CHAPITRE 12

LA FEMME ET LE DRAGON

 

La vision de Saint Jean est tournée désormais vers l’Eglise qui va au devant des Nations annoncer la Bonne Nouvelle. Mais elle doit lutter contre le pouvoir du diable.

Sept signes vont être présentés. Ici nous avons les deux premiers signes : la Femme et le Dragon, le peuple de Dieu et le Diable.

Jean voit une Femme entourée de gloire mais souffrant les douleurs de l’enfantement. Cette femme, c’est d’abord Eve, puis l’humanité qui souffre l’enfantement de notre Salut. L’Humanité met alors au monde le Christ. Le Sauveur est le signe et le fruit de l’amour de Dieu pour les Hommes. Le Salut vient à la fois de Dieu et de l’humanité.

Mais dans l’œuvre de Jean, la Femme, ou la Dame est l’Eglise. Déjà dans l’Ancien Testament, la Femme désigne Israël, « la Vierge, fille de Sion ». Elle représente donc pour Jean le Peuple de Dieu. Rappelons-nous comment Jésus appelle Marie :

 « Femme », nouvelle Eve, Mère de Jésus et des croyants.

Jean nous la présente avec la Lune sous ses pieds, symbolisant qu’elle a vaincu le temps (aspect cyclique de la lune) et ayant le soleil pour manteau : elle n’est pas le soleil mais participe de sa lumière. Ce soleil représente le Verbe de Dieu qui entoure et protège l’Epouse éternelle, l’Eglise du Dieu vivant. On ne peut manquer ici de citer le Cantique des cantiques (Ct 6,10) :

« Qui est celle-ci qui surgit comme l'aurore, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil, redoutable comme des bataillons ? »

Cette Femme est enceinte en proie aux douleurs de l’enfantement, figure qui revient souvent dans l’Ecriture : (Is 26,17)

Comme la femme enceinte à l'heure de l'enfantement souffre et crie dans ses douleurs, ainsi étions-nous devant ta face, Yahvé.

Chez Isaïe (66), on retrouve dans l’enfantement l’annonce de la grande victoire de Dieu qui rassemblera toutes les nations :

7.   Avant d'être en travail elle a enfanté, avant que viennent les douleurs elle a accouché d'un garçon.

8.   Qui a jamais entendu rien de tel ? Qui a jamais vu chose pareille ? Peut-on mettre au monde un pays en un jour ? Enfante-t-on une nation en une fois ? A peine était-elle en travail que Sion a enfanté ses fils.

9.   Ouvrirais-je le sein pour ne pas faire naître ? dit Yahvé. Si c'est moi qui fais naître, fermerai-je le sein ? dit ton Dieu.

10.            Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez en elle, vous tous qui l'aimez, soyez avec elle dans l'allégresse, vous tous qui avez pris le deuil sur elle,

11.            afin que vous soyez allaités et rassasiés par son sein consolateur, afin que vous suciez avec délices sa mamelle plantureuse.

12.            Car ainsi parle Yahvé : Voici que je fais couler vers elle la paix comme un fleuve, et comme un torrent débordant, la gloire des nations. Vous serez allaités, on vous portera sur la hanche, on vous caressera en vous tenant sur les genoux.

Ici, Jean annonce la Passion qui en réalité est une naissance, l’Homme vainqueur de la mort. Nous sommes face au mystère de Pâques, mort et résurrection du Christ, mystère qui se poursuit dans la vie de l’Eglise jusqu’au retour glorieux du Christ.

Le Dragon est bien sûr le Diable ou Satan, rouge feu car homicide depuis le commencement. On peut faire un rapprochement avec les prophéties de Daniel au chapitre VII. Les étoiles qui tombent du ciel sont à la fois les anges déchus mais aussi les hommes qui se laissent séduire et détourner de Dieu.

