalle de l’évêque                                                                                              8 Stalle de l’Higoumène
9 Analoïs                                                                                                                                      10 Soléa
11 Saintes Portes                                                                                                         12 Portes latérales
13 Prothèse                                                                                                                         14 Diakonikon
15 Sainte Table (Autel)                                          16 Trône et sièges des concélébrants (presbyterium)
17 Thalassidion (sacrarium)                                                         18 Table de la Proscomidie (Prothèse)
19 Table du Diakonikon (vêtements sacerdotaux)

 

On voit sur ce dessin la disposition initiale du diakonikon et de la protésis, pièces séparées.

Dans la conception originelle du lieu liturgique, celui-ci n’est pas considéré comme un temple. C’est la communauté des croyants qui forme le temple :

Naples, catacombe de saint Janvier, taillée dans le roc, 3ème / 5ème siècle
Naples, catacombe de saint Janvier, taillée dans le roc, 3ème / 5ème siècle

1 Corinthiens 3 

16. Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ?

Le temple véritable étant le Corps du Christ.

Jusqu’au milieu du III° siècle, les chrétiens se réunissaient dans des maisons privées, comme l’atteste plusieurs fois Saint Paul. Au cours du temps, c’est lieux vont être réservé à l’Eglise.

Il faudra attendre le V° siècle pour que Sainte Sophie à Constantinople devienne une demeure ecclésiale.

Le rite de consécration d’une église attire notre attention sur le fait que l’évêque allume un grand cierge (première lumière) et la procession qui l’accompagne porte les reliques du martyr concerné. Ils font le tour de l’église et s’arrêtent devant la porte en disant :

              Portes, levez vos

             frontons, élevez-vous,

            portails antiques, qu'il

           entre, le roi de gloire! (Psaume 24,7)

L’église est orientée vers l’est, l’orient, là où « Dieu descend du ciel » (Psaume 68 des LXX) et là où Jésus reviendra.

Toute l’église est considérée comme le lieu de rassemblement en Christ, du ciel et de la terre. C’est la raison pour laquelle toute l’église est ointe (et pas seulement le sanctuaire) avec le saint chrême, comme l’autel. Les différentes parties connues aujourd’hui et souvent perçues comme « séparatrices » sont beaucoup plus récentes et nous y reviendrons.

Les églises ont des formes différentes ayant une signification comme l’éternité pour une église ronde, ou le rappel du chiffre 8 dans les édifices octogonaux, symbole des Béatitudes ou du Christ. Les bulbes des églises russes sont à l’image d’une flamme ou d’un candélabre. Leur nombre peut-être de trois (La Trinité), une seule (le Christ) ou cinq (le Christ et les évangélistes).

 

Mais revenons à la problématique des portes et de l’iconostase. Dans les premières églises, tant en orient qu’en occident, l’autel n’était séparé de la nef que par une balustrade percée de passages, avec éventuellement une architrave supportée par les colonnes ou « accrochée » à la voute. Des icônes furent placées devant les colonnes, et un rideau derrière après le XI° siècle. 

La tendance à fermer entièrement l’iconostase est récente et souvent mal comprise, au point que certains trouvent les portes quelque peu intimidantes et marquant une exclusion tout à fait contraire à nos sensibilités démocratiques modernes. Mais l'aspect d'exclusion des portes existe toujours, non pas pour cacher, mais pour révéler. Ce qui est fermé sera ouvert - mais l'ouverture exige que ce soit d'abord fermé. La connaissance des lois de l’Univers, qui sont cachées, exige l’effort de recherche et, quand une porte s’entrouvre, nos efforts sont repoussés vers d’autres portes.

Jean 10  

7. Alors Jésus dit à nouveau : « En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis.

 

9. Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira, et trouvera un pâturage.

Walcourt, Belgique, basilique Saint-Materne
Walcourt, Belgique, basilique Saint-Materne

 

Le Christ est la Porte. La Porte du Ciel, le Christ, est symbolisée par les portes saintes, aujourd’hui appelées très souvent portes royales (les portes royales étaient celles situées à l’entrée de l’église, là où l’empereur et le patriarche faisaient leur entrée). Leur ouverture et fermeture au cours de la liturgie eucharistique symbolisent la montée vers les révélations du Mystère de l’Eucharistie. Seules les personnes ordonnées (diacre, prêtre et évêque) peuvent les franchir vêtus de leurs ornements. Elles sont l'image du Christ par lequel « vous verrez les cieux ouverts » (Jn 1, 514). Cette barrière mobile définit différents degrés d’accès au sacré au cours de l’office, nous y reviendrons.

 

Les portes latérales, nord et sud ont leur histoire. Dans les plus anciens édifices, le diakonikon (sacristie) se trouvait au fond de l’église près du narthex, puis fut placé à droite de l’abside pour le rangement des vases sacrés et des vêtements liturgiques. Une seconde pièce fut placée à gauche pour la préparation des saints dons. Ces pièces communiquaient avec la nef, mais pas avec le sanctuaire. Par la suite, les portes à droite et à gauche ont communiqué directement avec le sanctuaire, le diakonikon ayant son accès dans le sanctuaire. Cette porte de droite (sud) est appelée porte diaconale et peut-être décorée de l’icône de Saint Etienne, premier diacre.

La tradition iconographique place l’icône de l’Annonciation sur ces portes, ainsi que les quatre Evangélistes.

Les Portes Saintes sont fermées en dehors des offices, ainsi que le rideau.

Au cours de la Divine Liturgie :

Lorsque la préparation des Saints Dons est terminées, c’est-à-dire que le prêtre qui la célèbre a dit la bénédiction finale (note : s’il y a plusieurs prêtres, c’est le plus jeune qui célèbre cet office, qui est un office complet avec bénédictions initiale et finale), le diacre ouvre le rideau et encense l’autel, le sanctuaire et l’église. On peut noter qu’il est possible d’ouvrir le rideau aux heures à partir de la bénédiction initiale.

Les portes saintes quant à elles, sont, en principe, ouvertes et fermées à 8 moments différents de la Divine Liturgie :

1)    1. Ouvertes pour la bénédiction initiale de la Liturgie (Béni soit le Règne …), elles sont fermées au commencement de la litanie de paix.

2)    2. Ouvertes pour la procession de la petite entrée, elles sont fermées après la lecture de l'Evangile et de l’homélie.

3)    3. Ouvertes lors de l'encensement de l’hymne des chérubins (Nous qui dans ce mystère…), elles sont fermées à la litanie des offrandes, après la grande entrée.

4)    4. Ouvertes à la doxologie de la litanie de demandes, elles sont fermées pour la récitation du symbole de foi.

5)    5. Ouvertes au commencement de l'anaphore (Que la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, …), elles sont fermées pour la prière d’action de grâce.

6)    6. Ouvertes pour l’hymne à la Mère de Dieu, au début des mémoires, elles sont fermées quand le diacre commence la litanie de demandes.

7)    7. Ouvertes pour la doxologie du « Notre Père », elles sont fermées lors de l’élévation.

 

8)    8. Ouvertes pour la communion des fidèles, elles sont fermées après 1er renvoi.

Vantail droit vu du sanctuaire à Poitiers
Vantail droit vu du sanctuaire à Poitiers

 

Mais il existe de nombreuses variantes à ce schéma selon les Eglises et leurs traditions. L’Eglise Russe par exemple suit la règle suivante :

1)    Les portes saintes sont ouvertes pour la petite entrée (point 2 plus haut)

2)    On les ferme après la lecture de l’Evangile et l’homélie

3)    On les ouvre à l’hymne des chérubins et on les ferme juste après avoir déposé les saints dons sur l’autel, et on tire le rideau

4)    A partir de là, les portes sont fermées, et on ouvre le rideau seul avant le Credo, qui, reste ouvert (portes toujours fermées) jusqu’à l’élévation des Dons. On ferme le rideau.

On ouvre le rideau et les portes pour la communion des fidèles, jusqu’à la fin.

Il y a une logique dans le maniement des Portes. On doit noter que chaque fois que le prêtre est amené à donner une bénédiction (Paix à tous), les portes doivent être ouvertes. A l’inverse, le Mystère Eucharistique (anaphore ou canon) se déroule portes fermées. Jésus a institué ce grand mystère en présence de ses disciples seuls, dans une pièce réservée, à l’abri de tout regard.

Il faut cependant noter que le rideau est apparu très tardivement (connu à Antioche et pas à Constantinople du temps de Saint Jean Chrysostome) et de façon variable selon les lieux. Sa présence sur le plan symbolique est en lien avec le voile du Temple à Jérusalem.

Mais il convient d’aborder avec cette question qui touche le regard, celle de la voix. Il est évident que toutes les litanies sont dites à haute voix, ainsi que les bénédictions. La fin des litanies comporte en général une prière conclusive avec une doxologie. Dans beaucoup de paroisses, seule la doxologie est dite à voix haute par le prêtre. Cependant, le canon eucharistique doit être dit à voix haute.

Le symbolisme de l’autel est celui du tombeau, encore accentué à Pâques et jusqu’à l’Ascension par la présence de l’épitaphios déposé sur l’autel, représentant le Christ mort en son corps. Un autre élément va aussi dans ce sens lors de la procession des Dons préparés lors de la Grande Entrée avec la présence des rhipides, réplique d’une procession funéraire.

Le sanctuaire est donc surélevé, et dépasse du côté de la nef l’iconostase, formant la soléa (ambon). Dans les premières églises, cet ambon se situait au centre de l’église et se nomme béma. Il pouvait être de grande taille, et symbolisait le Golgotha, avec une procession allant de cette béma jusqu’à l’autel, manifestant la marche mort-résurrection du Christ. Peu à peu, cet ambon central disparu et il en reste une trace dans la liturgie pontificale lorsque l’évêque s’habille sur un estrade et dit les prières liturgiques jusqu’à son entrée au sanctuaire.