Ce Dragon cherche à dévorer l’enfant, le Christ. Mais par Sa Pâques, l’enfant a été élevé à la droite du Père par son Ascension qui est ici évoquée. Alors la Femme, l’Eglise, va traverser le désert de l’Histoire, nourrie dans le désert par Dieu qui a préparé, comme pour les Hébreux, la manne, ici l’Eucharistie. On trouve à nouveau cette notion des 1260 jours ou 3 ans et demi, temps imparfait, incomplet.

Alors il y eut un combat dans le ciel : le chef des armées céleste, Michel (ou Mikaël) bat le Diable et ses armées qui sont précipités hors du Ciel, ceux que Saint Paul nomme les esprits de l’air, ou sous-ciel.

Jean décrit ensuite la Mort-Résurrection du Christ comme il l’a déjà fait dans son Evangile :

30. Jésus reprit : « Ce n'est pas pour moi qu'il y a eu cette voix, mais pour vous.

31. C'est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors ;

32. et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi. »

33. Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir.

 

Ainsi en est-il du jugement de l’Accusateur par la Croix qui nous obtient un Défenseur, l’Esprit de Vérité.

Alors la terre est soumise à la colère du Diable et la mer symbolise les forces qui veulent litéralement « noyer » le monde. Ces forces de mort, nous devons les traverser comme les Hébreux traversèrent la Mer Rouge. Dans notre monde, et qui ne le voit pas ! le Diable est furieux car il sait qu’il a perdu. L’Eternité lui est fermée définitivement. Il gagne seulement du temps. L’orientation des sciences de l’humain, de l’économie, des mœurs, des guerres permanentes, … sont l’œuvre du destructeur. Mais la Femme reçoit les deux ailes de l’aigle au même titre que l’Eglise, le Peuple de Dieu est guidée par l’Esprit Saint, ce qui nous est dit déjà dans Exode 19,4-6 :

4.   «Vous avez vu vous-mêmes ce que j'ai fait aux Égyptiens, et comment je vous ai emportés sur des ailes d'aigles et amenés vers moi.

5.   Maintenant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre parmi tous les peuples, car toute la terre est à moi.

6.   Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte. » Voilà les paroles que tu diras aux Israélites. »

 

Ainsi sommes-nous toujours dans ce temps d’épreuves et de combat que symbolise aussi ce fleuve. L’humanité est ravagée par la perversion du Diable et la nature, blessée par notre attitude, se rebelle : (Sagesse 5, 17-20)

17. il armera la création pour repousser ses ennemis;

18. pour cuirasse il revêtira la justice, il mettra pour casque un jugement sans feinte,

19. il prendra pour bouclier la sainteté invincible;

20. de sa colère inexorable il fera une épée tranchante, et l'univers ira au combat avec lui contre les insensés.

 

 

Apocalypse 12 

1. Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! Le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ;

2. elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement.

3. Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d'un diadème.

4. Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s'apprête à dévorer son enfant aussitôt né.

5. Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ; et son enfant fut enlevé jusqu'auprès de Dieu et de son trône,

 

6. tandis que la Femme s'enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.

7. Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses Anges,

8. mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel.

9. On le jeta donc, l'énorme Dragon, l'antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l'appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses Anges furent jetés avec lui.

10. Et j'entendis une voix clamer dans le ciel : « Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu'on a jeté bas l'accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu.

11. Mais eux l'ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu'à mourir.

12. Soyez donc dans la joie, vous, les cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le Diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés. »

 

 

13. Se voyant rejeté sur la terre, le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l'Enfant mâle.

14. Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu'au refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d'un temps.

15. Le Serpent vomit alors de sa gueule comme un fleuve d'eau derrière la Femme pour l'entraîner dans ses flots.

 

16. Mais la terre vint au secours de la Femme : ouvrant la bouche, elle engloutit le fleuve vomi par la gueule du Dragon.

17. Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s'en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus.

 

18. Et je me tins sur la grève de la mer.