Synthronon à Notre Damde de Nazareth à Vaison la Romaine (Vaucluze, France)
Synthronon à Notre Damde de Nazareth à Vaison la Romaine (Vaucluze, France)

Il y a une logique dans le maniement des Portes. On doit noter que chaque fois que le prêtre est amené à donner une bénédiction (Paix à tous), les portes doivent être ouvertes. A l’inverse, le Mystère Eucharistique (anaphore ou canon) se déroule portes fermées. Jésus a institué ce grand mystère en présence de ses disciples seuls, dans une pièce réservée, à l’abri de tout regard.

Il faut cependant noter que le rideau est apparu très tardivement (connu à Antioche et pas à Constantinople du temps de Saint Jean Chrysostome) et de façon variable selon les lieux. Sa présence sur le plan symbolique est en lien avec le voile du Temple à Jérusalem.

Mais il convient d’aborder avec cette question qui touche le regard, celle de la voix. Il est évident que toutes les litanies sont dites à haute voix, ainsi que les bénédictions. La fin des litanies comporte en général une prière conclusive avec une doxologie. Dans beaucoup de paroisses, seule la doxologie est dite à voix haute par le prêtre. Cependant, le canon eucharistique doit être dit à voix haute.

Le symbolisme de l’autel est celui du tombeau, encore accentué à Pâques et jusqu’à l’Ascension par la présence de l’épitaphios déposé sur l’autel, représentant le Christ mort en son corps. Mais il est également la table de la Cène. Un autre élément va aussi dans ce sens lors de la procession des Dons préparés lors de la Grande Entrée avec la présence des rhipides, réplique d’une procession funéraire.

Le sanctuaire est donc surélevé, et dépasse du côté de la nef l’iconostase, formant la soléa (ambon). Dans les premières églises, cet ambon se situait au centre de l’église et se nomme béma. Il pouvait être de grande taille, et symbolisait le Golgotha, avec une procession allant de cette béma jusqu’à l’autel, manifestant la marche mort-résurrection du Christ. Peu à peu, cet ambon central disparu et il en reste une trace dans la liturgie pontificale lorsque l’évêque s’habille sur une estrade et dit les prières liturgiques jusqu’à son entrée au sanctuaire. Enfin, de chaque côté de l’iconostase près des portes nord et sud, prend place le chœur et le lecteur. Il faut noter que dans le sanctuaire, derrière l’autel, se trouve le siège de l’évêque. Dans les premiers siècles, il s’agit du synthronon, qui occupait le fond du sanctuaire. Il est formé de gradins qui entourent un siège élevé. Le siège recevait l’évêuqe, les gradins étaient pour les presbytres.

  

La nef est couverte par une coupole sur laquelle figure le Pantocratore entouré des Douze. Le clergé occupait également la nef, les fidèles se tenant sur les côtés. L’homélie était ainsi prononcée « au milieu de l’église » sur l’ambon.

 

La dernière partie de l’église, l’entrée ou portique (narthex) peut se composer de deux parties, une intérieure, le narthex et l’autre extérieure, l’exonarthex ou trapeza. C’est probablement là que pouvaient se dérouler les agapes fraternelles. Quant au narthex, son rôle est mal connu. Il n’y avait ni pénitents, ni catéchumènes dans ce lieu comme le dit Saint Jean Chrysostome dans une homélie mentionnant la présence des catéchumènes dans l’assemblée. Il est certain que ce lieu servait à l’attente de l’évêque par le peuple. Il faisait alors son entrée, soit accompagné du peuple, soit en se rendant directement devant les Portes pour les prières d’entrée.

Derrière la Croix, les 7 lumières entourées des rhipides
Derrière la Croix, les 7 lumières entourées des rhipides

LA LUMIERE

L’Eglise utilise des cierges et des veilleuses, ces dernières placées devant les icônes. Un chandelier à sept branches est placé derrière l’autel, caractéristique de l’office de la synagogue.

Zacharie 4 

2. Et il me dit : Que vois-tu ? Je répondis : Je regarde, et voici : il y a un lampadaire tout en or, avec un réservoir à son sommet; sept lampes sont sur le lampadaire ainsi que sept becs pour les lampes qui sont dessus.

Apocalypse 4 

5. Du trône partent des éclairs, des voix et des tonnerres, et sept lampes de feu brûlent devant lui, les sept Esprits de Dieu.

Mais cette coutume ne se retrouve pas dans toutes les traditions.

On allume les cierges là où commence l’office, sur la table de prothèse, puis l’autel et enfin la nef. Toute l’église est allumée à partir de l’Evangile, et on éteint tous les cierges, sauf la prothèse, après la prière devant l’ambon (Sortons en Paix…). Le cierge de prothèse est éteint avant de consommer les Dons.

 

A suivre : le temps liturgique et les offices